Coup de barre à l’Office de la langue

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	Diane De Courcy reproche au précédent gouvernement libéral d’avoir «ignoré l’Office» trop longtemps.</div>
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir
Diane De Courcy reproche au précédent gouvernement libéral d’avoir «ignoré l’Office» trop longtemps.

Estimant que la crédibilité de l’Office québécois de la langue française (OQLF) avait été sérieusement entachée par les nombreux excès de zèle ayant fait la manchette ces dernières semaines, le gouvernement Marois donne un sérieux coup de barre à l’organisme, limogeant au passage sa présidente, Louise Marchand.

« Dans un contexte où l’on identifie, à travers un rapport de vérification, qu’il y a un changement de culture organisationnelle important à faire, […] je pense que c’était naturel qu’on fasse un changement à la tête de l’organisation », a expliqué la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, en entrevue au Devoir en marge de la publication du rapport de vérification interne, vendredi.


Elle a par ailleurs précisé que Louise Marchand n’avait pas démissionné, mais qu’elle avait été « mutée dans l’appareil gouvernemental à un autre poste ».


Diane De Courcy tient-elle la présidente sortante responsable du « pastagate » et autres dérapages de l’OQLF ? « Oh mon Dieu, si c’était si simple que cela ! a répondu la ministre. Ce serait trop facile de chercher le coupable et de dire : voici la personne et le problème est réglé. On n’en est pas là. On est dans une responsabilité partagée, incluant le gouvernement. »


La ministre reproche au précédent gouvernement libéral d’avoir « ignoré l’Office » pendant trop longtemps. « Dans les années précédentes, il y a des choses qui auraient dû être faites et qui ne l’ont pas été. » Selon elle, il aurait fallu lui donner, entre autres choses, des ressources informatiques pour être en mesure de procéder à un traitement des plaintes « moins opaque », une lacune qui a été mise en lumière par le rapport d’étape sur le processus de traitement des plaintes de l’OQLF commandé par Diane De Courcy le mois dernier.


Elle refuse de revenir sur les détails du fameux « pastagate » ou de tout autre dossier précis, souhaitant « tourner la page », mais elle reconnaît qu’il y a « des nuances, des faussetés et des demi-vérités qui ont été dites » dans certains cas. Le Devoir révélait, samedi dernier, que la plainte originale portée contre le restaurant Buonanotte ne portait pas sur les mots en italien - ce qui est permis par la loi 101 -, mais plutôt sur le fait que le menu était en anglais.


Modernisation


Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont fait bien du tort à l’organisme gouvernemental, déplore Diane De Courcy. « Je pense sincèrement que ces événements-là ont fait mal à tout le monde, à l’Office en premier lieu, mais aussi au Québec, aux commerçants - indépendamment de ce qu’on a pu constater comme étant des abus -, de même qu’au personnel de l’OQLF. Bref, ça a été très nuisible. Et c’est pour ça que ça prenait un sérieux coup de barre. Dans ces cas-là, une crise devient une opportunité. »


Le rapport fait état de plusieurs lacunes, notamment dans le processus de traitement des plaintes, et recommande de « renouveler l’approche et les modalités d’intervention afin qu’elles soient davantage axées sur la collaboration, la transparence et le service à la clientèle ».


Les entreprises visées seront désormais avisées avant la visite des inspecteurs et mises au fait des différentes étapes du processus. Présentement, note la Direction de la vérification interne, l’entreprise visée par une plainte « est peu informée » des démarches ayant cours. Un dossier peut même être fermé par l’OQLF sans que l’entreprise n’en soit avisée.


Suivant les recommandations du rapport, le gouvernement Marois créera un nouveau poste de répondant à la qualité des services pour faire le lien entre les entreprises et l’Office québécois de la langue française en cas de litige.


Enfin, le ministère élaborera de nouveaux guides de procédure pour faciliter l’interprétation de la Charte et de ses règlements.


