De l’alcool et des jeux

L’interdiction d’alcool dans les aires de jeu était en vigueur depuis l’ouverture du Casino de Montréal, il y a 20 ans.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’interdiction d’alcool dans les aires de jeu était en vigueur depuis l’ouverture du Casino de Montréal, il y a 20 ans.

Le gouvernement Marois ouvre la porte à la vente d’alcool aux tables de jeu dans les casinos du Québec, dans le cadre d’un vaste effort visant à augmenter les profits des maisons de jeu de 40 millions de dollars dès cette année.

Le Conseil des ministres a donné le feu vert à Loto-Québec pour briser l’interdiction d’alcool dans les aires de jeu, qui était en vigueur depuis l’ouverture du Casino de Montréal, il y a 20 ans. Ce bannissement visait à empêcher les joueurs de perdre le contrôle de leurs dépenses.


Un projet de règlement, visant à permettre la vente d’alcool aux tables de jeu, sera publié ce mercredi dans la Gazette officielle du Québec. Le public a 45 jours pour commenter cette décision du gouvernement, qui inquiète les spécialistes de la santé publique et les organismes d’aide aux joueurs compulsifs.


Pour atteindre l’équilibre budgétaire d’ici un an, le gouvernement a demandé à Loto-Québec de verser 50 millions supplémentaires dans les coffres de l’État cette année. La société d’État compte sur une cure de rajeunissement des casinos, entreprise il y a quatre ans, pour atteindre l’objectif du gouvernement. L’offre d’alcool dans les aires de jeu fait partie de la stratégie.

 

Une demande des clients


« [L’offre d’alcool] est vraiment une demande de notre clientèle depuis plusieurs années », a dit Gérard Bibeau, président et chef de la direction de Loto-Québec, en marge d’une allocution qu’il a présentée mardi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.


« Tous les casinos en Amérique du Nord servent de l’alcool aux tables. Les gens qui viennent à nos casinos peuvent boire au bar ou au restaurant, mais ils ne peuvent pas prendre d’alcool aux tables de jeu. Nous voulons offrir une belle expérience de jeu au Québec et boire de l’alcool aux tables est un petit peu naturel », a-t-il expliqué aux journalistes.


L’interdiction d’alcool aux tables de jeu avait été instaurée par « prudence » au moment de l’ouverture du premier casino au Québec, celui de Montréal, en 1993, a fait valoir Gérard Bibeau. Le Casino se trouvait alors en situation de monopole, mais le marché a bien changé en 20 ans, selon lui. « On compte maintenant 80 maisons de jeu à quelques heures de voiture de Montréal. Nos compétiteurs ont investi des milliards de dollars dans ces maisons de jeu ; oui, des milliards. »


Loto-Québec a confié le mandat d’améliorer l’offre de jeu dans ses quatre casinos - situés à Montréal, à Gatineau, à Mont-Tremblant et dans Charlevoix - à la firme Moment Factory, qui compte Madonna parmi ses clients. Des jeux multimédias spectaculaires seront implantés dans les casinos, après un essai concluant à la maison de jeu de Charlevoix, selon Gérard Bibeau. Des rénovations de 305 millions ont aussi été apportées au Casino de Montréal.


Inquiétude


Les responsables de la Santé publique ont réagi avec inquiétude à l’annonce de la vente prochaine d’alcool près des machines à sous et des tables de poker dans les casinos. « Les études démontrent que la consommation d’alcool augmente la durée des sessions de jeu et les dépenses des joueurs », dit Jean-François Biron, chercheur à la Direction de santé publique de Montréal.


« C’est un peu inquiétant. On voit arriver chez nous des gens qui sont dans des états impensables », explique Rodrigue Paré, directeur général de la Maison Jean-Lapointe, qui aide les gens aux prises avec la dépendance au jeu, à l’alcool ou aux drogues. « On sait que le gouvernement de Mme Marois veut équilibrer son budget. Il faut garder le sens de l’éthique et penser aux gens qui sont démunis face à ces problèmes-là. »

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17 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 1 mai 2013 04 h 51

    Affligeant...

