Ce serait le chaos dans les villes qui perdraient leur statut bilingue, prévient le maire de Côte-Saint-Luc

Québec — Le maire de Côte-Saint-Luc, Anthony Housefather, a prévenu que c’est le « chaos » qui attend le gouvernement Marois s’il s’avise de retirer leur statut bilingue à certaines municipalités.

« Je crois qu’il y aura vraiment du chaos dans ces municipalités », a livré Anthony Housefather, qui représentait en commission parlementaire, avec le maire de Ville Mont-Royal, Philippe Roy, l’Association des municipalités de banlieue. Cette association regroupe 15 municipalités de l’île de Montréal, dont 13 jouissent du statut de ville bilingue. « Vous allez avoir une population qui sera très, très fâchée et une population qui va être dans les rues pour manifester, et la paix linguistique ne sera plus là », a prédit le maire de Côte-Saint-Luc.


C’était la première journée mardi de consultation publique en commission parlementaire touchant le projet de loi 14 qui vise à renforcer la place du français au Québec. Cette consultation, vaste s’il en est, s’étendra sur six semaines.


En vertu du projet de loi 14, le gouvernement québécois se donne le pouvoir de retirer le statut de ville bilingue aux municipalités qui ne comptent plus une majorité d’habitants de langue maternelle anglaise. À l’heure actuelle, il revient aux municipalités seules de décider s’il y a lieu de demander à Québec de leur retirer ce statut bilingue accordé il y a 35 ans au moment de l’entrée en vigueur de la loi 101.


Des 83 municipalités bilingues, soit 6 % des municipalités au Québec, la moitié n’abrite plus une majorité d’habitants de langue maternelle anglaise. C’est le cas de Côte-Saint-Luc, en majorité allophone, et de Ville Mont-Royal, où le nombre de francophones a dépassé celui des anglophones désormais minoritaires. Philippe Roy est d’ailleurs le premier maire francophone de Ville Mont-Royal.

 

Une résolution


Or, les conseils de ville de 70 municipalités bilingues ont adopté une résolution pour s’opposer à cette disposition du projet 14, ont mentionné les deux maires.


Anthony Housefather a signalé que jamais, depuis l’annonce des fusions municipales par le gouvernement péquiste, il n’a reçu autant de courriels et d’appels de protestation de la part de ces concitoyens. « Les gens ont peur, les gens ont très peur. Comme chacun sait, la communauté anglophone est toujours un peu craintive quand le Parti québécois prend le pouvoir », a-t-il fait observer.


Pour les deux maires, c’est aux municipalités de décider si elles abandonnent leur statut bilingue en vertu du principe de l’autonomie municipale. Ce statut est un droit acquis inaliénable. « On n’est pas prêts à négocier nos droits acquis », a tranché Anthony Housefather.


La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, s’est montrée sensible à l’argument qui veut qu’on respecte la « démocratie de proximité », tout en faisant admettre aux maires que cette question de conserver ou non le statut bilingue n’avait jamais fait l’objet d’une consultation auprès des citoyens des municipalités concernées. « Le fait saillant pour moi ce matin [mardi], c’est de trouver une zone de rapprochement avec les municipalités qui disent que la démocratie de proximité, elles y croient, elles veulent l’exercer », a affirmé la ministre.

3 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 13 mars 2013 08 h 46

    Il serait tout bonnement inimaginable que les minorités francophones brandissent la menace du chaos social pour avoir ne serait-ce que le quart des services dont bénéficie la minorité anglophone du Québec.

    Ça suffit, les privilèges dorés et le surfinancement de l'anglais au détriment du français. C'est le français qui est menacé. L'anglais au Québec a un indice de vitalité linguistique supérieur à 1,2 (donc des gains nets très élevés) contre ~0,25 pour le français en Saskatchewan (donc 75% d'assimilation à l'anglais par génération).

    Monsieur Housefather n'est pas prêt à négocier? Tant mieux, parce qu'il n'y a pas grand chose à négocier. La ville ne répond plus aux critères? Elle fonctionnera donc en français. Et les anglophones y seront quand même largement mieux traités que les francophones au Canada.

  • Jean Lapointe - Abonné 13 mars 2013 09 h 32

    Est-ce un constat ou du chantage

    « Je crois qu’il y aura vraiment du chaos dans ces municipalités », a livré Anthony Housefather, qui représentait en commission parlementaire, avec le maire de Ville Mont-Royal, Philippe Roy, l’Association des municipalités de banlieue.

    Si monsieur Housefather craint le «chaos» dans certaines municipalités, est-ce qu'il ne lui revient pas de travailler à l'empêcher ce «chaos» en expliquant aux anglophones de ces municipalités les raisons pour lesquelles le gouvernement actuel tient à renforcer la Loi 101 en attendant de pouvoir faire du Québec un pays indépendant?

    La plupart des anglophones du Québec sont sûrement d'avis que nous les francophones devrions apprendre encore plus l' anglais pour être en mesure de nous «ouvrir sur le monde» mais eux qui sont si favorables à cette ouverture sont-ils vraiment ouverts sur le monde qui existe à côté d'eux, c'est-à-dire sur nous? J'en doute fort.

    S'ils l'étaient vraiment ouverts sur notre monde à nous, il me semble qu'ils seraient alors beaucoup plus sensibles aux problèmes auxquels nous sommes confrontés et plus réceptifs face aux moyens que nous entendons prendre pour les surmonter.

    Mais peut-être que le «chaos» c'est ce qu'il souhaite lui-même monsieur Housefather.

    Mais pourquoi le souhaiterait-il si ce n'est pour que nous restions dans l'état de dépendance dans lequel nous nous trouvons dans le Canada actuel?

    Il devrait prendre note que nous avons bien l'intention d'en sortir de cet état de dépendance et que nous n'allons pas nous laisser impressionner par les menaces de «chaos» de la part des anglophones.

    Ça fait assez lontemps que les anglophones font la loi au Québec, il est temps que ça change.

    Des progrès ont été faits au Québec depuis l'adoption de la loi 101 en 1977. Mais ce n'est pas terminé.

    Le refrancisation du Québec doit se poursuivre n'en déplaise aux anglophones. Il ne s'agit plus que de survie. Il s'agit de vivre pleinement en français.

    Survivre ce n'est pas vivre pleineme

  • Franklin Bernard - Inscrit 13 mars 2013 11 h 00

    Chaos, manifs... Ça y est, le chantage habituel

    Non, messieurs, ce n'est pas à vous de décider du statut de vos villes en matière linguistique, c'est au gouvernement. Ce que vous n'avez pas contesté quand celui-ci vous a, très généreusement et sur des critère douteux, accordé le statut de ville bilingue. Purquoi en serait-il différemment aujourd'hui, alors que ces critères ont changé?

    Qui parle de la «fin de la paix linguistique»? Les maîtres-chanteurs habituels.