Conflit étudiant - Publication d'un rapport faisant état de témoignages troublants

Affrontement entre policiers et manifestants, lors d'une manifestation en juin dernier.<br />
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Affrontement entre policiers et manifestants, lors d'une manifestation en juin dernier.

« Je suis trop assommé pour me lever. Je suis convaincu qu’ils sont en train de me tuer. Je leur ai dit d’arrêter de me frapper s’ils veulent que je parte. » Le témoignage de ce participant à la manifestation du 1er mai 2012 fait partie de près de 400 recueillis par des groupes de la société civile de défenses des droits et libertés dans le rapport Répression, discrimination et grève étudiante rendu public lundi. À l’initiative de la Ligue des droits et libertés, l’Association des juristes progressistes et l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), ce rapport se veut un « devoir de mémoire », soit le point de vue des participants à la vaste mobilisation du printemps 2012, qui ont eu maille à partir avec les policiers, des petits démêlés dans les manifs jusqu’à des expériences plus violentes.


« C’est par nous et pour nous que nous faisons ce devoir, en tant qu’acteurs et actrices de la société », a expliqué Émilie Breton-Côté, de l’ASSÉ, lors d’une conférence de presse. « L’objectif est de raconter nos histoires. Ça va être un outil de mémoire, un outil d’empowerment pour le présent et le futur pour les personnes qui ont été victimes ou ont vécu la répression. L’idée est de dire que chaque personne qui l’a vécue n’est pas seule. On est plusieurs à avoir ressenti de l’humiliation, des blessures physiques, des traumatismes psychologiques et le fardeau des poursuites judiciaires. »


Ces 384 témoignages ont été recueillis grâce entre autres à un appel de l’ASSÉ lancé le 5 juillet via les médias, par écrit ou transmis oralement. L’exercice s’est terminé à la fin de l’été dernier. Pour Lucie Lemonde, de la Ligue des droits et libertés, il en ressort qu’une « véritable machine à répression » a été mise en place au printemps 2012. « Les policiers ont porté atteinte au droit à la liberté d’expression mais aussi au droit à l’intégrité physique et à la sécurité de la personne », a-t-elle soutenu.

 

Des témoignages et des recommandations


Le rapport fait état de plusieurs témoignages troublants, notamment de personnes arrêtées pendant des manifestations et détenues pendant plusieurs heures. « Plusieurs personnes détenues ont dû attendre des heures sans pouvoir, boire, manger ou aller aux toilettes, au point d’être forcés d’uriner dans leur pantalon ou en public. Certaines personnes ont souffert de déshydratation et de coup de chaleur. D’autres ont subi des fouilles intrusives. Des femmes affirment que des agentEs leur ont « tâté les seins devant tout le monde » et ont procédé à des fouilles portant atteinte à leur vie privée et à leur intimité », peut-on lire.


Marie-Claude St-Amant, de l’Association des juristes progressistes, constate pour sa part qu’il s’agit « de la plus grande vaste d’arrestations [environ 3000] du Québec et de la plus grande judiciarisation d’un conflit étudiant. » « Le rapport fait état des actes de brutalité policière, du nombre de personnes qui ont été ciblées par des arrestations, du nombre d’arrestation de masse, d’utilisation d’armes de dispersion et on remarque que le nombre de plaintes en déontologie a augmenté mais malheureusement, ça s’est soldé par peu d’enquête. »


Les auteurs de rapport font sept recommandations, dont la tenue, maintes fois réclamée, d’une enquête publique et indépendante sur le travail des policiers pour éviter que ce soit la police qui enquête sur la police, comme c’est le cas présentement. Ils demandent aussi l’abandon des accusations notamment celles portées en vertu de règlements municipaux comme P-6 et du Code de la sécurité routière.

15 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 29 avril 2013 14 h 32

    Ce qui me déçoit le plus...

    du gouvernement actuel du Québec, c'est le manque d'empressement à mettre sur pied une enquête sur les agissements de la police.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 29 avril 2013 16 h 46

      Ils ne veulent pas brasser la cage, ni exposer les bévues vus, documentées et vécues. l,important pour ce gouvernement est de faire oublier tout mouvement de contestation, et comme il y a aussi un peu de copinage entre les branches, garder ça mort pour satisfaire tout la classe dirigeante.

      Bref, ça ne se produira pas, un peu à l'instar de la très frileuse intervention municipale sur P-6 la semaine passée... quand on occulte les questions concernant l'application du règlement et qu'on laisse ça entre les mains de la police et de la justice, on anticipe des résultats à laisser sur les tables ou dans des boîtes de dossier closes...

    • Yves Gingras - Inscrit 29 avril 2013 17 h 08

      Vous pensiez que le PQ était mieux que les Libéraux ? Vous êtes bien naïf !

  • André Gauthier - Inscrit 29 avril 2013 15 h 50

    Déjà vu

    Le nouveau gouvernement avait appuyé le mouvement étudiant lord de la grève du printemps dernier. Dernièrement, il s'en est dissocié disant qu'il l'appuiyait car il était contre la hausse excessive de 82 % du gouvernement précédant.

    Maintement nous constatons effectivement une répression quasi totale au début même des tentatives de rassemblement en vu de manifester.

    J'ai l'impression que le gouvernement ne veux pas trop de perturbation au centre ville de Montréal car ce n'est pas bon pour l'économie...

    N'est-ce pas un déjà vu?

  • Richard Laroche - Inscrit 29 avril 2013 16 h 21

    Équilibrer la pression

    La manifestation et la désobéissance civile sont le dernier recours pour influencer la politique, lorsqu'aucun moyens plus efficaces et aboutissants ne sont disponibles.

    Certains diront impliquez-vous en politique pour changer les choses. Écrivez à votre député. Mais quand ceux qui nous représentent au parlement deviennent eux-même impuissants face à l'injustice et incapables de faire entendre la démocratie à une assemblée aveugle (ou corrompue?), que nous reste-t-il, sinon le cri du désespoir face à ce système défectueux qui n'a toujours pas été corrigé?

    Le référendum d'initiative populaire tant promis doit être mis en place. Laissez les citoyens s'affronter entre eux par suffrage, laissez les idées se confronter, les pressions s'équilibrer.

    Les services de Police doivent libérer publiquement les enregistrements vidéos de leurs interventions sur la place Publique et laisser leurs clients, le Peuple, juger eux-même de la satisfaction des services.

    Le débat public assainit notre société et nous avons le devoir de mettre au grand jour les injustices et erreurs du passé afin d'en bénéficier une leçon collective.

  • France Marcotte - Abonnée 29 avril 2013 16 h 38

    Pas ici voyons...

    Ce n'est pas parce que cela n'est pas, en théorie, supposé se produire ici que cela ne se produit pas.

    Parce que nous sommes supposés être en démocratie, nous interprétons dans un premier temps ce que nous voyons comme acceptable dans le cadre d'une démocratie, même si on a un doute, même si à bien y penser ça ne cadre pas du tout.

    Quel beau paravent que la démocratie quand on a envie de fesser dans le tas. Une fois n'est pas coutume, pas vrai?

    Il faut une fois dans sa vie avoir vu de près un policier en uniforme anti-émeute. L'impression qu'on en garde est marquante.

  • Karine Collette - Abonnée 29 avril 2013 16 h 49

    Pétition en ligne

    Parmi les différentes initiatives, une pétition : https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-3567/index.html