Ville de Montréal - Un ex-d.g. a fermé les yeux sur l’ingérence politique

L’ex-directeur général de la Ville de Montréal, Claude Léger
Photo: La Presse canadienne (photo) L’ex-directeur général de la Ville de Montréal, Claude Léger

Deux anciens présidents du comité exécutif, Frank Zampino et Claude Dauphin, ont fait de l’ingérence politique pour favoriser certaines firmes, selon Claude Léger. Avec le recul, l’ex-directeur général de la Ville de Montréal s’est dit manipulé par les chefs d’orchestre de la collusion, un phénomène qu’il n’a pas su détecter - et encore moins dénoncer.

M. Léger flottait sur un nuage lorsque Gérald Tremblay lui a proposé le poste, en 2006. « J’étais flatté, étonné et emballé. C’était comme si on m’offrait de diriger le Canadien », a-t-il dit lundi pour conclure son témoignage à la commission Charbonneau.


Des signes d’irrégularités étaient manifestes avant même son embauche. Le patron de Dessau, Rosaire Sauriol (membre du cartel des ingénieurs, selon Michel Lalonde), l’a invité au club Saint-Denis en compagnie de Frank Zampino. M. Sauriol lui a alors mentionné qu’il avait fait du bon travail à la direction générale de Longueuil.


M. Léger, qui se décrit lui-même comme un grand naïf, se demande aujourd’hui si ce n’était pas « un double langage » de ses interlocuteurs, sans doute trop heureux qu’il n’ait pas détecté des irrégularités dans l’octroi des contrats sur la Rive-Sud. « Cette rencontre m’a laissé inconfortable. C’est inapproprié qu’un consultant [M. Sauriol] intervienne dans le processus d’embauche d’un directeur général. »


M. Léger a gardé le silence sur cet épisode comme sur beaucoup d’autres. À deux reprises en 2008, Frank Zampino l’a abordé avec des bouts de papier comprenant les noms d’entreprises et de projets à réaliser. Il a très bien compris que le président du comité exécutif, un homme « à la stature immense », souhaitait une intervention de sa part auprès des comités de sélection pour orienter leur choix. Il lui a dit non. Après la démission de M. Zampino, son successeur, Claude Dauphin, a tenté le même jeu, mais il semblait tout aussi mal à l’aise que M. Léger. Il n’est jamais revenu à la charge après avoir essuyé un premier refus.

 

L’avaleur de couleuvres


M. Léger a résisté aux pressions, jusqu’à un certain point. En politique municipale, il faut parfois « avaler des couleuvres », a dit le témoin. Il prend l’entière responsabilité du blâme pour avoir accepté que l’ex-patron des travaux publics, Robert Marcil, siège au sein des comités de sélection même s’il le savait vulnérable aux pressions. M. Marcil a été décrit comme un des facilitateurs qui aidaient à truquer le résultat des comités de sélection.


Par crainte de représailles et parce qu’il ne voulait pas perdre son poste de rêve, Claude Léger n’a jamais sonné l’alarme auprès du maire Gérald Tremblay. Encore aujourd’hui, il a du mal à accepter l’idée que le système de collusion ait été aussi vaste et structuré qu’on le dit. « Je n’étais peut-être pas assez méfiant ou capable de voir les stratagèmes que les autres pouvaient imaginer », a-t-il supposé.


Loin d’accepter le blâme pour son manque de vigilance, il s’est dit manipulé. « On a ri de moi dans des conversations téléphoniques qui ont été enregistrées et publiées dans les journaux. On ne m’a pas tout raconté, on m’a contourné, on m’a utilisé », a-t-il dit.


M. Léger a démissionné de son poste en 2009, à la suite d’un rapport accablant du Vérificateur général faisant état d’irrégularités dans l’octroi du contrat des compteurs d’eau au consortium GÉNIeau (Simard Beaudry et Dessau). Il s’est dit trahi par Frank Zampino, qui a dirigé cet appel d’offres d’une valeur de 356 millions.

 

Un homme fier


Après Claude Léger, c’est au tour de l’ancien directeur général d’Union Montréal, Christian Ouellet, de témoigner. M. Ouellet est un vieux routier du Parti libéral du Québec (PLQ). L’homme, fier de ses réalisations, s’est présenté comme le « kingpin » du financement chez les libéraux et le principal stratège derrière la « soirée des Yvettes », un rassemblement des femmes pour le non lors du référendum de 1980.


M. Ouellet a occupé les fonctions de directeur général d’Union Montréal d’avril 2004 à avril 2008. Sa principale responsabilité fut d’orchestrer la campagne de 2005.


L’enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur Union Montréal couvre la période où il était directeur général du parti. En 2004, six arrondissements auraient remboursé illégalement, à même les fonds publics, une facture impayée de 100 000 $ de la firme de communication Octane pour des services livrés lors de la campagne de 2001 et non comptabilisés dans les dépenses du parti.


M. Ouellet n’a pas encore abordé ce sujet délicat, mais il assure que le financement de la campagne de 2005 s’est fait dans les règles de l’art. Il s’est montré évasif sur les circonstances ayant mené à son renvoi de la Société du parc Jean-Drapeau, dont il était le directeur général pendant quatre ans après son départ du parti. Sous sa gouverne, les coûts de réfection du restaurant Hélène-De-Champlain sont passés de 5,3 à 16,2 millions de dollars.


