Commission Charbonneau – Trépanier nie avoir gardé de l'argent pour lui

Bernard Trépanier (à gauche) a lui-même reconnu qu'il avait tenté de répartir les contrats entre les firmes de génie-conseil qui contribuaient au financement d'Union Montréal, avant d'être écarté par Michel Lalonde et Rosaire Sauriol, l'ex-vice-président de Dessau, en raison de sa maladresse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bernard Trépanier (à gauche) a lui-même reconnu qu'il avait tenté de répartir les contrats entre les firmes de génie-conseil qui contribuaient au financement d'Union Montréal, avant d'être écarté par Michel Lalonde et Rosaire Sauriol, l'ex-vice-président de Dessau, en raison de sa maladresse.

Devant la commission Charbonneau, lundi, l'ex-responsable du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier, a nié avoir gardé pour lui une partie de l'argent comptant versé au parti par les firmes de génie conseil.

«Dans cet argent comptant-là, est-ce que c'est possible qu'il y en ait une partie que vous ayez gardé pour vous?» lui a demandé le commissaire Renaud Lachance. «Jamais. Regardez mes revenus. Non. Ce qui est à moi est à moi; si c'est aux autres, c'est aux autres», s'est exclamé M. Trépanier.

Celui qui a recueilli les fonds pour Union Montréal de 2004 à 2008 a reconnu avoir parfois reçu de l'argent comptant, mais a assuré que ces sommes étaient alors «mises dans le chapeau», puis passaient du chapeau au coffre-fort du parti, dans son bureau, avant d'être déposées à la banque.

M. Trépanier s'est aussi posé en victime d'un complot de la part de ceux, nombreux, qui sont venus dire à la commission qu'ils avaient dû contribuer à la caisse du parti Union Montréal pour obtenir des contrats de la Ville.

«Si on fait un petit décompte, là, est-ce que ça se peut qu'on ait fait un melting pot et qu'on dise: "Tiens, on va tout shipper ça à Montréal, Trépanier est capable d'en prendre? Il va prendre ça, lui; il va prendre ça, le bonhomme. Il a 74 ans et il va craquer". Bien je ne craquerai pas! J'ai pris ce que j'ai pris. Et ce que je n'ai pas pris, je ne l'ai pas fait», a lancé M. Trépanier.

Des représentants des principales firmes de génie faisant affaires à Montréal dans les années 2000 sont venus dire à la commission qu'ils avaient versé de l'argent comptant et des contributions en chèques à Union Montréal. Certaines firmes ont eu recours à de la fausse facturation pour obtenir cet argent comptant; d'autres ont eu recours à des prête-noms pour rédiger des chèques libellés au parti et remboursaient par la suite ces personnes à même leur compte de dépenses.

La juge France Charbonneau a tenté de résumer sa pensée: «Ce que vous dites c'est que les sommes auraient été déboursées, mais là où il y aurait eu un complot, c'est pour tout mettre sur le dos de Montréal?» Le témoin a acquiescé, en laissant entendre qu'il était impossible que tant d'argent ait été versé au parti.

Pas de collusion entre les entrepreneurs

Bernard Trépanier a également nié l'existence d'un système de collusion entre les entrepreneurs en construction de Montréal. «J'étais pas au courant», a dit M. Trépanier, dépeint par plusieurs témoins comme la cheville ouvrière dans le système de partage des contrats à l'hôtel de ville. Sur les instructions de son ami Frank Zampino, M. Trépanier répartissait les contrats d'infrastructures entre les membres du cartel des ingénieurs, en échange de ristournes de 3 % à Union Montréal, a affirmé notamment Michel Lalonde, le p.-d.g. de Génius.

M. Trépanier a lui-même reconnu qu'il avait tenté de répartir les contrats entre les firmes de génie-conseil qui contribuaient au financement d'Union Montréal, avant d'être écarté par Michel Lalonde et Rosaire Sauriol, l'ex-vice-président de Dessau, en raison de sa maladresse.

De leur côté, des entrepreneurs tels que Lino Zambito ont déclaré qu'ils payaient une ristourne de 3 % à Union Montréal par l'entremise de Nicolo Milioto.

