Soutien aux logiciels libres - De la «poudre aux yeux», dit la CAQ

Les promesses de soutien de l’industrie du logiciel libre par Québec ne sont que de la « poudre aux yeux », un « écran de fumée », « visant à dissimuler des dépenses faramineuses en contrats avec les grandes firmes informatiques », a dénoncé mardi la Coalition avenir Québec (CAQ) au lendemain d’une annonce faite par le gouvernement disant soutenir cette industrie, tout en maintenant, paradoxalement, un décret qui éloigne le logiciel libre des appels d’offres de l’appareil gouvernemental.

« Rien n’est vraiment fait pour ouvrir le marché gouvernemental aux logiciels libres, pourtant réputés pour être beaucoup moins coûteux », a indiqué Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances publiques.


Selon lui, l’intention de Québec de reconduire le décret numéro 1111-2011, décrié par le Parti québécois lors de son adoption il y a deux ans, « vient confirmer que des centaines de millions de dollars seront dépensées dans les prochains jours sans appel d’offres public et sans vision dans le dossier du renouvellement des postes de travail au gouvernement du Québec », a-t-il indiqué, tout en réclamant du Conseil du trésor qu’il indique aux contribuables combien de ces postes pourraient être mis à jour dans la logique du logiciel libre, non assujetti à de coûteuses licences d’utilisation.


En avril 2014, le système d’exploitation et suites bureautiques de la plupart des postes informatiques du gouvernement, actuellement sous l’emprise de Microsoft, va devoir être renouvelé. L’exercice va représenter une dépense évaluée à près de 1,4 milliard de dollars, selon des documents obtenus par Le Devoir en mars 2012.


M. Dubé a rappelé qu’il était pour le prolongement du décret, qui favorise les multinationales du logiciel privatif par des contrats de gré à gré et qui exclut du coup le logiciel libre des appels d’offres du gouvernement. Ce décret arrive à échéance le 31 mars prochain. Ce geste, selon lui, doit toutefois s’accompagner de l’octroi d’un plus grand nombre de contrats à l’industrie du logiciel libre.


Québec dit vouloir aller dans ce sens en annonçant la création d’un centre d’expertise gouvernemental en logiciels libres, mais également en mettant en place des projets phares de mutations technologiques dans les ministères de la Culture, des Finances, de l’Éducation ou encore de l’Immigration.

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3 commentaires
  • Michel Chevalier - Inscrit 20 mars 2013 07 h 11

    Linux. Oui, mais ...

    N'en déplaise à Legault, la migration vers un nouveau système n'est pas une mince affaire. Ceci dit, c'est réalisable, voire souhaitable, à condition de procéder à petits pas. D'ailleurs, plusieurs administrations publiques à travers le monde l'ont fait avant nous et il serait certainement possible de s'en inspirer.

    En un premier temps, la transition vers la suite Libre Office peut se faire pratiquement sans douleur, nonobstant la résistance au changement. Déjà là, le gouvernement pourrait épargner plusieurs dizaines de millions de dollars. Puis il y a tout ce qui a trait aux serveurs. Linux est un produit robuste, sécuritaire et infiniment configurable. Idem pour tout ce qui gravite autour du Web. Linux est beaucoup moins la cible de cyber-attaques que les produits Microsoft qui sont une vraie passoire.

    Pour le reste, faut voir. Le développement et l'implantation de logiciels spécialisés pourrait faire travailler beaucoup d'informaticiens québécois, plutôt que d'envoyer nos capitaux à Redmond. Mais les firmes locales sont-elles en mesure de livrer la marchandise à coût abordable et dans les délais prescrits? Le registre des armes à feu et les tentatives avortées d'informatiser notre système de santé laissent un goût amer. Il y aurait du travail à faire en ce qui touche à l'encadrement de ces projets. On devrait garder l'oeil ouvert sur la collusion.

    Windows 8 est tellement mal adapté à l'environnement de bureau que le moment serait bien choisi pour amorçer la transition.

    Rien n'étant simple, il existe des domaines où nous n'avons pas d'alternatives. Je pense à Adobe. La compagnie n'a jamais cru en la pretinence d'offrir une version de ses logiciels qui tournerait sous Linux, ce qui serait pourtant facile, étant donné qu'OS X est un dérivé Unix, tout comme Linux. J'utilise beaucoup Photoshop dans mon travail. Cela m'oblige à conserver une partition Windows 7 sur mon ordinateur, juste pour Adobe. Pour le reste, je n'utilise que du "libre", sous Linux Mint

    • Georges Washington - Inscrit 20 mars 2013 12 h 14

      Désolé, mais que ce soit ou non une mince affaire n'a aucun rapport avec la question. Le décret vise d'emblée à éliminer l'option du libre avant même d'évaluer si c'est possible ou non. Il est là le problème avec ce décret. Si effectivement le passage au libre n'est pas possible, il devient alors justifiable d'emprunter l'avenue des systèmes fermés et nul besoin du décret pour ça.

      Aussi, Linux n'est pas le libre. Le logiciel libre est beaucoup plus vaste et n'est pas restreint à la plateforme Linux. Certaines solutions libres existent pour les systèmes d'exploitation fermés.

      Pourquoi fermer la porte a priori et avant analyse au libre? Elle est là la question.

  • Jean Richard - Abonné 20 mars 2013 09 h 26

    Il y a aussi les écoles

    Il faut ajouter à ces centaines de millions que le gouvernement du Québec versera aux multinationales américaines de l'informatique, ces millions venus des écoles publiques. Et pourtant...

    J'ai eu l'occasion d'observer des enfants de 7 à 12 ans, ayant supposément des difficultés d'apprentissage. Ces enfants avaient à leur disposition du matériel tournant sous quatre différents systèmes d'exploitation, le OSX d'Apple, Windows 7 de Microsoft, iOS d'Apple (iPad et iPod) et Linux Ubuntu (avec deux interfaces différentes, Gnome dans un cas et Xfce dans l'autre). Or, c'est avec une parfaite aisance que les enfants passaient d'une machine à l'autre. Pourquoi en serait-il autrement avec des adultes ?

    Un jour, j'ai appris qu'une école de la CSDM avait acheté des licences pour pouvoir utiliser la suite Office de Microsoft dans toutes les salles de cours d'une école... primaire. Oui, Microsoft Office dans une école primaire ! Comme pur gaspillage, on ne pourrait trouver mieux. Beaucoup d'argent qui aurait pu être attribué à l'encadrement informatique des élèves ou même pour élaborer du logiciel adapté à leur âge et à leurs besoins.

    L'informatique au Québec, c'est comme le pétrole : ça sert davantage à enrichir les multinationales étrangères que son propre pays. On a pourtant des ressources énergétiques non négligeables. Et on a pourtant une expertise informatique non négligeable. Qu'est-ce qu'on en fait de ces ressources ?