Des «vérités» de l’ex-maire sont remises en cause

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	Robert Abdallah</div>
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Robert Abdallah

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, jeudi, l’ancien maire Gérald Tremblay a éclairci les circonstances ayant mené au congédiement de l’ancien directeur du financement d’Union Montréal, Bernard Trépanier, et de l’ex-directeur général de la Ville de Montréal, Robert Abdallah. Dans sa tentative pour rétablir sa réputation, Gérald Tremblay a livré sa « vérité », mais plusieurs pans de son témoignage sont contredits par ceux qu’il a cités, notamment par l’ancien chef de police Yvan Delorme.

Gérald Tremblay a relaté avoir congédié Bernard Trépanier en 2006 après avoir appris que l’ancien directeur du financement d’Union Montréal avait réclamé un pot-de-vin de 1 million de dollars de l’entreprise SmartCentres, qui voulait réaliser un projet de centre commercial dans la carrière Francon.


Il aurait même glissé un mot de cette affaire au chef de police de l’époque, Yvan Delorme. Or, selon le témoignage de M. Tremblay, Yvan Delorme aurait répondu : « Puisqu’il n’y a pas eu d’acte de commis, il n’y a pas matière à enquête. »


L’ancien directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a réfuté ces affirmations. Lors d’un entretien téléphonique avec Le Devoir, il a nié avoir été officiellement informé par l’ex-maire de la présumée tentative d’extorsion du collecteur de fonds Bernard Trépanier. Il a tout au plus entendu parler de l’histoire, mais jamais les noms de M. Trépanier ou du promoteur SmartCentres n’auraient été évoqués, a-t-il indiqué.


« Je n’ai pas reçu cette information-là telle que décrite. Lors d’une rencontre, il m’a parlé de ce sujet-là. Mais de quelle façon il m’en a parlé ? Sûrement pas comme une information importante, parce que jamais je n’aurais répondu ça, affirme M. Delorme, qui dit avoir oublié exactement dans quel contexte et de quelle façon il a été mis au parfum de cette histoire. J’ai un souvenir vague de cette information-là, mais très vague. Pas comme une information qui m’a été transmise pour que j’y réfléchisse et que je pose une action rapidement. »


Yvan Delorme affirme que s’il avait été avisé d’une tentative d’extorsion, il aurait agi en transférant le dossier à la Sûreté du Québec, comme le prévoit la Loi sur la police.


Le ministère de la Sécurité publique a pour sa part fait preuve de retenue. « Ce sont des allégations troublantes. La SQ et l’UPAC travaillent en collaboration avec la commission et ils sauront sûrement faire ce qu’il se doit. C’est à eux de juger s’il y a lieu d’enquêter », a commenté l’attachée de presse du ministre Stéphane Bergeron, Jacqueline Aubé.


Abolition de poste ?


De son côté, l’avocat de Bernard Trépanier, Me Daniel Rock, a classé l’affaire du SmartCentres dans la catégorie des ouï-dire, mettant en doute la solidité de la source du maire. Quant aux raisons du congédiement de M. Trépanier, Me Rock s’en tient à la version de son client. « Ce que M. Trépanier m’a toujours dit, c’est qu’on a aboli son poste », a-t-il indiqué au Devoir.


Selon Gérald Tremblay, la réalité est tout autre. Lors de sa brève rencontre avec Bernard Trépanier pour lui signifier son congédiement, il a refusé de lui divulguer les raisons de sa décision. « Je n’ai jamais parlé d’abolition de poste. […] Pour moi, le lien de confiance était rompu », a-t-il relaté.


Avant de congédier M. Trépanier, l’ancien maire avait pris soin d’en aviser Frank Zampino. Selon lui, M. Zampino ne pouvait prétendre l’avoir appris quatre à cinq mois plus tard, comme il l’a dit devant la commission Charbonneau la semaine dernière.


Quant au projet de SmartCentres, il aurait été abandonné, « en raison du ralentissement de l’économie », a-t-on indiqué à l’arrondissement de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension.

 

Le cas Abdallah


Gérald Tremblay a également révélé les circonstances - jusque-là obscures - du départ de l’ancien directeur général Robert Abdallah en 2006. L’ancien maire a expliqué qu’en février de cette année-là, une source l’aurait avisé que M. Abdallah avait été vu à maintes reprises en compagnie de l’entrepreneur Tony Accurso dans un restaurant du centre-ville. Mercredi, la commission Charbonneau a d’ailleurs publié plusieurs photos prouvant que M. Abdallah avait participé à un voyage en compagnie de Frank Zampino et de Tony Accurso à Las Vegas en 2006.


Tony Accurso est une connaissance de longue date de Robert Abdallah, a confirmé son ami Gilles Dauphin. « Il le connaît depuis les années 80, quand il était à Hydro-Québec », a-t-il dit, sans vouloir s’avancer sur les apparences de conflits d’intérêts que cette amitié pouvait poser, d’autant plus que la Ville avait lancé son projet de compteurs d’eau et que Simard-Beaudry, l’entreprise de Tony Accurso, devait éventuellement décrocher le contrat en consortium avec Dessau.


