Commission Charbonneau: des prête-noms trouvés dans un foyer visité sur deux

La Commission Charbonneau a pu constater, jeudi, à quel point la pratique des prête-noms semblait être banalisée durant les années 2000.

D'abord, un enquêteur de la commission, André Noël, a raconté que lui et trois de ses collègues ont visité 32 foyers de quartiers populaires ou de classe moyenne où vivaient des gens qui avaient donné plus de 1000 $ à Union Montréal en 2005 et 2009, soit deux années électorales.

De ce nombre, il n'y a pas eu de réponse dans 16 cas — c'était alors la semaine de relâche scolaire.

Dans les 16 foyers où les résidants ont répondu à la porte, les enquêteurs ont trouvé des prête-noms dans huit cas. Les résidants y ont carrément admis aux enquêteurs que leur contribution politique n'avait pas été faite à titre personnelle et qu'ils avaient été remboursés pour ce don.

Et dans deux autres foyers, les enquêteurs soupçonnaient qu'il y avait aussi des prête-noms. Dans un de ces deux foyers, il y avait trois donateurs de 500$ et leur emploi et revenu ne pouvaient justifier de telles contributions, a expliqué M. Noël.

La commission a ensuite entendu quatre témoins qui ont admis avoir servi de prête-nom. Ceux-ci travaillaient pour la firme construction Louisbourg SBC, pour la firme de génie Leroux-Beaudoin, pour la Société de développement Angus et pour Construction Pomerleau.

Un représentant de leur employeur leur avait demandé de faire un don en chèque à Union Montréal ou au Parti libéral du Québec, avant de se faire rembourser à même leur compte de dépenses. Dans certains cas, l'employeur leur faisait valoir qu'ils bénéficieraient ainsi d'un remboursement d'impôt.

Charles Meunier dégoûté

Devant la commission Charbonneau, plus tôt jeudi, l'ex-ingénieur de BPR, Charles Meunier, a expliqué son dégoût des façons de faire dans le milieu du génie, au milieu des années 2000, pour pouvoir obtenir des contrats à Montréal.

M. Meunier a même quitté BPR à cause de ce contexte, en bonne partie. Il refusait de se plier au système, qui consistait à donner de l'argent comptant au parti Union Montréal, au pouvoir, pour que la firme pour laquelle il travaillait obtienne des mandats de la Ville.

Il a relaté que, quand il a commencé sa carrière alors qu'il faisait du développement des affaires dans le milieu du génie, il plaçait les élus sur un piédestal. Il était content de pouvoir s'approcher des élus pour faire connaître BPR et son expertise technique en assainissement de l'eau. Mais il a fini par être désillusionné.

Il était prêt à rencontrer des élus, à participer à des activités de financement politique, même, mais pas à donner de l'argent comptant pour que BPR obtienne des mandats.

Il n'a pas aimé non plus constater que tout était arrangé entre les firmes de génie à Montréal et que la répartition des mandats était décidée d'avance.

«Je ne voulais pas aller travailler dans un autre bureau d'ingénieur-conseil, parce que je vois comment... Ça me dégoûte, chez BPR, cette affaire-là. Ce n'est pas BPR qui me dégoûte. BPR n'était pas plus intéressé que moi par ces affaires-là. C'était un mal nécessaire», a affirmé le témoin.

Quand le commissaire Renaud Lachance lui a demandé pourquoi il n'a pas appelé la police pour dénoncer ce qui le dégoûtait tant, il a admis sa peur et le fait qu'il était décontenancé devant l'ampleur des stratagèmes qu'il venait de découvrir.

«J'avais peur de ça. Je trouvais ça bien que trop gros. Moi, je suis impressionné par les politiciens, j'ai de l'estime pour ça. Et dans ma tête, c'est Bernard Trépanier [responsable du financement d'Union Montréal] qui se vantait d'être proche de M. [Frank] Zampino [président du comité exécutif de Montréal], alors je pense que ça vient de là, c'est comme le patron. Je trouvais ça trop gros pour moi. J'ai voulu me sauver de ça», a-t-il avoué.

Au provincial, il a aussi donné de l'argent, seulement au Parti libéral du Québec pendant la période analysée par la commission, soit avant 2012.

«Je considérais que c'était mon métier de faire ça», a-t-il justifié, lui qui voulait se rapprocher des élus pour faire connaître BPR.

L'ingénieur, qui a aussi un diplôme en relations publiques, a finalement quitté BPR en mars 2010. Il travaille aujourd'hui à son compte.