Courchesne avoue avoir commis une erreur

L’ancienne ministre libérale responsable de la région de Laval, Michelle Courchesne
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ancienne ministre libérale responsable de la région de Laval, Michelle Courchesne

Michelle Courchesne reconnaît avoir fait une « erreur » en appelant Rosaire Sauriol pour lui demander l’aide de Gilles Cloutier comme organisateur de la campagne électorale de Guy Ouellette dans Chomedey en 2007. Car déjà, elle avait des doutes sur l’intégrité de cet homme qui l’a plongée dans une nouvelle tempête avec ses révélations fracassantes à la commission Charbonneau mardi.

« Qu’est-ce qui s’est passé dans ma vie cette journée-là pour que je dise oui, oui, OK, je vais l’appeler ? », demande, un trémolo dans la voix, Michelle Courchesne au bout du fil. En dix ans de carrière, honnêtement, je ne pense pas que j’en ai fait beaucoup des erreurs comme celle-là. Mais peut-être que cette journée-là… On est juste des humains, madame. On est juste des humains. »


En entrevue au Devoir, l’ancienne ministre du Parti libéral responsable de la région de Laval reconnaît avoir passé un appel à Rosaire Sauriol, qui était alors vice-président chez Dessau, pour lui « demander si Gilles Cloutier pouvait participer à la campagne » dans Chomedey.


Mais Michelle Courchesne répète que « ce n’était pas [son] idée », ajoutant au passage que c’est la seule et unique fois de sa vie qu’elle a parlé à cet autre témoin clé de la commission Charbonneau. « Rosaire, ce n’est pas un ami », affirme-t-elle sans se donner la peine de donner son nom de famille.


C’est à la demande de son « entourage » qu’elle a passé ce coup de fil, mais sa mémoire lui fait défaut lorsqu’il s’agit de savoir de qui, précisément, provenait la demande. « Vous pouvez me torturer jusqu’à demain matin, je ne le sais pas ! », s’énerve-t-elle un peu.


Elle ne sait pas non plus pourquoi c’est à elle qu’on a demandé de passer le coup de fil à Rosaire Sauriol, alors qu’elle n’avait aucun lien avec lui. « Aujourd‘hui, je me dis : pourquoi c’est moi ? Ça n’aurait pas dû être moi, honnêtement. »


Elle se souvient néanmoins d’avoir eu le choix de passer ou non ce coup de fil et d’avoir accepté « pour rendre service, pour [s’]assurer que tout se déroulait bien dans Chomedey ».


Elle se souvient aussi d’avoir « beaucoup hésité ». Car si Gilles Cloutier était un organisateur politique « efficace », il y avait des rumeurs à son sujet. Mais la liste des candidats intéressés était plutôt mince et « des organisateurs, ça ne court pas les rues ».

 

Réserves


Elle ne s’est donc « pas opposée » à l’embauche de Gilles Cloutier, mais elle répète qu’elle a fait part de ses réserves de façon très claire à l’équipe du parti chargé de l’embauche, de même qu’à Guy Ouellette, qui en était à sa toute première campagne électorale. « J’ai émis des réserves, j’ai dit : méfiez-vous et surveillez-le. […] Il faut s’assurer qu’il respecte les règles. »


Michelle Courchesne répète que ses doutes étaient basés sur des rumeurs et des ouï-dire, que ce n’était pas assez pour « le bloquer ». Il faut, rappelle-t-elle, se remettre dans le contexte de l’époque. « Si on avait su ce qu’on sait aujourd’hui, on n’était pas des totos à temps plein, je n’aurais pas appelé Rosaire Sauriol, c’est sûr, sûr, sûr. »


Elle a beau avouer que c’était une erreur de passer ce coup de fil, elle refuse d’accepter le blâme, renvoyant, dans un excès de ferveur, une part de celui-ci sur les journalistes.


« Pensez à votre rôle, parce que la démocratie est en grave danger tant qu’à moi. Après tous les liens que tout le monde essaie de faire qui n’existent pas, qui va vouloir aller en politique ? Qui va vouloir représenter les citoyens ? Dix ans plus tard, après avoir travaillé avec tout mon coeur et toute mon âme, toute ma passion, mon honnêteté et mon intégrité, je ne suis pas sûre que j’y retournerais. Honnêtement, être traités comme on est traités, je ne suis pas sûre que j’y retournerais, loin de là. »

 

Version prudente de Guy Ouellette


Si Michelle Courchesne a pris le temps d’expliquer au meilleur de ses souvenirs les événements entourant l’embauche de l’ex-organisateur d’élection de Guy Ouellette, ce fut tout le contraire pour ce dernier, qui y est allé d’une déclaration très prudente devant les journalistes à l’entrée du caucus libéral, mardi. « Quand je me suis présenté comme candidat à Chomedey, on m’a référé un organisateur qui n’a été à mon service que 12 jours et, lors de son départ, j’ai référé aux autorités compétentes le pourquoi du comment, pourquoi il a été à mon service seulement 12 jours. »


Il a refusé de confirmer ou d’infirmer que c’était à la demande de Michelle Courchesne qu’il avait accepté d’embaucher Gilles Cloutier, comme ce dernier l’a laissé entendre à la commission Charbonneau. Il a également refusé d’expliquer comment il avait su que son organisateur faisait l’objet d’une enquête du Bureau de la concurrence et même de préciser qui étaient ces « autorités compétentes » à qui il avait confié le dossier à la suite du congédiement de Gilles Cloutier.


