La gouvernance souverainiste à la rescousse

Le dossier de l’assurance-emploi servira à lancer la gouvernance souverainiste.
Photo: - Le Devoir Le dossier de l’assurance-emploi servira à lancer la gouvernance souverainiste.

Québec — Alexandre Cloutier a présenté cette semaine une première application concrète du concept de gouvernance souverainiste dont il est le ministre responsable : la création d’une commission sur l’assurance-emploi, présidée par Rita Dionne-Marsolais et Gilles Duceppe, un instrument tout beau, tout neuf, sorti du coffre à outils souverainiste. S’agit-il d’une opération politique qui doit servir à requinquer un gouvernement minoritaire amoché ? Sans aucun doute. Tout gouvernement minoritaire qui se respecte aspire à obtenir une majorité. Pour le gouvernement Marois, le plus tôt sera le mieux.

L’entourage de Pauline Marois ne s’en cache pas. La tournée de la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi est avant tout une opération politique. Certes, elle servira à évaluer les impacts des modifications apportées au programme d’assurance-emploi par le gouvernement Harper, à documenter les problèmes du régime et à proposer des changements pour qu’il réponde davantage aux besoins des travailleurs québécois. Une sorte de mini-commission sur le déséquilibre fiscal, mais sur l’assurance-emploi. Or, si on a sorti Gilles Duceppe de sa tanière où il rongeait frénétiquement son frein, c’est qu’on table sur sa connaissance approfondie des régions du Québec et sur son image d’infatigable défenseur des intérêts du Québec face à un gouvernement fédéral insensible et dominateur.


Mercredi prochain, en conférence de presse à Montréal, Gilles Duceppe et Rita Dionne Marsolais lanceront officiellement les travaux de la Commission. Le gouvernement Marois veut des résultats rapides et pour pas très cher, soit 1,5 million ; le rapport final doit lui être remis le 30 novembre prochain.


La composition de la Commission a fait l’objet de multiples fuites dans les médias, en premier lieu dans les journaux de Québecor. Gilles Duceppe, qui y tenait une chronique hebdomadaire, a dû avertir leur direction qu’il renonçait à cette collaboration afin de « relever de nouveaux défis ». En fait, la conférence de presse du ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, pour annoncer la mise sur pied de cette commission devait avoir lieu le 21 mars, le jour du dépôt du budget fédéral !

 

Commissions ponctuelles


Le ministre a envisagé d’ajouter au mandat de cette commission l’examen des changements apportés dans le budget Flaherty au programme de formation de la main-d’oeuvre. Mais il a finalement décidé de s’en tenir au plan de match original.


La commission nationale d’examen est un moyen que le gouvernement Marois utilisera ponctuellement et à sa discrétion pour « examiner les initiatives fédérales ayant des répercussions majeures pour le Québec », a expliqué Alexandre Cloutier lors de sa conférence de presse cette semaine. De telles commissions auraient pu être créées pour se pencher sur les répercussions de la Loi sur les jeunes contrevenants et la loi C-10 sur les peines minimales d’emprisonnement, a-t-il donné comme exemple.


D’ici trois semaines environ, le ministre annoncera un autre volet de la gouvernance souverainiste qui portera sur les empiétements et les chevauchements propres au régime fédéral actuel. Il promet non seulement d’évaluer les coûts de ces chevauchements, mais aussi de « faire le ménage nécessaire pour rendre l’État québécois plus efficace ». Chose certaine, il ne s’agit pas pour Québec d’éliminer les chevauchements en laissant la place à Ottawa puisque la gouvernance souverainiste consiste, notamment, à « assumer tous les pouvoirs du Québec et [à] repousser les limites imposées par l’ordre constitutionnel actuel », lit-on dans un document ministériel.


En 2001, Bernard Landry avait confié à un libéral, Yves Séguin, la présidence de la Commission sur le déséquilibre fiscal. Aujourd’hui, il serait impensable d’accorder à un libéral ou à un caquiste un poste au sein d’une de ces commissions nationales d’examen puisqu’elles sont placées sous le label de la gouvernance souverainiste. L’opposition a d’ailleurs vivement dénoncé le caractère partisan de la Commission sur l’assurance-emploi. Pour Éric Caire, de la Coalition avenir Québec, Gilles Duceppe est un « pyromane » payé pour allumer des feux partout au Québec. Dans sa langue unique, Laurent Lessard, du Parti libéral du Québec, estime que « c’est le retour de la caravane péquiste qui fait le tour de la souveraineté ».


Ce n’est pas un hasard si Pauline Marois a choisi Alexandre Cloutier pour assumer la responsabilité de la gouvernance souverainiste. C’est qu’il a été un ardent promoteur de ce plan que l’on désignait comme le Plan Marois, une démarche adoptée lors du congrès d’avril 2011 du Parti québécois. L’idée viendrait de Gérald Larose qu’il l’avait suggérée dès 2007. « Au PQ, le champion de la chose, c’était Alexandre », rappelle Jean-Martin Aussant, le chef d’Option nationale, cet ancien frère d’armes au sein du groupe de jeunes loups, ABCD (pour Aussant, Blanchet, Cloutier et Drainville), qui a fait une tournée en 2010 pour promouvoir la souveraineté.


Jean-Martin Aussant s’oppose toujours à cette idée de gouvernance souverainiste. « Tous les partis à l’Assemblée nationale pourraient faire ce que le PQ fait en ce moment : vouloir établir les conséquences d’une décision du fédéral et suggérer quelque chose de mieux pour le Québec. » Le chef oniste estime que « c’est futile d’améliorer l’aptitude d’un autre peuple à bien nous gérer ».


« Vous savez, un des maîtres à penser d’Alexandre, c’est Benoit Pelletier », signale Jean-Martin Aussant. Il est vrai que certains principes de la gouvernance souverainiste semblent tout droit sortis du rapport signé par le constitutionnaliste et ancien ministre libéral des Affaires intergouvernementales canadiennes, rapport qui a servi à Jean Charest de programme sur le statut du Québec.


La gouvernance souverainiste reçoit aujourd’hui l’appui inattendu de Bernard Landry. Il y a un peu plus d’un an, l’ancien premier ministre jugeait que son contenu était « inapproprié » et « largement à l’origine de nos difficultés ». C’était dans la perspective d’un gouvernement péquiste majoritaire, avance-t-il aujourd’hui. « Ils sont minoritaires. Ils ne peuvent pas poser des gestes qui sont déterminants sans que l’Assemblée nationale se prononce, a-t-il livré au Devoir. Je trouve que, globalement, ce qu’ils font en cette matière est ce qu’ils doivent faire, surtout quand on voit les invraisemblables agissements du gouvernement fédéral. »


Après le redressement des finances publiques, c’est à son redressement dans l’opinion publique qu’entend s’atteler le gouvernement Marois. On veut que la gouvernance souverainiste, aidée par Gilles Duceppe, soit un des trois facteurs de la remontée espérée, les autres étant le projet d’indépendance énergétique, comme l’a signalé Pauline Marois dans son dernier discours devant la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, et l’enjeu identitaire - la consultation sur la laïcité - dont se chargera Bernard Drainville.

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