Un emploi ne règle pas tout

Comme Barbara, certains travailleurs doivent parfois avoir recours à des cuisines collectives pour arriver à joindre les deux bouts.
Photo: - Le Devoir Comme Barbara, certains travailleurs doivent parfois avoir recours à des cuisines collectives pour arriver à joindre les deux bouts.

La majorité des personnes pauvres ne sont pas sur le marché du travail. Or, pendant que la pauvreté « en général » est en baisse, elle est en hausse chez les travailleurs. Au Québec, en 2010, un peu plus de 180 000 personnes ayant travaillé tombaient sous le seuil d’un revenu décent.


« Des travailleurs à temps plein ont des difficultés à acquitter leurs factures (gaz, téléphone, électricité). Ils utilisent les banques alimentaires. Ils n’arrivent pas à payer régulièrement leur loyer ou à exécuter les prescriptions médicales », avance un professeur cité dans l’étude, Pierre-Joseph Ulysse, de l’Université de Montréal.


La sortie de cet avis serait-elle une réplique au projet de la ministre Agnès Maltais de ramener les assistés sociaux sur le marché du travail ? « Non », assure l’un des membres du Comité, Richard Gravel. Il souligne par ailleurs que le document a nécessité une longue tournée et deux ans de travaux.


Créé en 2007 dans la foulée de la Stratégie gouvernementale de lutte contre la pauvreté, le Comité a déjà émis des avis sur la pauvreté des personnes âgées et sur les conséquences des hausses tarifaires. Deux autres avis sont attendus sur le thème de l’emploi.


Les agences de placement


Ce nouvel avis sur les travailleurs pauvres s’attarde beaucoup au travail à temps partiel, au travail atypique et aux agences de placement. Ces dernières prolifèrent depuis quelques années. Entre 2001 et 2009, leurs revenus sont passés de 801 millions à 1,2 milliard de dollars au Québec.


Des services de nettoyage au secrétariat, ces agences privent un nombre grandissant de travailleurs des protections les plus élémentaires. « Ils ne peuvent pas devenir des employés réguliers sans que leur employeur dédommage l’agence », précise M. Gravel.


En guise de solution, le Comité prône une hausse majeure du salaire minimum. Le gouvernement prévoit déjà de l’augmenter de 25 ¢ en juin (à 10,15 $). Or, on estime qu’il faudrait au moins garantir aux petits salariés l’atteinte de 23 000 $ par an. L’équivalent du seuil de la pauvreté et de 12,60 $ l’heure.


Par ailleurs, d’autres solutions sont moins coûteuses, relève M. Gravel, comme l’application de protections à tous les types de travailleurs. « Les normes du travail en vigueur n’ont pas été adaptées, ou très peu, pour couvrir les besoins de protections sociales des travailleuses et travailleurs atypiques », avance-t-on dans le document.


Les auteurs remarquent aussi que les employeurs n’offrent pas assez de formation continue aux petits salariés. C’est souvent par peur de les voir ensuite partir pour un meilleur travail, précise M. Gravel. Pour régler ce problème, le Comité propose d’associer les fonds gouvernementaux en formation continue aux travailleurs eux-mêmes plutôt qu’aux employeurs.


Selon cet avis, il en va de l’équilibre de la société. « L’écart qui se creuse entre les diverses classes de travailleuses et de travailleurs donne lieu à une typologie des emplois. […] Cet écart qui remet en question l’égalité des chances constitue une menace à la cohésion sociale. »

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