Le député de Chomedey et ancien policier de la SQ a néanmoins laissé entendre qu’il était prêt à témoigner devant la commission Charbonneau si on l’y invitait. « Si j’ai à témoigner devant la commission, les autorités compétentes sont au courant de toute l’information par rapport à cette journée-là. »

66 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 1 mai 2013 01 h 15

    On ne vous croit plus, ma chère dame...

    Vous avez fait partie d’un système de malversations qui devient, de jour en jour, de plus en plus transparent. Mettez-vous à la place de ces hommes et de ces femmes qui travaillent à la sueur de leur front quotidiennement, payant taxes et impôts. Ceux-ci croyaient que les lois ayant cours concernant la vie politique étaient respectées. Et là, on se rend compte que c’était un total déni de la démocratie qui avait lieu.
    Non! Pour que tout cela cesse, il faut prendre tous les blâmes qui nous reviennent, collectivement et individuellement. Nous vous avons vu vous lever à l’Assemblée nationale pour couvrir monsieur Tomassi, nous vous avons vu être solidaire de votre groupe d’appartenance, la « famiglia » libérale, et donc, il s’agit maintenant de rendre des comptes. Voilà, je crois le vrai sens de l’imputabilité.

    • Michel Gagnon - Inscrit 1 mai 2013 12 h 32

      Et on ne croit plus à vos excuses, trop faciles, madame, simplement parce que vous avez été dénoncée. On ne croit plus à vos trémolos franchement insultants. On ne croit plus à vos tentatives de jouer la victime de quelqu'un d'autre dont, quel heureux hasard, vous ne vous souvenez pas du nom. On ne croit plus à vos tentatives de jouer la victime des méchants journalistes qui osent dévoiler ce qui devrait rester caché.
      Vous dites: «... on n’était pas des totos à temps plein». Je vous crois, madame. Le problème, c'est que vous preniez les citoyens pour des totos à temps plein.
      Vous dites aussi:«Honnêtement, être traités comme on est traités (traduction libre: ne pas nous laisser faire nos magouilles l'esprit tranquille), je ne suis pas sûre que j’y retournerais, loin de là. » Et le Québec ne s'en serait porté que mieux, madame.

  • Carole Dionne - Inscrite 1 mai 2013 01 h 25

    Une autre qui pleure

    Sur son erreur. Pauvre petits politiciens. Quands ils se font prendre la main dans le sac, C'est une erreur très bête. et promets de rembourser s'il y a lieu. Elle n,est pas meilleur que les autres.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 08 h 45

      Ce que je trouve le plus cocasse, c'est que Mme Courchesne ponctue son discours de l'adverbe «honnêtement». Honnêtement, Mme Courchesne, plus personne ne vous croit. Cessez donc vos simagrées, vos sourires fendus jusqu'aux oreilles et vos yeux papillotants.
      Louka Paradis, Gatineau

    • André Le Belge - Inscrit 1 mai 2013 15 h 54

      Honnêtement madame Louka Paradis, je vous crois :-)

  • Yves Côté - Abonné 1 mai 2013 04 h 27

    Mais...?

    Mais la madame Courchesne en question, celle qui "reconnaît avoir fait une « erreur » en appelant Rosaire Sauriol pour lui demander l’aide de Gilles Cloutier", n'est-ce pas la même qui du haut de son poste de ministre "intègre", par obéissance aux ordres du conducteur-en-chef de la brinque-balante charette gouvernementale libérale, chassait partout du "méchant" étudiant l'an dernier ?
    Oui, oui, moi je la crois lorsqu'elle dit "on n’était pas des totos à temps plein". Parce qu'un travail à plein temps, au mieux ou au pire des cas, c'est à peine plus que quarante heures par semaine... Ce qui n'est nettement pas assez pour arriver à s'embrouiller comme elle l'a sans doute fait dans les maguouilles libérales !

    Vive le Québec libéré de "l'industrie" de la corruption !

  • Chris G. Eustace - Abonné 1 mai 2013 06 h 08

    Michelle Courchesne - loi 88 ; Marie Malavoy- loi 24

    1 mai 2013

    Tant mieux pour elle: pour admettre immédiatement une erreur. Nous faisons tous des erreurs.

    Michelle Courchesne a été un excellent ministre de l'éducation. Son projet de loi 88 a été une bonne étape pour améliorer la démocratie et la responsabilité dans les commissions scolaires ...