M. Trépanier était en contact régulier avec Frank Zampino (1808 appels) et Nicolo Milioto (81 appels). L'ex-patron de Mivela est considéré comme l'intermédiaire des entrepreneurs auprès de la mafia. Lors de l'opération Colisée, M. Milioto a été filmé pendant qu'il comptait et échangeait des liasses d'argent avec le défunt parrain, Nicolo Rizzuto.

Selon Bernard Trépanier, «Monsieur Trottoir» ne percevait pas de ristournes au bénéfice d'Union Montréal auprès des entrepreneurs. Ses liens avec Nicolo Milioto se limitaient à l'appeler pour lui vendre des billets pour les cocktails de financement d'Union Montréal, assure-t-il.

Le procureur Denis Gallant a par ailleurs analysé les relations d'affaires entre M. Trépanier et Astral. De 2002 à 2011, le collecteur de fonds et organisateur politique a reçu des honoraires de près de 570 000 $ de la compagnie.

M. Trépanier était payé à commission pour aider Astral à placer des panneaux publicitaires dans différentes municipalités, dont Montréal, Laval et Longueuil. M. Trépanier avoue d'emblée qu'il marchandait ses contacts politiques auprès de l'entreprise. «Comme hobby, j'organisais des élections. C'était dans le but de m'ouvrir des portes», a-t-il dit. Quand ses poulains gagnaient les élections, il s'empressait de les solliciter dans le cadre de ses activités de démarcheur.

M. Trépanier abordera sous peu son rôle dans la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur à Paolo Catania. Cette portion de son témoignage sera frappée d'une ordonnance de non-publication pour préserver son droit à un procès juste et équitable. Frank Zampino, Paolo Catania, Bernard Trépanier et cinq présumés complices sont accusés de fraude dans cette affaire.

Frank Zampino, l'ex-président du comité exécutif, sera le prochain témoin à la commission Charbonneau. M. Zampino a été décrit comme le véritable patron à l'hôtel de ville. Il est considéré comme le plus haut responsable politique des stratagèmes de collusion dans l'octroi des contrats.

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6 commentaires
  • Benoît Gagnon - Inscrit 15 avril 2013 12 h 12

    Titre alternatif proposé

    "Commission Charbonneau – Pas d'étoile dans le ciel la nuit, selon Trépanier"

  • François Dugal - Inscrit 15 avril 2013 14 h 18

    Le moment de vérité

    «Il n'y a pas eu de commission de 3%. Je n'ai pas gardé l'argent pour moi»
    Ben coudonc ...

    • Gilles Théberge - Abonné 15 avril 2013 16 h 32

      Ben oui comme vous dites monsieur Dugal, coudonc, on serait en train de harceler un pauvre monsieur?!

      Ça me fait penser à madame Thibault. «pauvre vieille» qu'elle s'est écriée. Là ce serait, pauvre vieux...

  • Jos Joseph - Inscrit 15 avril 2013 19 h 18

    Ben oui comme vous dîtes M. Dugal, on harcèle des p-a-u-v-r-e-s victimes...

  • André Lefebvre - Inscrit 15 avril 2013 23 h 58

    Carrefour

    M. Trépanier me semble de plus en plus s'être trouvé dans la position d'un policier qui dirige la circulation au centre d'un carrefour. Ce n'est pas le policier qui est responsable du nombre d'autos qui s'y présentent. Par contre, c'est le chef de police qui le place dans cette position.

    D'accord, six directeurs de firmes de génie-conseil ont raconté la même histoire à son sujet; mais n'oubliez pas que ces six "élites" de notre société faisaient de la collusion. Curieusement, plusieurs se sont fait demander s'ils s'étaient "rencontrés" avant de venir témoigner. Je ne pense pas que quelqu'un s'attendait à ce qu'ils répondent : Oui.

    De toutes façons, si vous croyez que ce monsieur "Bernard au max" est capable de mettre sur pieds un système comme celui qui a été décrit depuis le début, de contrôler les hauts fonctionnaires de la ville, les présidents des firmes de génie-conseil internationales et les entrepreneurs en construction payant une ristourne à la mafia, alors là...

    André Lefebvre

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 avril 2013 06 h 38

      Et posez-vous la question pourquoi ces érudits qui nous manipulent «endure» un minable semblable dans leur rang sinon que de leur servir de bouclier et de tempon !

      Moi qui ne suis ni érudit, ni manipulateur n'endurerais jamais un tel débile léger autour de moi. La recherche de la vérité n'est pas terminé, y a encore des angles morts.