Rapatriement de la Constitution: Bouchard exige que le fédéral ouvre ses archives

Lucien Bouchard<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard

Le gouvernement fédéral doit absolument ouvrir ses archives et permettre que la lumière soit faite sur les interventions politiques de l’ex-juge en chef de la Cour suprême lors du rapatriement de la Constitution, estime l’ancien premier ministre Lucien Bouchard. Une position qui rejoint la demande formulée cette semaine par le gouvernement du Québec.

L’homme dont la carrière politique s’est bâtie autour du dossier constitutionnel ne pouvait visiblement rester indifférent aux révélations contenues dans le livre La Bataille de Londres, de Frédéric Bastien. En entrevue à RDI jeudi soir, Lucien Bouchard est sorti de sa réserve habituelle pour confier sa vive préoccupation.
 
Une histoire cruciale

L’histoire relatée par Frédéric Bastien manque encore de détails, mais elle est cruciale, estime M. Bouchard. « C’est pour ça qu’il faut les documents. Pour faire la lumière et savoir ce qui s’est passé, dans l’intérêt de tout le monde. » Il demande ainsi à tous les partis de l’Assemblée nationale de « s’entendre pour dire [au fédéral] : vous allez ouvrir les dossiers. Ce serait une démarche tout à fait normale et digne. »
 
Dans son livre, Frédéric Bastien dévoile des documents démontrant que Bora Laskin, alors juge en chef du plus haut tribunal du pays, a informé les gouvernements britannique et canadien de certains détails des délibérations de la Cour sur le projet de rapatriement de la Constitution (en 1981).
 
Pour Lucien Bouchard, ces faits sont de la plus haute importance — et auraient justifié le renvoi de M. Laskin s’ils avaient été connus plus tôt. « J’ai éprouvé une impression de surprise, d’incrédulité et d’inquiétude » en les apprenant, a-t-il dit. Cela parce que les « juristes connaissent très bien les règles auxquelles ils sont assujettis » et « savent très bien qu’un juge ne se permet pas l’incartade de communiquer avec différents partis durant des délibérés ».
 
M. Bouchard estime « que ça soulève des questions extrêmement troublantes sur le respect et l’intégrité de l’indépendance judiciaire de la Cour, que personne n’a jamais remis en cause ». Il a salué la décision de la Cour d’examiner le dossier, la jugeant « honorable ».
 
Car à ceux qui estiment que l’affaire est du passé — comme François Legault —, Lucien Bouchard rétorque que le dossier est au contraire « au cœur de l’histoire contemporaine, une histoire qui continue de se répercuter chaque jour ». « La réaction de M. Legault est inacceptable. Comment un chef de parti qui veut devenir un jour premier ministre peut réagir de façon aussi légère à quelque chose d’aussi important ? », a demandé l’ancien chef du Bloc québécois et du Parti québécois.
 
Ottawa s’est montré fermé à l’idée de collaborer avec Québec cette semaine, renvoyant le gouvernement Marois au processus de demande d’accès à l’information.
17 commentaires
  • Clement Bernard - Inscrit 11 avril 2013 21 h 19

    Pression.

    Il faut absolument que toutes les forces vives du Québec s'unissent et réclament d'une même voix que le fédéral dévoile ses archives. Même si l'on ne peut changer le cours de l'histoire, il est d'une importance capitale qu'on connaisse la vérité.
    Faire la sourde oreille et banaliser ce qui s'est passé ne fera qu'alimenter le doute quant à ce rapatriement auquel le Québec n'a pas adhéré.

  • Michel Lebel - Abonné 11 avril 2013 21 h 33

    La réserve requise

    M. Bouchard a droit à son opinion sur le sujet. Mais je crois qu'il aurait été plus de mise pour lui de garder ici une réserve. L'homme a été trop impliqué, et de façon bien partisane, en matière référendaire. J'ai toujours eu l'impression que Lucien Bouchard n'a jamais digéré sa défaite lors du second référendum et encore plus la Loi sur la clarté. Il me semble toujours vouloir régler ses comptes avec certains fédéralistes. D'où mon questionnement sur son impartialité dans ce nouveau dossier sur le rapatriement.

    Michel Lebel

    • Gilles Théberge - Abonné 11 avril 2013 22 h 01

      En tout respect Me Lebel. À la lecture de votre opinion ici je me suis demandé un instant, si vous ne seriez pas en train de nous donner un aperçu d'une future carrière que vous envisageriez, en tant qu'humoriste!

    • Patrick Boulanger - Abonné 11 avril 2013 22 h 17

      M. Lebel, M. Bouchard soutient seulement que le fédéral doit ouvrir ses archives et permettre que la lumière soit faite sur les interventions politiques de l’ex-juge en chef de la Cour suprême lors du rapatriement de la Constitution. Où est le problème ?

    • Louka Paradis - Inscrit 11 avril 2013 22 h 51

      D'accord avec vous, M. Théberge. C'est tout à fait clownesque.
      Louka Paradis, Gatineau

    • James A. Wilkins - Inscrit 12 avril 2013 11 h 38

      Avec tout respect M.Lebel, une demande de transparence sur ce pan de notre histoire constitutionnelle n'a rien à voir avec un devoir de réserve.
      Lucien Bouchard ne joue pas à la belle-mère sur celle là.

      James A. Wilkins
      Lac Brome

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 avril 2013 12 h 42


      M Lebel aimerait bien que ceux qui savent ne parlent pas. Quelle belle démocratie! Cette affaire de magouilles lors du rapatriement de la constitution (avec un petit c) devrait être portée devant un tribunal international.

      La Constitution de 1982 était et demeure illégitime, car elle a été enfoncée dans la gorge des Québécois sans leur consentement. On voit bien que Trudeau a bafoué l'éthique et la légalité dans le rapatriement de la Constitution. Et il y aura encore des fédérastes qui diront que tout cela est de la faute aux souverainistes québécois. Les commentaires de MM Lebel et Paquet sur ce sujet ne sont pas très éclairants.

      La Constitution de 1982 a été imposée au Québec contre sa volonté. Elle doit être combattue sur la scène internationale comme étant l’asservissement d’un État sur un autre État. Cette camisole de force doit tomber.

  • Marc Blanchard - Inscrit 11 avril 2013 22 h 11

    Je ne suis pas un fan de Lucien Bouchard. Mais, qu'il réprimande Legault, me le rend sympathique.

  • Claude Lafontaine - Abonné 11 avril 2013 22 h 35

    Surpris mais content

    Je suis surpris que M.Bouchard sorte sur la place publique à ce sujet là, mais je suis content qu'il le fasse parce qu'il est bien placé pour juger de la gravité de ce qui est soulevé par M.Bastien et tant mieux si sa sortie contribue à mettre un peu plus de pression à la fois sur le Gouv fédéral et sur la cour suprême pour qu'ils ne tardent pas à faire la lumière sur la question.

  • Carroll Roy - Inscrit 11 avril 2013 22 h 37

    C'est le Bouchard

    Que j'ai jadis aimé.