Gentilly-2 condamnée sous les libéraux

En commission parlementaire sur le déclassement de la centrale nucléaire de Bécancour, en janvier dernier, le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, avait répété que le gouvernement avait toujours été tenu informé des développements concernant le dossier de Gentilly-2.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot En commission parlementaire sur le déclassement de la centrale nucléaire de Bécancour, en janvier dernier, le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, avait répété que le gouvernement avait toujours été tenu informé des développements concernant le dossier de Gentilly-2.

Québec — Hydro-Québec a signé l’arrêt de mort de Gentilly-2 en catimini au printemps dernier, alors que les libéraux étaient encore au pouvoir. Dans une lettre datée du 14 mai 2012, la société d’État a avisé Énergie atomique du Canada Limitée (EACL) qu’elle suspendait les travaux de réfection de la centrale nucléaire. Deux jours plus tard, Hydro-Québec encaissait le cautionnement d’exécution de 75 millions de dollars, ce qui mettait un terme définitif à l’entente.

Un tout petit paragraphe dans les notes afférentes aux états financiers d’Énergie atomique du Canada Limitée (EACL) vient contredire tout ce que les libéraux ont affirmé en campagne électorale. Non seulement ils n’envisageaient pas de poursuivre la réfection, mais les travaux étaient déjà interrompus.


« Le 14 mai 2012, EACL a reçu un avis d’un client lui intimant d’interrompre les travaux effectués dans le cadre d’un de ses projets de prolongation de la vie utile », peut-on lire dans le rapport financier 2011-2012 de l’organisme fédéral, développeur de la technologie Candu qui était chargé de mener à terme les travaux de retubage pour la réfection de Gentilly-2.


Le « client », dont le nom n’est mentionné nulle part, c’est Hydro-Québec. Et le « projet de prolongation de vie utile », c’est Gentilly-2.


Ces informations se confirment dans une poursuite qu’Énergie atomique du Canada Limitée a déposée en octobre dernier contre Hydro-Québec qui a choisi de mettre un terme au contrat sous prétexte qu’EACL était en défaut puisqu’il n’avait pas réussi à respecter ses engagements à la centrale nucléaire de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick. Du coup, Hydro-Québec a encaissé les 75 millions mis en garantie par EACL. L’organisme fédéral s’oppose à cette interprétation des faits et poursuit Hydro-Québec pour se faire rembourser.


« Le 14 mai 2012, Hydro-Québec a envoyé un avis de défaut à EACL, l’avisant que les travaux étaient suspendus en vertu de l’entente des travaux de retubage et qu’Hydro-Québec allait encaisser la lettre de crédit de 75 millions émise par la Banque de Montréal comme garantie de performance », peut-on lire dans le document déposé à la Cour supérieure du Québec.


Deux semaines plus tôt, Hydro-Québec avait fait parvenir une autre lettre à Énergie atomique Canada pour lui indiquer qu’elle procédait à un « ralentissement immédiat » des travaux en raison « d’incertitudes liées au projet ».

 

Contradiction


Cette décision n’a pu être prise par Hydro-Québec sans l’aval du gouvernement Charest, car le sous-ministre des Ressources naturelles siège à titre de représentant du gouvernement au sein du conseil d’administration de la société d’État.


En commission parlementaire sur le déclassement de la centrale nucléaire de Bécancour, en janvier dernier, le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, avait répété que le gouvernement avait toujours été tenu informé des développements concernant le dossier de Gentilly-2.


Cette commission avait notamment permis de démontrer que les libéraux étaient au courant de l’explosion des coûts liés à la réfection, et ce, depuis le printemps 2011. Mais jamais il n’a été mentionné que les travaux avaient été suspendus en mai. Thierry Vandal soutenait même que la société d’État avait « gardé ouverte la possibilité de faire un projet [de réfection] parce que c’était la volonté de l’actionnaire jusqu’au mois de septembre ».