Toutes ces mesures, croit Diane De Courcy, permettront de redonner à l’Office la crédibilité qu’il a perdue au fil du temps. « On va s’inscrire dans un processus d’accompagnement plutôt que dans un processus d’enquête », a résumé la ministre.

 

Intérim


C’est le sous-ministre associé à la langue française, Jacques Beauchemin, qui assurera l’intérim en attendant qu’un nouveau président soit nommé. Il s’agit d’une décision qui a été prise « sciemment » par le gouvernement, affirme Mme De Courcy, afin de laisser le temps au sous-ministre de faire un plan de travail pour la mise en oeuvre de la modernisation de l’OQLF. « Je pense que c’est pas mal le menu - sans faire de mauvais jeu de mots - pour les prochaines semaines », a conclu la ministre.


Au Parti libéral, on n’a pas souhaité commenter le départ de Louise Marchand, nommée par le gouvernement Charest en 2011. Mais à la CAQ, la porte-parole pour la Charte de la langue française, Nathalie Roy, s’est dite préoccupée par ce changement de garde. « Est-ce que ce sera une autre nomination politique ? Est-ce que les gens du PQ placeront un de leurs amis caribous ? C’est ce qu’il va falloir surveiller. »

21 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 9 mars 2013 06 h 56

    Comment se fait-il après neuf années d'ineptie ?

    Je pose la question par hasard : comment l'OQLF durant neuf années n'a rien fait , fut ignorée totalement et s'est signalée par son ineptie se retrouve après quelques mois de gouvernement péquiste , au centre d'une controverse pour toutes les mauvaises raisons ?
    Les amants et les promoteurs de la langue francaise ont ragé a plusieurs reprises de voir cette organisme inerte et l'on fait savoir haut et fort pour constater les explications insipides de la ministre Saint-Pierre ..... Il est apparut évident que le gouvernement de Jean Charest avait passé une commande politique de garder le loup dans sa tanière pour ne pas déplaire a sa clientèle captive anglophones ....
    Comment expliquer qu'avec la même directrice et le même personnel , les gaffes enfantines se sont accumulées pour nous faire honte sur le plan internationale ? On est en droit de croire que quelques loups furent lachés dans la bergerie ....
    Quant au questionnement de la CAQ , nous leur rappellerons que leur chef Legault a répété a plusieurs reprises durant la campagne électorale que lui ne se gênerait pas pour placer dans les organismes gouvernementaux des gens qui pensent comme lui .... Les commentaire de Nathalie Roy sont bien inutiles et superflus ....Mais l'important pour madame De Courcy est de nommer un amant de la langue et de la culture francaise pour bien administer cet organisme et lui donner l'efficacité , la crédibilité et la notoriété perdu durant le règne de Jean Charest ....
    Il faut souhaiter a Jacques Beauchemin et madame De Courcy toute la sagesse requise ....

    • Claude Lafontaine - Inscrit 9 mars 2013 10 h 46

      D'accord, les Libéraux ont laissez la situation se dégrader et jouer à l'autruche durant tous leurs mandats malgré le recul évident du français en particulier dans la grande région de Montréal; il est plus que temps de redresser la situation, la ministre vient de faire un premier pas important dans ce sens là. C'est certain que ceux qui ne se préoccupent pas de la survient de notre langue vont critiquer, pire encore les politicailleurs qui se servent de tout ce qu'ils peuvent pour se faire du capital politique au détriment de l'intérêt de la collectivité (la CAQ est clairement de ceux là), mais il faut aller de l'avant malgré tout, c'est juste une question de respect de nous-mêmes.

    • Berthe Fortier-A - Abonnée 9 mars 2013 15 h 37

      Dommage que l'office ne s'occupe pas de l'othographe française!!!

    • Claude Lafontaine - Inscrit 10 mars 2013 09 h 35

      @ Berthe Fortier-A
      Vous avez raison... excusez moi: "ont laissé", "la survie.. de notre langue" j'aurais intérêt à me relire avant de lancer mes commentaires.

