Marois pour la divulgation de l’itinéraire des manifs

Québec — Les manifestants devraient dévoiler leur itinéraire aux policiers de Montréal et Québec, a déclaré mardi la première ministre Pauline Marois.


Bien que la question fasse l’objet d’un recours devant les tribunaux, Mme Marois n’a pas hésité à faire valoir le caractère raisonnable de cette mesure. Pourtant, dès leur élection, les péquistes s’étaient empressés d’abroger cette disposition incluse dans le projet de loi 78, qu’ils ont amplement dénoncé durant la crise étudiante.


Profitant de l’impulsion donnée par cette loi votée par les libéraux, les villes de Québec et Montréal avaient de leur côté adopté des règlements imposant aux manifestants de divulguer leur itinéraire.


Lors d’un point de presse qui a suivi une allocution devant des gens d’affaires, Mme Marois a soutenu que le règlement montréalais P-6 est moins sévère que les dispositions qui étaient prévues dans la loi 12, la version définitive du projet de loi 78. « La règle, elle est simple : on ne doit pas fournir son itinéraire trois jours avant, 24 heures avant, on peut déposer son itinéraire dès qu’on s’attroupe et que les policiers le demandent, a-t-elle dit. J’invite les groupes qui veulent manifester, et moi, je suis très respectueuse de ce droit, à présenter le parcours. »


La loi 12 exigeait que l’itinéraire soit transmis aux policiers huit heures avant toute manifestation. Le règlement P-6 ne précise pas de délai.


Ces derniers temps, des manifestants opposés à l’indexation des droits de scolarité ont été arrêtés à Montréal et Québec, car leur itinéraire était inconnu.


Mme Marois a expliqué que les règlements municipaux visent d’abord à garantir la sécurité des manifestants et des citoyens qui croisent leur trajet. « La loi 78, elle était scandaleuse et elle n’était pas ce qui est appliqué actuellement par le règlement, absolument pas, a-t-elle dit. Nous avons aboli cette loi, cette loi scandaleuse et qui n’avait aucun sens. »


Apparente contradiction


Plus tôt, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, et son collègue à la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, avaient préféré faire preuve de réserve, prétextant que la Cour supérieure doit entendre une contestation du règlement montréalais.


En Chambre, les libéraux ont saisi cette apparente contradiction pour connaître la position que le gouvernement défendrait.


Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a affirmé qu’il se soumettait à la règle « élémentaire » de ne pas commenter les dossiers qui sont devant les tribunaux. Il a précisé que Julien Villeneuve, « mieux connu sous le nom d’Anarchopanda », a manifesté l’intention de contester la constitutionnalité des articles 2.1 et 3.2 du règlement P-6, qui concernent respectivement l’obligation de fournir l’itinéraire et de manifester à visage découvert.


Répondant aux questions des libéraux, M. Bergeron est allé plus loin que devant les journalistes quelques minutes plus tôt. « Je ne vais donc pas commenter plus avant ledit règlement, sinon pour dire, simplement à titre de conseil, que pour assurer aux manifestants la possibilité de manifester et pour assurer leur sécurité, il serait si simple de donner le trajet à l’avance », a-t-il dit.


Le ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, avait affirmé que le règlement doit être maintenu. « C’est absolument raisonnable et j’implore les associations étudiantes, a-t-il dit. Une manifestation, ce n’est pas spontané, c’est organisé, c’est appelé à une heure dite. Donc, qu’ils donnent l’itinéraire, tout simplement, pour que ça se passe dans le calme. »

20 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 27 mars 2013 00 h 31

    L'itinéraire est raisonnable?

    Quand Mme Marois marchait avec sa casserole, elle ne savait pas où elle s'en allait car il n'y avait pas d'itinéraire. pas de changement avec la gouvernance péquiste. les deux ne savent pas où ils vont.