 

Intérêts politiques


Pour Jacques Dagenais, membre du comité consultatif du collectif Sortons le Québec du nucléaire, il s’agit d’une « mascarade » du gouvernent libéral qui a fait croire aux électeurs qu’il irait de l’avant avec le projet de réfection alors que les travaux étaient déjà suspendus. « La suspension avec prise de caution, ça égale une annulation, c’est sans retour », explique l’homme d’affaires à la retraite en entrevue au Devoir.


Selon lui, l’avis de défaut qu’Hydro-Québec a envoyé à EACL aurait dû être accompagné d’un avis d’annulation. Mais une annulation en bonne et due forme aurait nécessairement fait plus de vagues dans les médias, alors qu’une suspension en douce pouvait passer inaperçue.


« Les deux sociétés de la Couronne avaient un intérêt à cacher l’affaire. Ça, c’est grave. Chacun de leur côté, ils ont fait de la collusion démocratique en camouflant cela. Un pour des raisons politiques à Ottawa-Énergie atomique du Canada venait de vendre sa division commerciale à SNC-Lavalin et négociait un contrat de réfection d’une centrale nucléaire en Argentine - et l’autre, pour des raisons électorales à Québec. C’est scandaleux. »


Ce qu’il trouve « encore plus scandaleux », ce sont les hauts cris poussés par les libéraux lorsque le gouvernement Marois a annoncé sa décision de fermer définitivement Gentilly-2. Avec la députée Danielle St-Amand en tête, le Parti libéral s’est lancé dans une véritable croisade, tentant de rallier toutes les forces vives des régions concernées pour annuler la décision du gouvernement Marois.


À la fin février, les débordements de Danielle St-Amand ont entraîné l’annulation des travaux de la commission parlementaire qui devait rédiger son rapport à la suite des audiences de janvier dernier. Lors d’une séance de travail, la députée libérale de Trois-Rivières a traité la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, de « crisse de folle ». Une motion devrait être présentée en Chambre cette semaine pour remettre le comité sur les rails.


Jointe par Le Devoir lundi, la porte-parole d’Hydro-Québec, Isabelle Thellen, a refusé de commenter le dossier « puisqu’il est judiciarisé ».

84 commentaires
  • André Hamel - Abonné 12 mars 2013 05 h 05

    Impayables ces libéraux !

    Comment peut-on être plus hypocrite que ça ? Je vous le demande.

    Avec ce qui fait la manchette ces temps-ci à propos de M. Couillard, on ne doute pas qu'il leur fera un bon chef.

    André Hamel

    • Danielle Houle - Inscrite 12 mars 2013 08 h 32

      Et aux prochaines élections, le mouton québécois qui ne s'abreuve que du journal de Montréal et de TVA, votera massivement pour le retour des libéraux, juste pour avoir du "changement". Puis il bêlera à nouveau qu'il faut sortir les libéraux du pouvoir.

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 mars 2013 08 h 49

      Ce qui est le plus désolant, c'est qu'il y ait encore 50 députés Libéraux à l'Assemblée Nationale... mais quelle sorte de peuple sommes-nous?
      Je serais curieux de savoir si les médias du ROC (le National Post en tête) déchirent leur chemise en apprenant cela ou s'ils considèrent que ça rentre dans la catégorie «tous les moyens sont bons pour détruire ces méchants séparatisses»?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 12 mars 2013 12 h 52

      J'estime que les citoyens québécois moyens sont des illettrés politiques qui ne s'intéressent à la politique moinss de 1 % du temps et que superficiellement , sans jamais vérifier les informations déversées par les quelques grands réseaux de la concentration médiatique.
      Alors, les 2 yeux fermés , les 2 oreilles bouchées les électeurs PLQ ne veulaient pas savoir que JJC et sa troupe de mystificateurs savaient que son gouvernement fonçait tout droit dans le mur avec 5 G$ de dépenses hors contrôles et pourtant le pouvoir leur était dû ???
      Un cas grave d'aveuglément volontaire puis les 3 candidats actuels ne font pas trop pour réorganiser et réorienter la machine libérale qui a fait augmenter la dette du Québec de 50 % en moins de 10 ans...

    • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2013 13 h 09

      Monsieur Gagnon, je comprends bien votre cri du coeur. Mais si vous ne voulez-pas que la mascarade reprenne du poil de la bête, il n'y a qu'une solution. Il faut s'engager politiquement.

      J'ai bien de la misère à continuer ces temps-ci, mais je persiste. Le gouvernement que j'appuie a trop souvent à mon goût les deux pieds dans les plats.

      Mais d,un autre côté je ne veux à aucun prix pas qu'ils reviennent aux affaires avec le doqueteur ami de Porter, à moins que ce ne soit le comptable ami de Sirois, et qu'ils aient les moyens de continuer leur oeuvre destructrice de l'État Québécois. C'est le seul qui nous appartienne vraiment.

      C'est plate à dire mais c'est ça qui est ça. Il faut s'engager et militer. Même avec parfois un mouchoir sur la bouche...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 mars 2013 06 h 02

    Eh bien !

    Belle nouvelle ce matin ! Ils et elles le savaient, les PLQistes. Mesdames et messieurs les journalistes, j'espère que vous allez faire autant de tapage avec cette nouvelle que vous en avez fait avec les cris de morts des libéraux pour réparer le tord qui a été fait au gouvernement en place. Tiens tiens, y a pas que le PQ qui doit reculer ! Une petite interview avec Mme St-Amand peut-être ?

  • Jacques Boulanger - Inscrit 12 mars 2013 06 h 12

    L'hypocrisie libérale

    Ceux qui cautionnent par leur silence l’hypocrisie du parti Libéral sont aussi coupables qu’eux. À commencer par les Pratte et Aubin de ce monde. Quand Libéral rime avec Fédéral et tout ce qui tourne en mal, on a de quoi se scandaliser. Et l’autre de pousser les hauts cris ! Quelle scélératesse ! Il faut dénoncer encore et encore la collusion du parti Libéral provincial comme fédéral avec tout ce qui grouille et grenouille en sous-mains. Que faut-il aux Québécois pour comprendre ? Un hold-up en plein jour ?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 12 mars 2013 12 h 53

      Un cas grave d'aveuglément volontaire puis les 3 candidats actuels ne font pas trop pour réorganiser et réorienter la machine libérale qui a fait augmenter la dette du Québec de 50 % en moins de 10 ans...

  • François Ricard - Inscrit 12 mars 2013 06 h 18

    M. Vandal

    Comment se fait-il que M. Thierry Vandal ait caché ces faits lors de son témoignange à la commission parlementaire?
    N'a-t-il pas le devoir de dire la vérité, et toute la vérité à ses employeurs, nos élus?
    Et quand nous dira-t-il la vérité concernant le pétrole de l'île d'Anticosti?
    Il serait temps de forcer ce monsieur à rendre des comptes.

    • Marc Bégin - Inscrit 12 mars 2013 07 h 52

      Vous avez totalement raison et vous êtes dans le cœur du problème.Voilà où mène les nominations avec post-it.La complicité politique même dans le silence.

    • Georges Washington - Inscrit 12 mars 2013 08 h 30

      C'est dans l'article. La société d'Etat a gardé ouverte la possibilité de faire le projet jusqu'en septembre 2012. En conséquence, il n'y a pas eu d'annulation jusqu'à ce moment-là et le titre de l'article donne dans le sensationnalisme.

      En mai 2012, la manoeuvre avait pour but de mettre de la pression sur EACL. D'ailleurs, doit-on rappeler que selon l'article cette manoeuvre fait l'objet d'une poursuite qui n'est pas encore jugée.

      Pour ce qui est de Anticosti, Martine Ouellet a toute l'information pertinente de même que Mme Marois et la volonté du gouvernement est d'aller de l'avant avec l'exploitation pétrolière. Il faut croire que ça ne doit pas être si désavantageux que ça.

    • Richard Laroche - Inscrit 12 mars 2013 08 h 33

      Et les élus, ne sont-ils pas tenus de dire la vérité et toute la vérité à leur employeur, le Public?
      Vivement une réforme des lois sur l'accès à l'information et des lois sur le lobbyisme et la transparence. C'est fini la confiance.

