Qui sont les nouveaux élus? - Le policier devenu politicien

Robert Poëti
Photo: - Le Devoir Robert Poëti

Il y a sept mois, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.


S’il avait cru aux chances du Parti libéral de remporter les élections, Robert Poëti n’aurait sans doute pas accepté l’invitation de Jean Charest. Mais l’ancien policier voulait apporter sa contribution, acceptant du coup de venir « endosser le volet de l’intégrité » d’un parti mis à mal par des allégations de corruption et de collusion.


« J’ai ma réputation et mon intégrité, affirme Robert Poëti entre deux bouchées de morue dans un chic restaurant italien où il a ses habitudes, au centre-ville de Montréal. Une seule personne ne peut pas venir changer l’opinion de tout le monde sur un parti. Mais qu’est-ce que ça dit ? Ça dit que moi, si j’avais un doute sur quelque chose de criminel, je n’y serais pas allé. »


Lorsqu’il a annoncé sa décision de se joindre au parti, plusieurs lui ont demandé s’il avait peur de perdre sa crédibilité ou s’il allait démissionner s’il découvrait qu’un collègue était impliqué dans un scandale. « Ma réponse à ça, c’est non […] S’il y a des gens, individuellement, qui ont accepté d’être malhonnêtes, ce sont ces gens-là qui sont responsables, pas le parti. »


Le député de Marguerite-Bourgeoys croit par ailleurs qu’il était judicieux de la part de l’ancien gouvernement d’attendre la création de l’UPAC pour déclencher la commission Charbonneau.


« Il fallait absolument qu’on ait des policiers capables d’arrêter des gens et de les mettre en prison. Il n’y a pas une commission qui va vous faire ça. Et non seulement Mme Charbonneau ne mettra personne en prison, mais elle va en gracier certains pour des actes graves qu’ils ont commis. C’est le prix à payer pour avoir une commission, mais pour un ex-policier, c’est dur. »

 

Valeurs libérales


Libéral, il l’est dans son coeur et dans son esprit, appuyant chacune des valeurs inhérentes au parti, et ce, depuis toujours. La seule différence, c’est qu’avant, il ne le savait pas.


Jeune pensionnaire, Robert Poëti travaillait l’été au restaurant de son père, rêvant « comme tous les petits garçons » de devenir pilote d’avion ou policier. La politique ne l’intéressait guère. « Personne ne m’avait jamais demandé si j’avais une allégeance politique, avoue-t-il candidement. J’ai même longtemps pensé que j’étais apolitique. Aujourd’hui, avec du recul, je comprends que je ne l’étais pas parce que mes valeurs fédéralistes étaient naturelles chez moi. »


La politique est venue bien tardivement pour ce policier qui a travaillé pendant près de trente ans à la Sûreté du Québec. Mais ce n’est pas d’hier qu’on le courtise. Au tournant du siècle, en marge d’une conférence de presse à l’issue du Sommet des Amériques, un organisateur politique lui avait remis sa carte. « Ça m’avait fait sourire », se souvient Robert Poëti.


Depuis, de façon régulière, on sonde son intérêt pour la chose politique, lui prédisant de belles réussites dans ce domaine. Mais ça ne l’intéressait tout simplement pas. « Avant de me présenter au Parti libéral, je n’ai jamais eu de carte de membre d’un parti, je n’ai jamais cotisé à aucun parti politique, je n’avais pas d’amis dans le milieu. »

 

Crise étudiante


Il aura fallu le printemps érable pour l’amener à songer sérieusement à se porter candidat, lui qui, sur une base régulière, donnait son opinion à titre de spécialiste de la sécurité publique dans les médias. « Quand les gens me demandaient ce que je pensais de la loi 78, je répondais que c’était la police d’assurance pour permettre aux gens de pouvoir retourner à l’école. Et donc, à un certain moment, quelqu’un m’a demandé : “vous êtes donc un libéral ?”. J’ai dit “non, je ne suis pas libéral, mais je pense qu’ils ont raison”. »


Un mois plus tard, il rencontrait dans un souper chez des amis un organisateur du parti qui lui a fait une offre officielle. Comme il était difficile à convaincre, c’est Jean Charest lui-même qui l’a invité dans son bureau.


« Il a agi comme un père de famille le ferait devant un de ses fils ou un de ses frères qui lui demande conseil, raconte-t-il alors que son thé vert refroidit tranquillement au milieu des restants de table. Il n’a pas mis de pression, mais il répondait à mes questionnements. »


Quelques jours plus tard, Jean Charest venait aux nouvelles. Robert Poëti avait pris sa décision. « Je lui ai dit : “si j’étais convaincu à 100 % que le Parti libéral rentrerait avec une très forte majorité, je ne me présenterais pas, parce que je serais content, vous seriez là. Mais comme cette campagne va être difficile, je vais aller avec vous et faire de mon mieux pour exprimer nos valeurs, nos convictions et faire avancer le Québec”. »

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