    C'est dommage que le nouveau ministre de l'éducation et le projet de loi 24 favorise un système à l'ancienne .... Non, pour plus de commissaires $colaires; Non aux élections des commissions scolaires ...

    Madame Marie Malavoy: S'il vous plaît suivre les conseils de MNA Nathalie Roy à la fin de l'audience du projet de loi 24.

    Merci

    Chris Eustace

    (enseignant à la retraite)

    • Danielle Houle - Abonnée 1 mai 2013 07 h 43

      Si, comme vous dites, madame Courchesene a été une bonne ministre, aussi bien dire que Jean Charest a été un excellent PM, que Nathalie Normandeau a été une excellente défenseur des richesses naturelles et que le ministre Tomassi a été un modèle d'intégrité. Comme vous dites, nous faisons tous des erreurs et notre erreur c'est de les avoir élus.

    • Yves Perron - Inscrit 1 mai 2013 07 h 46

      ...Le monde est rempli de gens qui admettent leurs erreurs après s'être fait prendre la main dans le sac.
      Malheureusement dans son cas on ne peut prétendre qu'elle a admis quoi que ce soit (immédiatement). elle a passé 2 ans à refuser une commission d'enquête, puis sentant la soupe chaude elle a quitté le navire, ensuite elle blâme la presse de dévoiler toutes ces magouilles...Vous appelez ça admettre immédiatement?
      Tout le monde fait quelque chose de bien : Même les pire bandits, ce qui ne veut pas dire que leur vie est un modèle à suivre.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 08 h 50

      Inutile de tenter une diversion en accusant une autre ministre, d'autant plus que Mme Malavoy est intègre et compétente. On parle ici de Mme Courchesne, et c'est elle qui a magouillé et menti sans vergogne. La poudre aux yeux, les écrans de fumée et les coups de patin à droite et à gauche, ça ne prend plus...
      Louka Paradis, Gatineau

    • François Dugal - Inscrit 1 mai 2013 09 h 02

      Il n'y a eu que deux grands ministres de l'éducation dans toute l'histoire de ce ministère: Paul Gérin-Lajoie et Jacques-Yvan Morin.
      Je suis dans le regret de vous dire que madame Courchesne n'a pas fait grand chose lors de son passage à la tête du MELS.

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 mai 2013 10 h 22

      @ Mme Paradis

      « [...] Mme Malavoy est intègre et compétente. (Mme Paradis) » ?

      Mme Paradis, je ne pense pas que le qualificatif « intègre » va à Mme Malavoy : elle a démissionné de son poste de ministre le 25 novembre 1994 après avoir voté plusieurs fois avant d'avoir obtenu sa citoyenneté canadienne.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 14 h 19

      À M. Boulanger : Mme Malavoy a eu l'honneur et la décence de démissionner même s'il ne s'agissait nullement de fraude et de corruption; une négligence administrative, sans plus, puisqu'elle a fait toutes ses études et a été diplômée au Québec. On ne peut douter de son intégrité sur la base de cette peccadille commise il y a 20 ans. Ça n'a vraiment rien à voir avec les magouilles de Mme Courchesne. Ah ! mauvaise foi, quand tu nous tiens...
      Louka Paradis, Gatineau

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 mai 2013 15 h 19

      @ Mme Paradis

      Vous manquez de jugement Mme Paradis. Voter sans avoir sa citoyenneté canadienne n'est pas une affaire banale qui peut être qualifiée de « peccadille ».

    • Martin Maynard - Inscrit 1 mai 2013 19 h 02

      @M. Eustace

      Mme Courchesne était tellement une bonne ministre de l'éducation qu'elle envoyait ses enfants à l'école privée.

      Déjà ça nous donnait une très bonne idée du personnage.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 21 h 47

      M. Boulanger, les attaques personnelles discréditent leur auteur.
      Louka Paradis, Gatineau

  • François Ricard - Inscrit 1 mai 2013 06 h 11

    Peu crédible

    Mme Courchesne fait partie de cette cohorte du parti PLQ qui, pendant trois ans, s'est opposé à la tenue d'une enquête. Pendant trois ans, elle a placé les intérêts du parti avant les intérêts de l'État.
    Et ceci est vrai pour tous ses collègues du temps du PLQ Charest.
    Aujourd'hui, à la lumière du passé, aucune charge publique ne devrait être confiée à aucune de ces personnes.

    • - Inscrit 1 mai 2013 15 h 27

      Tout à fait en accord avec vous.
      La plupart des ministres du gouvernement Charest ont montré une mesquinerie singulière qui les disqualifie publiquement. Pensons à l'inqulifiable attitude de mépris envers les étudiants l'an dernier. Mme Couchesne en a été au même titre que MM. Bachand et Charest.
      En termes de corruption. Duplessis c'est de la petite bière par rapport aux liens mafieux que plusieurs ministres du gouvernement Charest ont entretenu et les milliards qu'il nous en coute pour des contrats truqués par la collusion. Et les révélations ne font que commencer.