Commission Charbonneau - Le président de BPR fait son mea-culpa

Pierre Lavallée
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pierre Lavallée

Le président « honteux » de BPR, Pierre Lavallée, a fait un lien direct entre l’octroi des contrats du ministère des Transports du Québec (MTQ) et les contributions aux partis politiques, lundi à la commission Charbonneau.

M. Lavallée et les associés de BPR ont effectué des dons d’une valeur totale de 564 490 $ au PLQ, au PQ et à l’ADQ, de 1998 à 2010. À lui seul, M. Lavallée a donné 12 000 $ aux trois partis (et son épouse 3000 $). Cette générosité n’avait rien à voir avec l’expression de convictions politiques : le président de BPR croyait au PQ du temps de Jacques Parizeau, point. Le reste n’est qu’occasions d’affaires.


Tous les partis sollicitaient des dons des grandes firmes de génie-conseil. Le message des collecteurs de fonds était on ne peut plus clair : « Vous avez fait beaucoup de contrats pour le gouvernement, donc vous devriez soutenir nos opérations politiques », a expliqué M. Lavallée, lundi à la commission Charbonneau.


BPR fait partie des six firmes qui ont obtenu 70 % des contrats du MTQ de 1997 à 2012. Sa part du gâteau s’élève à 158 millions. M. Lavallée a nié l’existence d’un cartel du génie-conseil pour les contrats du MTQ.


Il est cependant devenu le cinquième ingénieur à confirmer ce que l’on sait. Les firmes de génie détenaient le monopole des contrats à Montréal, en échange de ristournes de 3 % au collecteur de fonds Bernard Trépanier.

 

Le blues de la collusion


Au début des années 2000, BPR éprouvait des difficultés à percer le marché montréalais. Charles M. Meunier a informé son patron, Pierre Lavallée, qu’il y avait « un système en place » pour le partage des contrats dans la métropole.


Le président de BPR a jugé le stratagème « honteux et dégradant ». « Je réprouvais ça. Je trouvais à l’époque que ça n’avait pas de bon sens », a-t-il dit.


La suite est une autre histoire de cupidité. Les cinq plus gros actionnaires de BPR ont puisé dans leurs épargnes personnelles pour faire des dons en liquide à M. Trépanier, en échange de leur part du gâteau montréalais. Charles Meunier s’est chargé de livrer des enveloppes brunes d’une valeur de 145 000 $ à 155 000 $. BPR a pu obtenir cinq contrats à la suite d’appels d’offres truqués, en 2007 et 2008.


À lui seul, M. Lavallée a effectué six retraits totalisant 48 000 $, entre mars 2007 et décembre 2008. Les actionnaires de BPR et lui ont toujours payé Bernard Trépanier de leurs poches. Ils n’auraient jamais osé recourir à un stratagème de fausse facturation ou acquitter les dépenses électorales d’Union Montréal, comme l’a fait SNC-Lavalin. M. Lavallée s’est dit « assez stupide pour embarquer dans le système », mais « pas fou à temps plein ».


Avec le recul, M. Lavallée juge qu’il a agi comme « un lâche ». « C’est stupide, on n’aurait jamais dû faire ça », estime-t-il.


À Longueuil aussi


Le cartel des ingénieurs a également fait main basse sur les contrats publics à Longueuil sous l’administration des maires Claude Gladu et Jacques Olivier.


Cinq firmes se partageaient les contrats, a dit Yves Cadotte, en conclusion de son témoignage. Il s’agit de SNC-Lavalin, Dessau, CIMA +, du Groupe SM et de Génivar. « Il y a eu un système […] qui était assez similaire à celui de Montréal », a-t-il dit.


Le rôle du « Bernard Trépanier » de la Rive-Sud était assumé par André Létourneau et Serge Sévigny. M. Cadotte, un vice-président de SNC-Lavalin, a remis environ 20 000 à 40 000 $ à M. Létourneau pour la campagne de 2005, et 10 000 $ à 15 000 $ à M. Sévigny pour celle de 2009.


L’Unité permanente anticorruption (UPAC) enquête sur l’octroi des contrats à Longueuil. L’enquête vise les administrations des maires Gladu (1994 à 2001) et Olivier (2002 à 2006).


SNC-Lavalin, un géant québécois, a aussi tenté de percer les marchés de Terrebonne et de Laval, mais il n’obtenait jamais la note de passage de 70 % malgré son expertise reconnue dans le monde entier. « C’était assez surprenant », résume M. Cadotte. L’UPAC mène une vaste enquête sur Laval.


Les compteurs d’eau


M. Cadotte a enfin fait état du scepticisme de SNC-Lavalin dans le processus d’octroi du contrat des compteurs d’eau, à Montréal. « On regardait les soumissionnaires, et on pouvait se poser des questions », a-t-il expliqué.


De nombreuses irrégularités ont entaché l’octroi de ce contrat au consortium GÉNIeau (Dessau et Simard Beaudry). Le contrat de 356 millions a finalement été annulé à la suite d’une enquête du Vérificateur général de la Ville de Montréal.


En août 2007, le lancement de l’appel d’offres a été reporté « à une date indéterminée ». Ce deuxième report en peu de temps a eu l’effet « d’une douche froide ». « Ça envoie un signal assez négatif », a dit M. Cadotte. SNC-Lavalin a mis son travail en veilleuse.


Lors de la relance du processus, le 14 septembre, la Ville de Montréal a donné seulement trois semaines aux firmes intéressées pour déposer leurs soumissions, pour le 10 octobre. Le délai était « irréaliste », juge M. Cadotte.


SNC-Lavalin a demandé une prolongation d’environ un mois, jusqu’au 7 novembre, pour peaufiner son offre. Une semaine après avoir reçu cette demande par écrit, le service des approvisionnements de la Ville répondait par la négative, prétextant « l’urgence » de la situation.


En dépit de démarches auprès de Sammy Forcillo, responsable des infrastructures, et de Frank Zampino, président du comité exécutif, SNC-Lavalin n’a pas été en mesure d’obtenir plus de temps. La firme a donc décidé de ne pas soumissionner, même si elle avait dépensé environ 200 000 $ pour préparer son dossier.

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