  • Gérald Servant - Inscrit 9 mars 2013 08 h 23

    On ne change pas toute l'équipe, on change le "coach"


    Mme De Courcy se devait d'agir; ça frisait le ridicule, tout en faisant l'affaire des libéraux fédéraux et des anti-français. Que ce soit, Mme Roy, une nomination politique ou non, l'OQLF doit se comporter de façon correcte et équitable envers tous les commerçants québécois, de manière à protéger la langue française, et ceci avec tous les moyens et les règlements à l'intérieur de la charte. Le temps de choisir une personne compétente qui aura vraiment à coeur l'application de la loi 101, dans le respect des gens, tout en leur donnant le temps et la collaboration nécessaires pour s'ajuster. Soit dit en passant Mme roy, je suis membre de la caq.

  • Franklin Bernard - Inscrit 9 mars 2013 09 h 18

    Les sous-fifres paient pour leurs patrons. Comme toujours.

    « Oh mon Dieu, si c’était si simple que cela ! a répondu la ministre. Ce serait trop facile de chercher le coupable et de dire : voici la personne et le problème est réglé....»

    Mais c'est axactment ce qu'elle a fait, Mme de Courcy: elle a trouvé une coupable, Mme Marchand, et elle l'a «mutée.» Alors qu'il est fort vraisemblable qu'après les dix ans de laxisme sous John James, l'OQLF ait reçu des instruction musclées et sans nuances du gouvernement pour redresser la barre, et que Mme Marchand (qui n'a été présidente de l'OQLF sous Charest que peu de temps) a fait ce qu'elle a pu (pas très finement, il faut bien le dire) pour obéir à ses nouveaux patrons. Et elle paie pour ça aujourd'hui. Le classique bouc-émissaire.

    « ... On n’en est pas là. On est dans une responsabilité partagée, incluant le gouvernement. » ajoute la ministre.

    Sauf que personne au gouvernement n'a jusqu'ici payé pour les pots cassés, à ce qu'on sache.

    Quant à Nathalie Roy, de la CAQ, qui interroge: « Est-ce que ce sera une autre nomination politique ? Est-ce que les gens du PQ placeront un de leurs amis caribous ? C’est ce qu’il va falloir surveiller. » On ne sair pas encore, mais on peut lui assurer que ce sera quelqu'un qui aura à coeur le progrès de la langue française au Québec, contrairemant à son chef, François Legault, qui s'est clairement prononcé contre le français dans les moyennes entreprises. Ce que nous n'oublierons pas de sitôt.

  • Francois Parent - Inscrit 9 mars 2013 09 h 45

    Espoir d'un changement cohérent

    Lorsque je portais plainte sur des produits qui ne respectaient pas la langue française on me demande de fournir le nom du produit qui était écrit en chinois. Je leur ai mentionné qu'il en avait des centaines et que je ne pouvais les identifier. Lorsque vous portez plainte à l'Office elle s'attarde que sur l'objet de la plainte et fait fi de tous les autres irrégularités qui ne respectent pas la loi de langue française. Un employé de l'Office ma fait comme réponse que s'il appliquait la loi dans son entier cela pourrait mettre le commerçant en faillite. J'applaudis cette initiative de Madame De Courcy qui redonnera le goût aux francophones de défendre leur langue où ils seront soutenus et encouragés à le faire. Bravo !

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 mars 2013 14 h 32

      J'ai souvent porté plainte. À chaque fois, on me répond soit que ma description est incomplète et que l'office ne peut y donner suite (traduction: c'est à moi de faire l'enquête de A à Z) ou bien que la situation a été corrigée et que le dossier est fermé. Jamais d'amende. Notons qu'on m'envoie une lettre papier à chaque fois, bien que l'Office connaisse mon courriel.

  • Marc Blanchard - Inscrit 9 mars 2013 09 h 59

    Jacques Beauchemin est quelqu'un de très bien.