  • alain petel - Inscrit 27 mars 2013 05 h 24

    Ne touchez pas à l'Anarchopanda

    Figure flamboyante du Printemps érable, l'Anarchopanda demeurera toujours désormais le symbole de la liberté d'expression dans l'espace public, durant cette crise organisée par un gouvernement Libéral en déroute. Rien de plus fort comme image que de le voir enlacer un policier des forces d'intervention, alors que c'est la pagaille autour d'eux. Pas aussi forte que celle d'un jeune homme bloquant un tank à Pékin peut-être, mais presque. Oui, alors que le gouvernement précédent faisait des pieds et des mains pour retarder une commission d'enquête sur le monde de la construction, alors qu'il jetait l'huile sur le feu, rien n'était plus rassurant pour la liberté de parole que de voir circuler ce révolutionnaire en peluche parmi la foule. Non, le gouvernement actuel devrait passer une nouvelle loi : Interdiction de toucher à l'Anarchopanda !

  • Robert Henri - Inscrit 27 mars 2013 06 h 24

    Ça n'a pas de sens...

    C'est probablement pour «...garantir la sécurité des manifestants et des citoyens qui croisent leur trajet» que les policiers matraquent et gazent les manifestant qui ne fournissent pas le trajet de leur manifestation ? Belle logique s'il en est une.

    «...on ne doit pas fournir son itinéraire trois jours avant, 24 heures avant, on peut déposer son itinéraire dès qu’on s’attroupe et que les policiers le demandent». C'est pour ça que les policiers ont pris en souricière et ont encore bûché sur les manifestant dernièrement ?

    Comment peut-on respecter de tels policiers ? Les agents de la paix. Comment ? Moi, je m'en sens incapable.

  • Francois Parent - Inscrit 27 mars 2013 06 h 31

    Loi ambiguë et anti constitutionnel

    Les manifestant devront fournir l'itinéraire lorsque le policier le demandera. Le moment n'est pas déterminé aux policiers de demander l'itinéraire, le gouvernement crée une ambiguïté afin de laisser les policiers agir à leur guise sans tenir compte de la charte des droits et libertés.

  • Marc Blanchard - Inscrit 27 mars 2013 09 h 42

    C'est loufoque, ce débat, complètement loufoque.

    On s'ostine sur l'itinéraire.

    Fournir un itinéraire une heure avant une manif n'est pas une atteinte à la liberté d'expression.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2013 10 h 23

      Et que pensez-vous du droit des policiers de modifier l'itinéraire à leur guise? Ou de l'amende de 500 à 1000$ pour chaque manifestant qui ne suit pas l'itinéraire, qu'il s'agisse de l'itinéraire original ou celui modifié par les policiers? D'ailleurs, le règlement ne pécise pas que le service de police doive notifier tous les manifestants d'une modification à l'itinéraire.

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 mars 2013 10 h 31

      On peut être pour ou contre l'obligation de fournir un itinéraire M. Blanchard, mais cette mesure restreint bel et bien la liberté de manifester.

    • Gilles Goulet - Inscrit 27 mars 2013 12 h 19

      Ne pas fournir l'itinéraire, c'est brimer la liberté de tous ceux qui ne veulent pas être coincés dans une manifestation.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2013 14 h 07

      Parce que vous croyez, monsieur Goulet, que la police va vous communiquer l'itinéraire?

    • Gilles Goulet - Inscrit 27 mars 2013 16 h 29

      Les médias pourrons obtenir les itinéraires et nous les communiquer comme ils nous communiquent les conditions de la circulation.

    • Charbel Hanna - Inscrit 28 mars 2013 00 h 03

      Lorsqu'une manifestation passe, elle bloque la rue pour environ une minute - les manifestations monstres susceptibles de bloquer la rue pour une quinzaine de minutes sont si énormes que les médias n'ont pas besoin d'itinéraire pour les suivre.

      À l'inverse, une arrestation de masse bloque la rue pour quelques heures en moyenne.

      Personnellement, si j'étais conducteur, je préférerai attendre une ou deux minute qu'une manifestation passe, plutôt que de devoir effecteur un long détour parce que les policiers bloquent la route pour encore une heure.