Le PQ est un «drôle de parti»

Selon Lucien Bouchard, si la souveraineté se réalise un jour au Québec, ce ne sera pas au terme d’une démarche menée trop à gauche du spectre politique et économique.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon Lucien Bouchard, si la souveraineté se réalise un jour au Québec, ce ne sera pas au terme d’une démarche menée trop à gauche du spectre politique et économique.

Au fil d’une longue entrevue accordée vendredi au Devoir - où il a plaidé à titre «personnel» pour que les partis politiques québécois s’unissent pour exiger qu’Ottawa ouvre ses archives et éclaircissement les allégations contenues dans le livre La bataille de Londres -, Lucien Bouchard est revenu sur la difficile relation qu’il entretient avec son ancien parti. Visiblement, quelques affronts n’ont pas été oubliés. Ni pardonnés.

« La chose qui m’a fait le plus mal, c’est d’avoir été hué quand on a projeté ma photo avec celle de Pierre Marc Johnson » lors d’un rassemblement partisan au lendemain de l’élection d’André Boisclair en 2005, a-t-il dit. « Ça, je regrette, je ne le prendrai jamais, jusqu’à la fin de mes jours. Je ne comprends absolument pas que des gens puissent se permettre de me huer. Ils pourront me huer quand ils feront 49,5 % ou un peu plus que moi dans un référendum. »

Du même souffle, M. Bouchard a soutenu que le Parti québécois est un « drôle de parti, qui abrite en son sein des gens comme ça. Le parti lui-même est un grand parti avec des militants désintéressés qui ont un idéal. Mais que ça se retourne contre les chefs, qu’on cherche des boucs émissaires, c’est ça qui est mauvais », croit-il.

Aussi Lucien Bouchard déplore-t-il que certains péquistes lui aient « reproché de ne pas avoir réussi à remonter le ressort » souverainiste dans les années suivant le référendum de 1995. « C’est un reproche qui, en particulier, me pique, dit-il. Parce qu’il vient de petits groupes de gens qui n’ont pas beaucoup vendu de cartes de membres, qui sont allés au micro pour faire peur aux gens plus que d’autre chose, et qui n’ont pas beaucoup aidé la souveraineté. La souveraineté, on fait ça avec tout le monde, pas juste avec les purs et durs. Il faut penser à tout le monde quand on parle », dit-il.

Contexte de division

M. Bouchard rappelle qu’au lendemain du référendum de 1995, le Québec était divisé et qu’il avait la responsabilité - comme premier ministre - « d’essayer de rétablir un minimum d’unité » et « de faire en sorte que tout le monde se sente dans le coup », explique M. Bouchard.

Le contexte était tendu : le discours de Jacques Parizeau sur « l’argent et les votes ethniques » avait dérangé, les « anglophones étaient ulcérés », les allophones et les gens d’affaires se sentaient « marginalisés », relate M. Bouchard, qui se rappelle avoir été accueilli très durement dans un restaurant de Hudson le jour suivant le référendum. Des ponts devaient être rebâtis. Or, le discours du Centaur (écrit par Jean-François Lisée, où le gouvernement tendait la main aux anglophones) qui a suivi a été « très mal reçu par le parti », rappelle Lucien Bouchard.

Cette recherche de l’unité s’est également faite dans un contexte budgétaire difficile, avec le projet d’atteinte du déficit zéro. « La situation était catastrophique », dit Lucien Bouchard. « Quand on a lancé le déficit zéro, ça a été dur, on a fait mal à beaucoup de monde », reconnaît l’ancien chef péquiste, tout en rappelant que son gouvernement a « fait un paquet d’affaires sociales » (assurance médicaments, équité salariale, garderies à 5 $…). Mais tenir un autre référendum dans ces conditions ? Impossible, suggère-t-il.

L’échec de la gauche

Selon Lucien Bouchard, si la souveraineté se réalise un jour au Québec, ce ne sera pas au terme d’une démarche menée trop à gauche du spectre politique et économique. En rappelant qu’aux États-Unis, les plus riches (comme George Washington) ont « partagé les aspirations de leur peuple parce qu’ils sentaient qu’ils feraient partie de tout ça », M. Bouchard lance une pointe à la gauche indépendantiste québécoise.

« Nous autres au Québec, on a parfois voulu faire la souveraineté à gauche, indique le signataire du manifeste des lucides. On est passés par la gauche, mais ça ne menait pas à la souveraineté. Ça menait à l’échec. C’est le boulevard le plus large qui permettra d’arriver à la souveraineté. C’est pour un peuple qu’on fait ça. Tout le monde doit se sentir bénéficiaire de la grande aventure. »

 

L’ancien premier ministre a indiqué au Devoir qu’il songe à publier une deuxième autobiographie pour couvrir les années les plus importantes de sa carrière politique. Lucien Bouchard a publié un premier tome, À visage découvert, en 1992 aux éditions Boréal (encore disponible en format compact). La période non couverte inclut donc son élection comme chef de l’opposition officielle à Ottawa en 1993, la campagne référendaire de 1995, son passage à Québec en 1996 et ses cinq années comme premier ministre. M. Bouchard a mentionné avoir contacté une collaboratrice pour lancer le projet. Et il a promis de répondre à la question de savoir si le Québec a un avenir au sein de la fédération canadienne ou pas.

