Jean-François Lisée à Paris - La social-démocratie a protégé le Québec de la crise

Devant l’Institut Jean Jaurès, proche du Parti socialiste, le ministre des Relations extérieures du Québec Jean-François Lisée prononçait une allocution sur «la difficulté d’être social-démocrate en Amérique du Nord».
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Devant l’Institut Jean Jaurès, proche du Parti socialiste, le ministre des Relations extérieures du Québec Jean-François Lisée prononçait une allocution sur «la difficulté d’être social-démocrate en Amérique du Nord».

Paris — De passage à Paris pour rencontrer des gens d’affaires et le ministre français de l’Économie Pierre Moscovici, Jean-François Lisée a soutenu que c’est la social-démocratie québécoise qui avait protégé le Québec de la crise. Devant l’Institut Jean Jaurès, proche du Parti socialiste, le ministre des Relations extérieures du Québec prononçait une allocution sur « la difficulté d’être social-démocrate en Amérique du Nord ».


Il a soutenu que c’est parce que « l’idée que l’État intervient dans l’économie n’est pas un anathème au Québec » et « que ça fait partie de notre fibre » que « l’économie québécoise traverse la crise de façon beaucoup plus résiliente que celle de notre voisin ontarien ». Selon le ministre, le Québec offre aujourd’hui au monde l’exemple d’« une expérience sociale-démocrate qui se maintient dans un continent qui, lui, se droitise ».


Cette brève visite qui se termine aujourd’hui était surtout destinée à rencontrer le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, afin de préparer sa venue au Québec en mai et de faire le point sur les négociations de libre-échange Canada-Union européenne.

 

Libre-échange dans l’impasse?


Visiblement impatient que ces négociations aboutissent alors qu’on annonce leur conclusion depuis près d’un an, le ministre admet qu’« il y a une impasse ». « Qu’on dise constamment qu’on est à une semaine de la conclusion, c’est bien. Mais ça commence à tarder, dit-il. Pour ce qui est des questions qui préoccupent particulièrement le Québec, on n’a pas de raison de s’inquiéter. Mais on aimerait que ça aille plus vite. »


La France et le Québec sont ensemble sur les questions culturelles, précise-t-il, même s’il reconnaît que « les Français sont tenus par la négociation européenne et nous par la négociation canadienne. » Quant aux « questions agricoles qui restent sur la table, il y a des points sur lesquels on a des divergences », dit-il.


Malgré les doutes exprimés récemment par son prédécesseur Louise Beaudoin sur la manière de protéger la culture dans ces négociations, le ministre soutient que le Québec a fait le bon choix en proposant d’exclure des négociations une liste (dite négative) de lois québécoises plutôt que de réclamer une exemption générale. Cette proposition défendue par la France « n’était pas reprise par la Commission européenne », précise-t-il. Le ministre demeure persuadé que le préambule de l’accord fera « pour la première fois référence à l’accord de l’UNESCO » sur la diversité culturelle. Il juge même que cette façon de négocier est « exportable » dans les négociations avec d’autres pays.


Jeudi soir, à l’Automobile Club de Paris, Jean-François Lisée s’adressait à une assemblée de gens d’affaires à qui il a rappelé que, l’an dernier seulement, on avait assisté à douze implantations d’entreprises françaises au Québec. Il doit aussi rencontrer vendredi le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, et plusieurs ambassadeurs africains. Ces dernières rencontres sont liées à l’élaboration d’une politique québécoise sur l’Afrique francophone, où le Canada est aujourd’hui moins actif.


« Même si le Canada ne se retirait pas, on aurait un plan Afrique, dit le ministre. Évidemment, le vide est créé et, comme la politique canadienne en Afrique était beaucoup le fait de Québécois y travaillant […], c’est certain qu’on va occuper une place que le Canada aurait occupée auparavant. » Le ministre refuse cependant de dire si un Québec indépendant en aurait fait plus que le Canada lors de l’intervention militaire française au Mali.

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