Commission Charbonneau – Dessau ne craignait pas les poursuites pénales ou criminelles

Le vice-président de Dessau a pratiquement complété son témoignage.
Photo: Le Devoir Le vice-président de Dessau a pratiquement complété son témoignage.
«On n'a pas eu peur. Il n'y avait probablement pas personne qui s'intéressait à ça», a reconnu Rosaire Sauriol, jeudi à la commission Charbonneau. Il craignait davantage les répercussions à long terme sur l'image de la firme, la troisième en importance au Canada, que les poursuites pénales ou criminelles.

Le vice-président de Dessau a pratiquement complété son témoignage. Il sera suivi à la barre par Guy Desrosiers, enquêteur de la commission, et Marc Deschamps, l'agent officiel d'Union Montréal. Les deux témoins sont ni plus ni moins des hors-d'œuvre qui mettront la table pour le plat de résistance que constituera le témoignage fort attendu de Bernard Trépanier, surnommé «Monsieur 3 %».

M. Sauriol a livré une version étonnamment proche de celle des autres membres du cartel des ingénieurs qui l'ont précédé à la commission Charbonneau. Tout comme Michel Lalonde (Génius), François Perreault (Génivar), Yves Cadotte (SNC-Lavalin) et Pierre Lavallée (BPR), il a affirmé que l'octroi des contrats était fixé à l'avance à Montréal, mais pas au ministère des Transports du Québec (MTQ).

Six firmes (Génivar, CIMA+, SNC-Lavalin, Dessau, BPR et Roche) ont obtenu 70 % des contrats du MTQ entre 1997 et 2012. La part de Dessau s'élève à 232 millions de dollars, soit 12 % du total.

Pressé dans ses derniers retranchements par le procureur Denis Gallant, M. Sauriol a juré que les patrons des plus grandes firmes de génie-conseil ne s'étaient pas consultés avant leur passage à la commission pour taire l'existence de la collusion au MTQ. «Jamais on s'est entendu pour dire une histoire ici, ni moi ni mes collègues», a dit M. Sauriol.

M. Gallant a jugé curieux que Dessau soit prête à prendre des risques considérables, en finançant illégalement les partis provinciaux pour 995 000 $, sans avoir l'assurance de contrats à venir.

La collusion à rabais

M. Sauriol a testé la patience de la juge France Charbonneau en réfutant les nombreux rapports et études attestant que la collusion a entraîné un gonflement du coût des travaux de 30 à 40 % dans la métropole. «Je ne peux pas vous dire qu'on payait trop cher», a-t-il dit sérieusement.

À partir de 2002-03, Montréal a investi des sommes considérables pour restaurer ses infrastructures négligées pendant de nombreuses années. Dessau a connu une croissance de 20 % par année durant cette faste période de réinvestissement dans les ouvrages publics. «Il y a des effets de marché. Le marché, c'est l'offre et la demande», a-t-il expliqué.

Dessau et ses filiales, dont la firme d'urbanisme Plania, ont récolté des contrats de 120 millions à Montréal de 2002 à 2011.

Tout comme Pierre Lavallée avant lui, Rosaire Sauriol affirme que Dessau n'a pas réfléchi longuement avant d'adhérer au cartel des ingénieurs. La firme craignait d'être privée de contrats à Montréal si elle n'accédait pas aux demandes de financement illégal de Bernard Trépanier.

«C'est un engrenage. On est coupable. On l'a fait, a dit M. Sauriol. Ç'a commencé graduellement, et malheureusement personne ne s'est posé de questions. À la fin, on était tous très, très mal à l'aise.»

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