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La juge Charbonneau veut une prolongation de mandat

La commission Charbonneau a passé tellement de temps sur le cas de Montréal qu’elle a pris un retard considérable. La juge France Charbonneau a demandé une prolongation de mandat de 18 mois, pour repousser d’octobre 2013 à avril 2015 la publication de son rapport final. Le cabinet de la première ministre, Pauline Marois, a confirmé la réception officielle de la demande en fin de journée. Le Conseil des ministres se penchera sur la question, mais Mme Marois a d’ores et déjà indiqué qu’elle était favorable à une prolongation du mandat, « si cela est justifié ».

9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 12 mars 2013 07 h 41

    D.-G.

    Un directeur-général est-il payé pour être «naïf»?

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 mars 2013 08 h 10

    Les hiérarchies et l'obéissance à l'autorité.

    Fermer les yeux, ce n'est pas vraiment nouveau dans beaucoup d'organisations hiérarchiques, dans presque tous les milieux. Vous connaissez sûrement la question d'obéissance à l'autorité ou à l'organisation, quand il s'agit d'un cadre supérieur. À propos d'obéissance à l'autorité dans les organisations hiérarchiques, lors d'une discussion avec des amis, j'ai dis que je soupçonnais qu'à chaque échelon, il y a des personnes qui font comme si les supérieurs étaient le pendant de l'un ou l'autre des parents de ces dites personnes. Comme s'ils n'avaient pas sauter du nid, même si en théorie ils sont supposés être des adultes, d'un point de vue psychologique.

  • Robert Morin - Inscrit 12 mars 2013 08 h 24

    La comédie des naïfs

    Et ce cher Tremblay qui reviendra nous jouer cette pièce de théâtre ! Ces messieurs sont des arrivistes et tous les moyens sont bons pour ces énergumènes. On se console comme on peut ; je n'ai pas voté pour ce clown.

  • Bernard Terreault - Abonné 12 mars 2013 08 h 31

    On a ce qu'on mérite

    M. Lėger, un homme peut-être relativement honnête au début, a laissé faire les magouilles parce qu'il "ne voulait pas perdre ce job de rêve". Ce qui veut dire qu'il ne se sentait pas capable de de trouver un poste prestigieux ou bien payé ailleurs. Une personnalité forte et de haute compėtence aurait pu rėsister aux pressions, mais comment voulez-vous attirer de telles personnes en politique ou dans la fonction publique quand un dėputé, un maire de grande ville, un ministre ne sont même pas payės la moitié ou le quart de ce qu'ils seraient payés dans un poste de responsabilité dans le privé. Le Ministre de la santé ne fait pas la moitié du salaire de "ses" mėdecins, le Maire et le DG de Montréal qui gērent des milliards de dollars et emploient plus de 10 000 personnes sont moins payės que des gėrants de PME.

    • Jacques Morissette - Inscrit 12 mars 2013 09 h 06

      Vous parlez pour vous?

    • Grace Di Lullo - Inscrit 12 mars 2013 09 h 52

      La rémunération est importante pour recruter et retenir les meilleurs. Néanmoins, il faudrait ajouter l'obligation d'imputabilité et de redevabilité de ces gens.

      Le témoignage de Monsieur Léger laisse une drôle d'impression. On dirait que l'ensemble des cadres supérieures et des hauts fonctionnaires sont des gens recrutés pour une pietre qualité professionnelle en dépit d'une réussite à toutes les étapes d'un processus de sélection.

      Le dernier témoignage fait penser qu'on aurait pu prendre un - n'importe qui dans la foule - et le nommer à un poste de directeur général d'une ville. C'est comme si on visionnait une comédie dont le scénarion ressemble au film - Un grand blond avec une chaussure noire-.

      De plus, le dernier témoignage nous interpelle en terme des qualité professionnelles et des compétences. Peu importe oü il assumé des postes, il y a toujours une forte odeur malodorante. Ce n'est peut-etre pas sa faute, mais cela est révélateur.

      Force est de constater que l'on ne recrute pas des gens de grande qualité à ces postes importants pour l'administration publique et para-publique.

      Il devrait y avoir davantage de qualité dans les ressources humaines recrutées à ces postes.

    • Jacques Morissette - Inscrit 12 mars 2013 10 h 30

      En complément à ce que vous dites, Grace Di Lullo, on dirait qu'ils sont engagés pour jouer un rôle de faire valoir de l'organisation en place.

    • Bernard Terreault - Abonné 12 mars 2013 12 h 55

      Je n'ai pas voulu dire que M. Léger ėtait un "deux de pic". Comme DG de Longueuil il ėtait à sa place, sans doute. Mais Montréal, c'était trop pour lui, devant des grosses pointures politiciennes comme Zampino, Dauphin, DE Souza, Bibeau et la machine du PLQ. Mais si le DG de Montréal ėtait payé 400 mille dollars par année, un administrateur de haut niveau n'aurait pas ã prendre une baisse de salaire pour le "privilège" de servir le public. Même chose pour le PM du Québec ou le Ministre des finances.

  • F. Georges Gilbert - Inscrit 12 mars 2013 10 h 24

    Un autre bon gars.

    tel que décrit, dans la brillante chronique de Francine pelletier(Des hommes qui ne sont pas vraiment à leur place,qui laissent à désirer intellectuellement,sinon moralement,il y en a plein dans nos conseils d'administration non?Pouquoi s'en faire pour un ou deux de plus car selon le principe d'un dénommé Peter:tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétance)Ensuite il se repent avec trémolos crocodiliens tout en affirmant, qu'il n'aurait jamais dénoncer ses supérieurs.Un bel aveu de probité, d' éthique élastique..C'en est renversant- gênant.