Une incitation au bilinguisme dans la fonction publique

Au nombre des participants au rassemblement pour le renforcement de la Charte de la langue française, notons Pierre Dubuc, de L’Aut’journal, Robert Laplante, de l’Action nationale, Mario Beaulieu, président du Mouvement Québec français, et Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au nombre des participants au rassemblement pour le renforcement de la Charte de la langue française, notons Pierre Dubuc, de L’Aut’journal, Robert Laplante, de l’Action nationale, Mario Beaulieu, président du Mouvement Québec français, et Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français.

Québec — Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) juge que le projet de loi 14, censé renforcer la Charte de la langue française, ne fait rien pour contrer l’essor du bilinguisme dans l’administration publique. Qui plus est, certaines des nouvelles dispositions l’encouragent.

En vertu du projet de loi 14, les entreprises qui, en vertu de la Charte, doivent communiquer avec l’administration publique en français ne seront plus dans l’obligation de le faire. « Désormais, les entreprises ne seront plus tenues d’acheminer leurs documents en français. Ce sera à l’Administration de demander une version française si elle le juge nécessaire », relève le SFPQ dans le mémoire qu’il présente mardi lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 14 défendu par la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy.


« Alors qu’il faudrait donner un sérieux coup de barre pour que le français retrouve la place qui sied à une langue officielle, ce projet de loi donne plutôt l’impression de vouloir ménager la chèvre et le chou en assouplissant la loi tout en donnant l’impression de vouloir la raffermir. Une désagréable impression se dégage à l’effet que les élites politiques ne croient plus en la réalité d’un Québec français », peut-on lire.


Le SFPQ s’appuie sur divers témoignages d’employés de la fonction publique, que ce soit à Revenu Québec, à la Régie du logement, à la Commission des normes du travail, au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, où le bilinguisme est de mise, même avec des personnes dont la langue maternelle n’est pas l’anglais. « Ce qui se dégage de ces quelques témoignages est l’obligation pour le personnel de première ligne de fournir des services en anglais sous la pression des citoyennes et des citoyens. Alors qu’ils devraient se sentir appuyés par leurs supérieurs immédiats, les employées et les employés craignent les réprimandes et les sanctions qui pourraient suivre… et qui viennent », avance le syndicat.


Bien souvent, les gestionnaires de l’État ne se soucient pas du respect de la loi 101, privilégient « l’approche client », et préfèrent « éviter les situations controversées », souligne le SPFQ.


Le guide d’application de la politique linguistique de l’État stipule d’ailleurs que l’administration « n’a pas à refuser, quel que soit le contexte, de communiquer dans une autre langue que le français avec une personne physique qui en fait la demande », ce qui comprend les personnes dont la langue maternelle n’est pas l’anglais. « Il ne faut donc pas s’étonner que les personnes immigrantes ne fassent pas la différence entre le bilinguisme anglais-français du gouvernement fédéral et l’unilinguisme français du Québec. […] Alors, lorsqu’elles sont servies par un fonctionnaire qui invoque la Charte de la langue française pour ne pas leur répondre en anglais, elles croient être tombées sur un hurluberlu. »

 

Rassemblement de sympathisants


Jean-François Sylvestre, le président de la SFPQ pour la région de Montréal, a d’ailleurs enfoncé le clou lors d’un rassemblement au Théâtre Plaza organisé par le Mouvement Québec français. Selon lui, dans certains ministères, comme celui de l’Immigration et des Communautés culturelles, le français est très peu utilisé pour communiquer avec la clientèle. « Est-ce bien dans la fonction publique que je travaille ou bien au service à la clientèle de l’ONU ? », a-t-il dit avec ironie, devant les quelque 150 personnes réunies pour l’occasion.


Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles ne favorise pas vraiment l’usage du français, selon M. Sylvestre. « La haute direction va dire aux employés : voyons, c’est bizarre qu’un immigrant vous parle en français. C’est aussi rare que d’avoir un service en français au centre-ville de Montréal », a-t-il ironisé, sous les applaudissements. D’autres défenseurs de la langue française ont aussi été invités à s’exprimer à la tribune, dont Mario Beaulieu, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Il craint tout autant la « bilinguisation » de l’administration publique, même s’il est d’avis que les nouveaux arrivants doivent avoir droit à certains services dans leurs langues afin qu’ils puissent s’intégrer.

