Qui sont les nouveaux élus? - De la politique scolaire à la politique nationale

Avant d’être élue sous la bannière péquiste, Diane De Courcy a présidé la plus importante commission scolaire du Québec.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Avant d’être élue sous la bannière péquiste, Diane De Courcy a présidé la plus importante commission scolaire du Québec.

Il y a sept mois, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.

Elle ne le savait pas à l’époque, mais les 18 années qu’elle a passées en politique scolaire lui ont permis de se faire la main pour les ligues majeures à Québec. À la tête de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), elle a connu les échecs, les critiques, les trahisons, mais également le travail d’équipe et la fierté des défis relevés. Aujourd’hui, comme ministre, elle s’engage dans un autre combat qu’elle sait difficile : moderniser la Charte de la langue française au sein d’un gouvernement minoritaire.


« Vous savez, quand on fait des élections scolaires, on devient humble », affirme avec un grand sourire la nouvelle ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, assise à l’extrémité d’une immense table dans une salle de réunion de l’édifice Marie-Guyart qui lui sert de bureau à Québec.


Diane De Courcy a abandonné l’école alors qu’elle était au secondaire « pour des raisons qui appartiennent à la vie ». Mais elle y est retournée à l’âge de 50 ans et elle n’est plus qu’à un cours d’obtenir son diplôme de deuxième cycle de l’École nationale d’administration publique (ENAP), ajoute-t-elle fièrement.


« Long chemin »


C’est un détour de la vie qui l’a menée vers l’administration publique. C’était il y a plus de vingt ans. Elle était jeune maman, elle voulait retourner sur le marché du travail, mais il n’y avait pas de service de garde à l’école de ses enfants. Elle a donc choisi de s’impliquer au comité d’école pour faire bouger les choses.


Rapidement, elle a compris que pour faire des changements significatifs, elle devait se projeter à une autre sphère, celle du conseil des commissaires. Elle s’est lancée et elle a perdu deux élections scolaires avant de gagner la troisième en 1994.


Elle dit avoir fait « un long chemin » au conseil des commissaires, tentant d’implanter les commissions scolaires linguistiques. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle a rencontré Pauline Marois, qui était alors ministre de l’Éducation. « J’ai pu contribuer à son projet de rendre les commissions scolaires linguistiques et de faire des représentations à Ottawa. C’est une relation qu’on a eue à ce moment-là qui était importante. »


Son arrivée à la tête de la CSDM a été « difficile », avoue-t-elle. Son leadership était contesté par un groupe de commissaires qui réclamait sa tête. « J’ai eu comme un creux. Ça a été difficile entre 1998 et 2003. J’ai appris beaucoup. J’ai appris sur moi-même et sur les autres. »

 

Parti québécois


En 2006, son nom circulait comme candidate du Parti québécois. Mais elle ne se sentait pas prête. « Il y a des choses qu’on voulait mettre en place : les comités de quartier scolaire et différents projets liés à l’aide aux devoirs. Les citoyens montréalais - du moins ceux et celles qui étaient allés voter [aux élections scolaires] - nous avaient fait confiance pour qu’on réalise ces projets. Alors, je ne me sentais pas moralement capable de dire que je ne compléterais pas [mon mandat] avec mon équipe parce qu’on m’appelait ailleurs. »


L’idée a refait surface en 2011, alors que « les fondements » de sa réforme étaient bien établis. Elle voulait faire des changements à un autre niveau. Et puis, elle avait fait son temps, estime-t-elle. « À un certain moment, après 14 ans à la présidence de la CSDM et 18 ans comme commissaire scolaire, il faut laisser la place à d’autres énergies, parce que, sinon, on en vient à accaparer une institution. Ce n’était pas du tout mon intention. »


À la fin de l’année scolaire, en juin, la décision était prise. L’élément déclencheur ? « La boucle était bouclée », répond-elle tout simplement.

 

Souveraineté


Le PQ s’imposait pour cette souverainiste de longue date. « J’ai toujours travaillé, sur une base personnelle, au sein du PQ ou du Bloc [québécois]. La question souverainiste n’est pas nouvelle pour moi. Mais ce n’était pas ça qui était central pour moi à ce moment-là. Je le faisais par engagement citoyen. »


Aujourd’hui, elle affirme que le Québec progresse dans cette idée, avec des actions comme le projet de loi 14 qu’elle a déposé pour revisiter la Charte de la langue française pour y inclure le droit de vivre et de travailler en français. « Pour moi, quand Mme Marois accepte que je puisse faire cette proposition, je crois qu’elle imagine que c’est le début de la constitution du Québec. »


Elle se décrit comme une femme d’équipe, mais concède qu’elle est également une battante. C’est d’ailleurs une des facettes qu’elle admire chez son idole politique, Nelson Mandela. « Derrière cet humanisme, c’est un méchant batailleur !, lance-t-elle avec passion. Il y a quelque chose là-dedans qui me séduit beaucoup. »

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