97 commentaires
  • Breault Simon - Inscrit 15 avril 2013 02 h 01

    Son voeu se réalise

    Le PQ n'est pas à gauche, je crois qu'on en a la preuve.... Aujourd'hui, le NPD se repositionne davantage au centre. ON et QS demeurent des partis marginaux. Pourquoi s'attaquer à la gauche alors? Et puis, il est où l'échec de la gauche au Québec? Notre vieu Lucien est un peu déconnecté de la réalité politique je crois. C'est facile taper sur la go-go-gauche. Rien à dire sur Marois, sur Harper, sur Trudeau? Ah oui! Une autobiographie à vendre... Je n'ai qu'une seule envie, celle de crier: Booooouuuuu-chard!

    • François Robitaille - Inscrit 15 avril 2013 08 h 55

      Un parti interventionniste socialement est un parti à gauche socialement...le PQ en fait parti.

      Un parti interventionniste économiquement est un parti à gauche économiquement...le PQ en fait parti.

      Échec de la gauche, échec du référendum 1995.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 15 avril 2013 12 h 29

      @F. Robitaille

      Faisait-il soleil le jour du référendum de 1995? Pleuvait-il? S'il faisait soleil, cela veut-il dire que nous devrions imputer au fait qu'il fasse beau l'échec du référendum?

      Aucune étude ne prouve que la gauche pourrait être la cause de l'échec d'un référendum, M. Robitaille.

      M. Bouchard s'en prend visiblement à la gauche simplement par dépit, ce que je trouve fort malheureux. Ce n'est pas parce qu'un homme a les cheveux gris qu'il a la sagesse infuse...

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 15 avril 2013 12 h 39

      Plusieurs Québécois ont de la difficulté avec la gauche et la droite....

    • François Robitaille - Inscrit 15 avril 2013 14 h 04

      Le point de m. Bouchard est que les raison des gens qui ont voté non, c'est une craine lié à l'économie du Québec advenant un "oui". Le modèle Québécois, social-démocrate disons-le, en rebute plus d'un pour croire que ce bateau pourrait voguer seul.

    • Serge Lemay - Inscrit 15 avril 2013 14 h 57

      En effet, quand on place les libéraux fédéraux et provinciaux au centre, la gauche commence tôt !

    • François Robitaille - Inscrit 15 avril 2013 14 h 57

      @Benoit Gagnon: Je pense qu'il faisait beau, d'ailleur je me rappelle avoir fumer un bon cigare....même si on avais perdu.

    • Claude Lachance - Inscrite 16 avril 2013 07 h 38

      Quand on cherche un micro, surtout en politique, on a la vie facile. M.Bouchard qui, il y a peu, donnait le québec au pétrolières, tient un diacours étrange qui rempli fort bien les boites à écho. Peut-on tirer un profit de ses élans de devoir de mémoire, et cesser de lui présenter le miroir auquel il s'adresse depuis longtemps? Son lieu de reflexion est-il encore à Sagard?

    • François Robitaille - Inscrit 16 avril 2013 14 h 27

      @Claude Lachance, vos commentaires démagogiques et remplis de mépris n'avance rien à cette discussion.

  • Jean-François Caron - Abonné 15 avril 2013 06 h 05

    Père Fouettard

    Cet homme mérite d'être hué pour ce qu'il a fait a Yves Michaud et pour son rapprochement purement mercantile avec l'industrie pétrolière et gazière. Ajoutez a cela une bonne dose de condescendance envers les Québécois au cours des dernières années.

    Il a maintenant sa petite place dans mon cœur près de John James Charest.

  • Pierre Demers - Inscrit 15 avril 2013 06 h 10

    L'affaire Michaud

    Nous on attend toujours ses excuses de se servir de la pelure de banane des libéraux pour se débarrasser de quelqu'un à l'oipinion différente de la sienne dans le parti sur la langue.
    Mais nous comprenons qu'en fait il n'y a pas d'excuses pour un tel comportement dans un parti dit démocratique.

  • alain petel - Inscrit 15 avril 2013 06 h 40

    Oui, c'est un drôle de Parti

    Comme chef, quand d'une main tu demandes aux chômeurs de les couper et que de l'autre tu signes l'achat d'un condo de 2,5 M$, tu te dis tout n'est pas que blanc(het) dans ce parti.

    • Michel Deshaies - Inscrit 15 avril 2013 10 h 07

      Depuis quand un élu ne peut-il pas changer de maison??? Ce n'est pas juste Mme. Marois, mais bien son conjoit et elle qui achète ce condo dans un immeuble patrimoniale suit à la vente de leur encore plus luxueuse maison de l'Ile-Bizard. Il est où le problème??? Le couple n'achète pas son condo avec les fonds publics.