 

Avec Bahador Zabihiyan

20 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 12 mars 2013 06 h 25

    Le monde à l'envers selon Marois

    « Ce sera à l’Administration de demander une version française si elle le juge nécessaire » . Mais on croit rêver ! A-t-on un gouvernement souverainiste au pouvoir ? Même les Libéraux n’auraient pas osé faire une telle contre-directive. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas obtenir dorénavant l’assentiment préalable de la communauté anglophone pour toute question relative à la langue ? Pas facile à suivre le gouvernement Marois. Veut-elle compétitionner le nationalisme ringard de Legault ?

  • Robert Bernier - Abonné 12 mars 2013 08 h 13

    Le problème numéro un est là, au gouvernement

    Depuis les années Ryan, nos gouvernements ne cessent d'envoyer ce message à tous: le Québec est bilingue. Alors, comment voulez-vous que les immigrants prennent au sérieux l'idée d'un Québec français?

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Gerard Dupuis - Inscrit 12 mars 2013 11 h 41

      Pardonnez-moi M. Bernier mais je suis certain que la France a beaucoup d'immigrants; elle est entoure par une vingtaine de pays donc seulement un a une population qui parle un peu de francais; croyez-vous que ces immigrants ne prennent pas le francais serieusement? Pourquoi avez-vous peur? Le francophones d'ici vivent dans le passe. Ils se battent contre les phantomes des anglophones qui sont sorties deja. La vita e bella!! faux sortir du Quebec un peu pour le comprendre.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2013 14 h 02

      Monsieur dupuis, la situation de la France n'est pas comparable avec celle du Québec.

      D'abord la France est porteuse de sa propre culture qui émane d'elle. Ensuite elle a beaucoup de voisins différents. Ça aide disons à ce que tout lemonde comprends de facto ce qu'est la diversité.

      Quant à nous, nous sommes complètemenr entourés, on pourait même dire encerclés, par une mono culture l'anglo-saxonne. Aucune diversité à moins de mille mille d'ici, vers le sud.

      En passant monsieur Dupuis, il y a les Belges qui parlent français. Et il y a les Suisse aussi qui parlent français.

      Que voulez-vous dire exactement par «Le francophones d'ici vivent dans le passé»...?

  • Lyette Chartrand - Inscrit 12 mars 2013 09 h 05

    bo;inguisme dans less hopitaux

    Que dire du bilinguisme forçé dans les messages que l'on doit écouter au complet lorqu'on téléphone pour avoir le numéro de chambre d'un malade dans les höpitaux .C'est aberrant.Nous n'avons mëme pas à demander d'etre servi en anglais on vous force à écouter ces messages bilingues. Quel recul

  • André Michaud - Inscrit 12 mars 2013 09 h 41

    Oui aux service bilingue

    Pour avoir travaillé 35 ans dans la fonction publique j'ai toujours donné mes services dans les deux langues.

    Bien souvent je fus celui à qui revenait cette tâche, car à Québec bien peu de fonctionnaires savent parler anglais !!!! Et oui,nous ne sommes pas à Montréal..J'en vie les fonctionnaire fédéraux qui eux sont récompensé pour être bilingues. Je ne serais pas surpris que le syndicat soit contre le service bilingue par paressse de certains fonctionnaires.

    Quelle belle occasion de pratiquer mon anglais. Car sans pratique une langue se perd et Québec est francophone mur à mur, sauf pour le service aux touristes.

    Les anglos québécois parlent tous le français, ce sont néo québécois qui sont totalement dépassé par le français, et notre dialecte en particulier. Quand ils entendent "oussé qua lé ? " et autres québécoiseries qui ne correspondent pas au français officiel qu'ils apprennent , ils sont en pleine confusion.

