Commission Charbonneau – Gérald Tremblay ne savait rien, dit Rosaire Sauriol

Le vice-président de Dessau s'est notamment montré évasif sur ses liens avec Frank Zampino, l'ex-président du comité exécutif accusé de fraude pour la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur.
Photo: Le Devoir Le vice-président de Dessau s'est notamment montré évasif sur ses liens avec Frank Zampino, l'ex-président du comité exécutif accusé de fraude pour la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur.
M. Sauriol se trouve à confirmer ce que l'ex-maire a toujours soutenu, à savoir qu'il n'était pas au courant des stratagèmes qui se tramaient dans sa ville.

Selon M. Sauriol, c'est le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, qui décidait des contrats et le maire n'en savait rien, a-t-il assuré mercredi devant la commission Charbonneau.

Liens avez Zampino

Le vice-président de Dessau s'est montré évasif sur ses liens avec Frank Zampino, l'ex-président du comité exécutif accusé de fraude pour la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur.

M. Sauriol a fait la connaissance de Frank Zampino en 1998, lorsque sa firme a acquis Soprin, un concurrent. Soprin récoltait l'essentiel des contrats dans l'arrondissement de Saint-Léonard, et MM. Sauriol et Zampino ont noué une relation d'affaires qui s'est muée en relation d'amitié au fil des ans. «C'est devenu une personne que j'ai fréquentée», a dit le témoin.

Grâce à Frank Zampino, le contrat litigieux de 356 millions pour l'installation des compteurs d'eau est tombé dans les mains de Dessau. Ce contrat a été annulé à la suite d'une enquête du Vérificateur général. Quand la situation à l'hôtel de ville est devenue intenable pour Frank Zampino, il a démissionné de son poste, en mai 2008. Quelques mois plus tard, Dessau le recrutait comme vice-président, un poste qu'il a occupé de janvier à avril 2009.

«Une machine structurée»

Par ailleurs, Rosaire Sauriol a indiqué que, selon lui, Union Montréal était «une machine structurée» pour récolter des dons. Dès 2001, Dessau a été sollicité par Bernard Trépanier pour contribuer au financement du parti. La firme a versé 50 000 $ pour la campagne de Frank Zampino à la mairie de Saint-Léonard.

Bernard Trépanier est revenu à la charge pour la campagne de 2005; Dessau a fait une contribution de 20 000 $ pour les élections dans certains arrondissements, en plus de sa contribution annuelle de 50 000 $ au parti de l'ex-maire Gérald Tremblay. Ces 50 000 $ étaient versés bon an mal an au parti.

Dessau voyait dans ces dons illégaux une forme de police d'assurance. «On préférait payer pour ne pas se fermer l'accès au marché», a expliqué M. Sauriol.

La participation de Dessau au financement occulte des partis a commencé sous l'administration du maire Pierre Bourque, en 1998-99. Son organisateur politique, André Bourque, a demandé 10 000 $. «Je me souviens que la demande n'avait pas été faite avec des chèques. Elle a été faite avec de l'argent comptant», a dit M. Sauriol.

Le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant, a d'ailleurs qualifié M. Sauriol d'homme très important à Montréal, «plus haut que [Bernard] Trépanier», le responsable du financement du parti au pouvoir pendant plusieurs années, et qui avait même accès d'avance aux discours du maire.

Collusion douce à Longueuil

La collusion douce a gagné Longueuil sous les administrations des maires Claude Gladu et Jacques Olivier. Cinq firmes de génie-conseil se partageaient les contrats, moyennant des dons illégaux une fois toutes les quatre ans pour les élections, et une fois par année lors d'un tournoi de golf.

«Il n'y avait pas de pression de financement à Longueuil comme il y avait ailleurs», a dit Rosaire Sauriol. Un système de collusion similaire à celui de Montréal a quand même été mis en place. Dessau, SNC-Lavalin, CIMA+, Génivar et le Groupe SM se partageaient la tarte.

Le rôle de Bernard Trépanier était assumé par André Létourneau ou Serge Tourigny. Dessau leur a remis chacun 25 000 $ approximativement pour les campagnes de 1998 (Gladu) et 2001 (Olivier). Financement illégal et octroi de contrats allaient de pair à Longueuil. «Si tu ne finances pas, ça arrête», résume M. Sauriol.

M. Sauriol confirme mot pour mot le témoignage d'Yves Cadotte, vice-président chez SNC-Lavalin, au sujet des problèmes de collusion et financement illégal sur la Rive-Sud.

Le vice-président de Dessau a également fait état d'anomalies dans l'octroi des contrats à Blainville, et à Châteauguay, où le maire Sergio Pavone l'a sollicité personnellement. Dessau lui a versé de 15 000 $ à 20 000 $.

À Blainville, Dessau a obtenu des contrats de 4,7 millions de 2002 à 2006. Les affaires sont tombées à zéro à la suite de l'élection d'un nouveau maire, François Cantin. La firme avait perdu ses élections en même temps que ses contrats.

M. Sauriol en aurait long à dire sur le cas de Laval, mais la commission Charbonneau a mis l'étude du cas lavallois sur la glace en raison de l'enquête majeure de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur l'administration du maire déchu Gilles Vaillancourt.

Au début de son témoignage mardi, Rosaire Sauriol a admis des dons illégaux de deux millions de dollars aux partis politiques provinciaux et municipaux. Dessau recourait à la fausse facturation pour obtenir l'argent en liquide nécessaire au financement occulte.

M. Sauriol a précisé ce matin que les dons aux partis municipaux étaient faits en liquide, tandis que les contributions aux partis provinciaux étaient faites par chèque, en utilisant des prête-noms.

De 1998 à 2010, Dessau a ainsi versé 600 000 $ au PLQ (avec 411 donateurs) et 395 000 $ au PQ (377 donateurs).

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