Moratoire de facto sur l’uranium

Québec — Québec va mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) afin qu’il procède à une évaluation de la filière de l’uranium. Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, ne veut pas parler de moratoire, car « le simple mot suscite des réactions », mais le gouvernement ne délivrera aucun nouveau permis d’exploration tant qu’il n’aura pas en main ses recommandations.


Après des mois de réflexion, le gouvernement Marois a finalement décidé de confier au BAPE le soin d’évaluer « les impacts environnementaux et sociaux de l’exploration et de l’exploitation de cette filière [uranifère] au Québec ». C’est l’ex-ministre, Daniel Breton, qui en avait fait la suggestion en octobre dernier. Les audiences auront lieu à l’automne. Ce sont les commissaires qui détermineront l’échéancier des travaux, mais Yves-François Blanchet prévoit un processus qui prendra, au total, « plus ou moins un an ».

 

Le projet Matoush


Dans un souci de « cohérence », le gouvernement ne délivrera aucun certificat d’autorisation sur le territoire québécois, a annoncé le ministre Yves-François Blanchet en point de presse à Québec jeudi. Ce dernier a précisé qu’aucun certificat n’avait été délivré à ce jour et qu’il n’y avait aucune autre demande en attente, à l’exception de celle de la compagnie Strateco pour le projet Matoush, au nord de Chibougameau.


« On est bien sûr conscients que ça impose une contrainte à Strateco, a répondu le ministre de l’Environnement. Maintenant, notre responsabilité, c’est l’ensemble de la société québécoise qui, de façon claire - ça fait consensus -, demandait une évaluation environnementale. » Seuls des travaux d’exploration légers qui ne nécessitent pas de certificat d’autorisation pourront aller de l’avant.


Le chef de la nation crie, Richard Shecapio, s’est réjoui de ce moratoire de facto. « Nous comprenons qu’un moratoire permanent, tel que nous le réclamons depuis des années, serait difficile à établir à cette étape-ci, car des études sont nécessaires. Mais nous sommes convaincus que, lorsque les Québécois auront pris connaissance des risques, ils appuieront notre position. »


Du côté de Ressources Strateco, on était furieux. En septembre, le projet des monts Otish a obtenu l’aval de la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Ne manquait plus qu’une décision de Québec pour aller de l’avant, décision qui s’est fait attendre jusqu’à l’annonce de jeudi. Entre-temps, Strateco a déposé, en janvier dernier, une poursuite au civil afin de forcer le gouvernement à prendre une décision, arguant que les délais nuisaient à la poursuite de ses activités.


« Sans aucune espèce de base scientifique ou rationnelle, le ministre change les règles comme ça, a dénoncé le porte-parole Denis Bouchard. On va regarder les impacts de la décision sur le processus d’autorisation et analyser les responsabilités du gouvernement et c‘est clair qu’on va faire valoir nos droits de façon très vigoureuse. »

1 commentaire
  • Éric Alvarez - Inscrit 29 mars 2013 11 h 17

    Décision courageuse

    Étonnant que cette nouvelle ne soit pas plus populaire.