      C'est ça le problème au Québec, on n'a pas le droit de réussir dans la vie, sinon le petit peuple cherche des "bébittes" là où il n'y en a pas. Choisissez votre qualificatif; jalousie ou mauvaise foi!

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 15 avril 2013 10 h 44

      Serait-ce plus correct, si elle habitait un deux pièces, au sous-sol avec vue sur la ruelle.. Le qualificatif Mieux nantis,possédants, ne fignifie pas automatiquement blanchiment-corruption..

    • Fernand Lachaine - Inscrit 15 avril 2013 14 h 11

      Je trouve l'intervention de monsieur Petel incorrecte. C'est comme si tout le monde devait être dans la pauvreté pour servir dans le public.
      Monsieur Petel ne peut toutefois pas dire que madame Marois s'est enréchie au dépens des contribuables.
      En 30 ans de vie politique, je n'ai jamais entendu qu'elle avait été soupçonnée de quoique que se soit.
      Monsieur Petel peut cependant jeter un même regard accusateur sur un autre parti ou d'autres partis qui sont plus prêts de ses choix politiques.

    • Serge Lemay - Inscrit 15 avril 2013 15 h 04

      Le fait est que quand on coupe de 169$ par mois un assisté social tout en se payant un condo dont le prix équivaut à la coupure de quinze mille prestations pour un mois, on peut pas dire que l'on est certain que cette personne peut adéquatement évaluer les impacts financiers de ces coupures chez les prestataires victimes de ces restrictions inconsidérées.

    • Claude Lachance - Inscrite 16 avril 2013 07 h 25

      Dites-moi,M. Petel, ou donc ont habités les Trudeau, Mulroney, Charest, curieux que la vie privée de madame Marois vous intéresse tant,

    • Victor Beauchesne - Inscrit 18 avril 2013 16 h 54

      @M. Claude Lachance,

      C'est quand même Mme Marois qui a couru après en invitant les caméras à l'intérieur de son ''modeste chalet'' dans Charlevoix pour tenter de changer sa réputation de châtelaine. Jusqu'à ce jour je n'avais aucun intérêt à connaître sa demeure.

  • Gilles Bousquet - Abonné 15 avril 2013 06 h 43

    Et l'affaire Michaud ?

    M. Bouchard se donne le beau rôle dans le référendum de 1 995, très bien mais, dans l'affaire Michaud, très vilaine affaire de sa part, il évite soigneusement d'en parler et de s'en excuser, ce qui pourrait lui être pardonné.

    Les excuses demandent une dose d'humilité, ce qui n'est pas la spécialité de M. Bouchard. La grande majorité des députés du PQ l'ont fait mais pas LUI.

    • - Inscrit 15 avril 2013 09 h 07

      D'accord avec vous pour l'affaire Michaud. Bouchard a erré. Il n'était pas seul mais il était en position d'autorité.
      Pour ce qui est de l'humilité. Je regrette, mais l'humilité n'était pas la qualité maitresse de Bismarck, De Gaulle ou Bolivar. Ce qu'il faut c'est de pouvoir oser et foncer contre l'adversité.

    • James A. Wilkins - Inscrit 15 avril 2013 11 h 03

      La grandeur d'un homme politique se mesure entre autre à avouer ses erreurs et de demander pardon. Lucien Bouchard a eu une brillante carrière politique,un franc parler et un charisme indéniable dans ses discours passionnés. L'affaire Michaud restera cependant une tache indélogeable à sa feuille de route et à son image car trop imbu de lui-même à avouer son erreur et à s'excuser au grand serviteur de l'état qu'a été Yves Michaud. Le gouvernement actuel du PQ n'est pas plus à la hauteur, ne corrigant pas cette lacune sur les motions de blâme et ne faisant pas amende honorable à Yves Michaud. Ce faux pas a entaché la dignité de notre Assemblé Nationale et depuis plus d'une décennie on souligne encore l'anniversaire de cette injustice.

      James A. Wilkins
      Lac Brome

    • Claude Lachance - Inscrite 16 avril 2013 09 h 47

      @georges Hubert.
      "En état d'autorité " ne donne à personne le droit inaliénable de bâillonner celui ou celle qui démocratiquement prend parole publique .Cela arrive "dans mon cartoon" dans des États policiers, ou l'arbitraire remplace les législations , et que tout homme bien portant est un malade qui s'ignore.Pour un ""lucide"" le sieur Bouchard à fait bien piètre figure, d'autan que les propos de M. Michaud n'étaient en rien offensants. Dire que une cerise c'est une cerise, ne mérite en rien l'opprobe dans laquelle s'est drapé ce commédien faiseur de tragédie pour grandir son image.

    • Victor Beauchesne - Inscrit 18 avril 2013 16 h 56

      Quand l'histoire sera écrite, le 49,5 % de OUI de Lucien Bouchard en 1995 sera reconnu comme un moment marquant alors que personne ( sauf peut-être les descendants de M. Michaud) ne se souviendra de cette incident tout à fait mineur.