    • Bernard Moffett - Inscrit 12 mars 2013 10 h 02

      @ M. Laroche

      Vous faites bien de rappeler qui devrait être le véritable patron. Vous avez également raison en ce qui concerne le gouvernement des lobbys.

      Resserrer les lois et réglements ? Oui, ça devrait être fait. Mais qui devrait le faire ? Des représentants qui par leurs gestes et ce depuis presque 150 ans n'agissent que pour mieux revenir à des situations telles que celle décrite ici ?

      Demander aux représentants d'élaborer lois et réglements pour s'auto-limiter, c'est un peu rêver en couleur. Et la principale raison en est que le véritable patron n'ose pas se lever et affirmer fermement que c'est lui justement le patron.

      Les lois fondamentales et leurs descendantes ont été écritent en ayant à l'esprit que le véritable patron est inapte à décider et qu'il doit obligatoirement en référer à ceux qui 'savent' mieux que lui ce qui est bon pour lui.

    • Richard Laroche - Inscrit 12 mars 2013 11 h 53

      @ Bernard

      "Demander aux représentants d'élaborer lois et réglements pour s'auto-limiter, c'est un peu rêver en couleur."

      Demander au citoyen une confiance aveugle, c'est ça qui devrait être rêver en couleur.

      J'ai la conviction qu'en cultivant l'éveil politique et la vigilance citoyenne, les proposition auto-limitantes deviendront une réelle opportunité électorale et les candidats carriéristes de l'establishment oligarchique n'auront d'autre choix que de plier ou quitter.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 12 mars 2013 12 h 58

      T Vandal l'a répété à la com parl [ j'y était]
      mais aucun journaliste en a parlé chez Gesca ni QMI alors OD et la Voix c'est plus important...

      puis idem pour la construction inutile de Val Jalbert qui a contourné l'acceptabilité sociale...

    • Nicole Moreau - Inscrite 12 mars 2013 14 h 28

      @m. moffett,

      oui il faut resserrer les normes éthiques, on a la preuve tous les jours qu'il y a un manque de ce côté. Parfois, la crainte de se faire prendre incite à adopter un meilleur comportement. Je sais que ça fait négatif, mais je pense qu'il faut commencer par là. Ce n'est qu'après que des comportements plus éthiques seront pratiqués, malheureusement.

    • Bernard Moffett - Inscrit 12 mars 2013 17 h 59

      @ M. Laroche et Mme Moreau

      Loin de moi l'idée de relâcher un tant soit peu les exigences pour les représentants. Au contraire.

      La question est de savoir oũ et comment exactement il serait plus approprié d'intervenir car jusqu'à maintenant tout l'appareil s'est par exemple alourdie d'une panoplie de mesures et ce par l'intermédiaire de postes de contrôle et de surveillance dont les titulaires semblent toujours manquer de certains pouvoirs et être continuellement en retard sur les coups. Ces postes, qui les a créés et définis ? Les élus. C'est dans ce sens que je dis qu'il faudrait plus et autrement.

      On peurrait par exemple revoir les modalités d'application du pouvoir discrétionnaire. On pourrait envisager la possibilité de révoquer. Enfin, je suis certain que les idées ne manquent pas.

      Le 'hic' c'est comment imposer ces idées. Si on s'attend que les élus le fassent d'eux même, on risque d'attendre longtemps. Là est mon propos. Non pas le laissez-faire, mais plutôt par quels moyens obtenir que les meilleurs solutions soient retenues et appliquées. Par élections ? J'ai un doute. Et c'est la-dessus que je me questionne.

  • Pierre Bourassa - Inscrit 12 mars 2013 06 h 30

    Ce que les libéraux ont affirmé en campagne électorale

    ''...il s’agit d’une « mascarade » du gouvernent libéral qui a fait croire aux électeurs qu’il irait de l’avant avec le projet de réfection alors que les travaux étaient déjà suspendus. ''

    Est-ce normal que le coeur me lève en lisant cet article?