    Affligeant comme idée.
    Madame Marois ne cesse de s'enfoncer toujours un peu plus dans le coeur des indépendantistes. Et le plus triste, c'est qu'elle y entraîne les militants du PQ avec elle sans qu'ils ne puissent, ou qu'ils n'osent, y mettre un frein...
    Exactement le symptôme universel qui à tout coup, sans faillir, permet de reconnaître lorsqu'un parti est devenu vieux.
    René Lévesque a souvent dit aux jeunes que nous étions, j'ai 56 ans, que l'indépendance du Québec devait d'abord être l'affaire des jeunes parce que ce projet en était un d'avenir. Si elle croit qu'avec des mesures comme celle-là elle va motiver les Québécois à suffisamment se bouger le cul entre deux bières ou entre deux scotch pour travailler à l'indépendance, selon moi elle fait fausse route. Pour augmenter les revenus de l'Etat québécois, il vaudrait mieux inciter l'investissement des particuliers dans la culture et le développement économique en région plutôt que dans la consommation d'alcool.
    Cela dit, je n'ai rien contre le fait de prendre un verre pour fêter une victoire...


    Vive le Québec qui sait faire autre chose que de tituber vers sa liberté !

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 09 h 01

      Il ne faut pas dramatiser... ni tomber dans le méli-mélo en prenant des raccourcis idéologiques douteux. Les gens peuvent boire au bar et aller ensuite aux tables de jeux : ne soyons pas naïfs. Ça ne fera pas une grande différence au bout du compte. Il ne faut pas tout confondre non plus : on peut « inciter les particuliers à investir dans la culture et le développement économique» et prendre un verre de temps en temps en jouant, dans un moment réservé aux loisirs. L'un n'exclut pas l'autre. Ce qui est nuisible, c'est l'abus.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Mario K Lepage - Inscrit 1 mai 2013 16 h 25

      Dans la presque totalité des casinos à travers le monde et dans tous les bars du Québec ou d'ailleurs, les clients boivent et certains font une ligne dans les toilettes. Il n'ya pas de quoi fouetter un chat!!! Les vertueux n'ont qu'à sortir leurs pancartes devant les casinos et tenter d'enfoncer leur moralité à quatre sous dans la gorge des clients.... Une grande majorité de joueurs sont des compulsifs et l'alcool fait partie intégrante de leur dépendance maladive. À ce que je sache, personne ne leur met un fusil sur la tempe pour jouer ou boire....

  • Huguette Durocher - Inscrite 1 mai 2013 05 h 44

    Quelle hônte

    Le vrai problème au Québec c'est l'administration de la grosse machine, retraites, congés de tous genres, primes, soins de santé au privé, formation bidons et heures de travail en double. . . . Sa faut pas toucher.

    Présentement, nous travaillons et leur payons ce que nous ne sommes même pas capable de nous payer et nos services sont coupés directement par le bas.
    Huguette Durocher

  • Marcel Bernier - Inscrit 1 mai 2013 06 h 20

    Une question se pose...

    En quoi l'assertion « Ce bannissement visait à empêcher les joueurs de perdre le contrôle de leurs dépenses. » n'est plus de mise et devient inadéquat à la situation?

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 09 h 03

      Parce qu'à l'époque, c'était un monopole, ce qui n'est plus le cas : voir 7e paragraphe de l'article. Bonne journée !
      Louka Paradis, Gatineau

  • Chantale Desjardins - Inscrite 1 mai 2013 06 h 40

    Non à l'alcool au Casino

    Pour de l'argent, on est prêt à ajouter l'alcool au jeu.
    Nous vivons dans une société où le vice sert à financer le gouvernement.
    Pourrait-on espérer que le gouvernement changera sa décision? J'en doute car
    on manque d'argent pour atteindre ses objectifs. L'argent et l'alcool servent à
    équilibrer le budget et à rendre le peuple malade.

    • Michel Gagnon - Inscrit 1 mai 2013 13 h 06

      À moins que je ne me trompe, je crois bien que l'alcool est déjà présent au Casino. Si nous voulons que le vice (directement ou par les taxes) cesse de financer le gouvernement, alors fermons tous les Casinos, fermons tous les bars, fermons la SAQ, interdisons toute consommation d'alcool et de cigarettes, interdisons toute vente de jeux de cartes et de jeux de société. Nous vivrons ainsi dans une société propre, propre, propre!

  • Serge Grenier - Inscrit 1 mai 2013 07 h 19

    Des milliards vs des millions

    «Nos compétiteurs ont investi des milliards de dollars dans ces maisons de jeu ; oui, des milliards.»

    Si ces «compétiteurs» payaient leur juste part d'impôt, le gouvernement n'aurait pas besoin de siphonner le pauvre monde pour un ridicule 50 millions !

    Et une fois payés les dépenses en santé publique et les vies ruinées, que restera-t-il de ces 50 millions dans les coffres de l'État ?

    • Peter Kavanagh - Inscrit 1 mai 2013 09 h 53

      Étant donné que ces ''competiteurs'' sont hors québec, je ne vois pas pourquoi ils paieraient de l'impot au quebec. Les gens sont libres de dépenser ailleurs qu'au québec.