« Mon client n’a pas été congédié », a soutenu jeudi l’avocat de Robert Abdallah, Me Christian Desrosiers. Celui-ci a plutôt évoqué le témoignage de l’ancien fonctionnaire Serge Pourreaux qui avait affirmé, devant la commission Charbonneau en février dernier, que Robert Abdallah et lui avaient été écartés par l’administration Tremblay-Zampino lorsqu’ils avaient tenté de lancer un chantier d’optimisation destiné à réduire les coûts liés à l’octroi de contrats à la Ville. « On veut toujours blâmer celui qui n’est pas là pour s’expliquer », a laissé tomber l’avocat en rappelant que M. Abdallah n’avait jamais pu se faire entendre par la commission Charbonneau. M. Abdallah est à l’extérieur du pays ces jours-ci et son avocat compte s’entretenir avec lui lundi.

8 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 26 avril 2013 01 h 11

    Delorme est loin d'une ingénue

    C'est Dupuis et surtout Accurso qui ont poussé sa nomination. Cela ne faisait pas 3 mois qu'il avait renouveler son mandat, qu'il démissionne avec des explications bizarres. Puis Luisggi Corretti. Puis il s'en va comme conjoint de Normandeau qui elle même avait quitter dans la controverse et un nuage de corruption.

    Sachant toute les magouille du PLQ, Accurso avec des magouilles avec Trépanier, j'imagine mal ce Delorme vouloir faire une enquête. Et aujourd'hui, sachant ce qu'il a fait, n'ira pas dire que Tremblay a raison car Delorme s'accuserait lui-même

    • Pierrette Renaud - Inscrit 26 avril 2013 07 h 01

      Vous avez raison, j'ai une petite confiance en le témoignage de M. Tremblay mais l'évidence que Delorme ment nous frappe aux yeux, il a sûrement voulu protéger ses amis de la mafia.

  • Pierre Schneider - Abonné 26 avril 2013 04 h 46

    Tant de versions contradictiores

    Même si leurs résultantsnesnt pas admissibles devant les tribunaux, ne devrait-y-on pas suggérer à tous ces "acteurs" de se sommettre au polygraphe ?

    • Guy Desjardins - Inscrit 26 avril 2013 08 h 08

      Ce serait la bonne solution, malheureusement ils n'y sont pas obligés et ils le savent très bien.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 26 avril 2013 15 h 15

      Non seulement n'y sont-ils pas obligés mais la commission n'est pas un poste de police, comme on a pu l'observer. Seul des enquêteurs peuvent demander à quelqu'un de passer sous le détecteur, mais comme vous l'affirmez vous-même personne n'est obligé de le faire. Mais ce n'est pas très grave: la commission a d'autres flèche à son arc. Celui qui l'a précédé et niait tout a bien été obligé d'admettre certaines choses, et gageons qu'à certains égards Tremblay le sera aussi.

      C'est sûr que les croches sont bien préparés, mais être préparé on l'a vu précédemment, ne protège de rien. La vérité à des chemins imparables par où montrer le bout de son nez, et les commissaires et ses avocats les connaissent très bien et l'attendent au tournant. Il faut juste être patient. Ce n'est pas grâce à son signe de croix que Tremblay apparaîtra comme un croisé de l'intégrité...

    • Guy Desjardins - Inscrit 26 avril 2013 16 h 49

      Je me suis toujours dit, qu'un jour tout fini par se savoir et tous ces croches qui ne sont pas capable de se cacher derrière un vilebrequin vont s'apercevoir qu'il y a encore une justice dans ce bas monde quelque soit les individus(es). Et j'y crois encore.

  • Vincent Bussière - Inscrit 26 avril 2013 09 h 10

    Qui dit vrai?

    À entendre les participant à la commission Charbonneau, on ne sait plus qui dit la vérité, on ne sait plus qui est le menteur! Un dit blanc l'autre dit noir! On s'en sortira pas! Tous des maitres parleurs qui ont eu le temps d'apprendre leur rôle et le temps de se consulter, Delorme lui même suspect, Tremblay toujours direct mais dont les actions le sont rarement, pourquoi cacher les raisons des congédiements? On peut bien s'imaginer qu'il n'aurait pas nommer qui que ce soit si il a parlé au chef Delorme.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 26 avril 2013 15 h 19

    Et vous pensez que les commissaires eux ne sont pas préparés?

    Pour eux aussi c'est du théâtre, Zampino, qui niait tout a finalement dû faire certains aveux, et en passant si on ne peut les obliger à passer le polygraphe, rien n'enpêche de les poursuivre pour faux témoignage. Nous ne sommes pas dans un république de bananes. Il faut juste laisser le temps au temps.