    On ne se rend pas compte que si notre français doit être sous-titré dans la francophonie , c'est qu'il est loin de la langue officielle. Les néo québécois par contre viennent souvent de pays où ils ont appris l'anglais. Il est donc normal qu'on leur donne un service en anglais avant qu'ils aprennnent à décoder le français "irrégulier" des québécois. Sinon c'est comme leur refuser un service tout en leur prenant des impôts!!!

    Il faut laisser au moins une génération aux néo québécois pour devenir familier avec notre dialecte. Ne rêvons pas en couleur. Si on apprenais le portugais mais arrivait dans un coin du portugal avec un dialecte particulier , on serait tout aussi embêté. Aucun livre leur apprend le dialecte québécois, ils doivent apprendre par contact avec des amis à l'école etc..et c'est ce qu'ils font, si on en leur laisse le temps.

    Je ne renie pas notre coloré dialecte mais il faut être conscient que ce n'est pas le français officiel et qu'il faut plus de temps pour devenir familier. En attendant ces gens ont droit à des service

    • Guillaume Girard - Inscrit 12 mars 2013 11 h 36

      Si l'on admet qu'il n'y a qu'une seule langue officielle au Québec, pourquoi devrions-nous tollérer une bilinguisation mur à mur de la fonction publique québécoise?

      C'est comme qui dirait, se tirer une balle dans le pied!

    • François Bélanger Boisclair - Inscrit 12 mars 2013 12 h 50

      Vous dites que comme les néo-québécois viennent de pays parlant l'anglais, il est normal de leur donner un service en anglais? Vous oubliez qu'ils ont le «ROC» pour s'établir en anglais.

      Le Québec devrait prioriser plus fortement l'immigration qui veut s'intégrer en français. Il s'agit de survie linguistique. Par qui veut s'intégrer en français, je ne parle pas nécessairement venant de pays francophone. Il faut certes leur offrir un support linguistique. Mais pas leurs dire pas nécessaire de parler français, il y a l'anglais.

      Il y a certes des expressions québécoises particulières. Sauf qu'il existe des dictionnaires pour ça: Le Parler québécois pour les nuls; 1000 mots indispensables en québécois; Parlure et parlotte québécoises ill.; Dictionnaire des expressions québécoises...

      Je n'ai mis que quelques titres que j'ai trouvés sur le site d'une grande chaîne de librairie québécoise.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2013 14 h 56

      La logique selon monsieur Michaud : «Il faut laisser au moins une génération aux néo québécois pour devenir familier avec notre dialecte»

      En attendant, laissons leur la chance d'apprendre une vraie langue. Parlons-leur en anglais, ce qui nous donnera la chance de pratiquer «notre» anglais.

      Bravo monsieur Michaud!

    • André Michaud - Inscrit 12 mars 2013 17 h 00

      M.Théberge

      L'important pour moi était de pouvoir communiquer avec le citoyen et répondre à ses questions. J'ai toujours considéré le citoyen comme à la fois mon client et mon employeur (je suis payé avec son fric).

      Je ne dis pas que l'anglais est une langue supérieure au québécois , mais sûrement la langue la plus utilisée pour se parler entre ethnies différentes. C'est la langue utilisée en Europe dans la plupart des réunions entre pays dans les échanges officiels, même en France.

      Pour moi la langue est avant toute forme d'idéologie un magnifique moyen de communication, et l'anglais me permet de communiquer avec le plus de gens possible ici et ailleurs, ce que le québécois seul ne me permet pas.

      Mais le québécois est ma langue maternelle que j'utilise chaque jour et j'adore la langue dans les monologues de Deschamps ou de Fred Pellerin, ou Plume ou Charlebois ou Desjardins.. C'est surtout sur internet, cette fenêtre sur le monde, que mon anglais me sert. J'adore lire et je lis presque toujours les traduction en français. J'écoute la télé en français à 95%. Je ne me sens pas anglicisé du tout, je pense en québécois et vis en québécois, pas en anglais.

  • Bernard Gervais - Inscrit 12 mars 2013 10 h 08

    Bon point

    Le SFPQ a un bon point. Fort possible que ce que déplore ce syndicat ait été oublié par le gouvernement. Bonne idée alors d'en parler lors de la commision parlementaire portant sur le projet de loi 14.