Fin de l’anglais intensif obligatoire en 6e année

« Je lève l’obligation qui est faite à toutes les écoles du Québec d’implanter l’anglais intensif en sixième année d’ici 2015-2016», a annoncé la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, en conférence de presse jeudi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard « Je lève l’obligation qui est faite à toutes les écoles du Québec d’implanter l’anglais intensif en sixième année d’ici 2015-2016», a annoncé la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, en conférence de presse jeudi.

Québec met fin au programme obligatoire d’enseignement intensif de l’anglais en sixième année, une mesure mise en place par le précédent gouvernement jugée « irréaliste » par le gouvernement Marois. Les écoles qui souhaitent l’implanter pourront continuer de le faire, mais la décision appartiendra désormais au conseil d’enseignement.


« Je lève l’obligation qui est faite à toutes les écoles du Québec d’implanter l’anglais intensif en sixième année d’ici 2015-2016, a annoncé la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, en conférence de presse jeudi. Je pense que [cette obligation] est irréaliste et qu’elle n’est pas souhaitable. »


Affirmant que cette mesure avait été imposée « de façon autoritaire » par l’ancien gouvernement en 2011, elle estime que les délais accordés aux écoles étaient « précipités » puisque celles-ci font face à des difficultés logistiques et pédagogiques qui n’avaient pas été prises en compte par le gouvernement Charest.


Bien qu’elle soutienne être « absolument en accord » avec l’objectif de permettre à tous les élèves du Québec de parler anglais de façon fonctionnelle, elle s’inquiète de l’impact que cela pourrait avoir sur les autres matières. « C’est pour ça que je mets un frein, a-t-elle précisé. Lever une obligation, c’est vraiment mettre un frein important. »


Les écoles qui ont déjà mis sur pied ce programme ou qui s’apprêtaient à le faire prochainement pourront poursuivre dans cette voie avec le soutien financier de Québec, qui avait déjà réservé une enveloppe de 6,2 millions pour permettre aux écoles d’engager du personnel. « On n’enlève pas l’enveloppe », a soutenu la ministre, ajoutant que la décision était basée sur des considérations pédagogiques et non financières.


Ce sera donc au conseil d’établissement de chacune des écoles de choisir ce qu’il souhaite faire, une approche que la ministre dit vouloir favoriser dans le futur afin de redonner plus de responsabilités aux écoles, qui connaissent mieux que quiconque la réalité de leur clientèle. « Ce n’est pas à moi, de Québec, de décider que sur tout le territoire, c’est du mur-à-mur. »

 

Analyse de l’ENAP


Pour l’année 2012-2013, à peine 12 % des établissements du Québec offrent l’anglais intensif en 6e année. « Avec la décision que je prends aujourd’hui de lever [l’obligation], je ne pense pas qu’on se retrouve avec 25 % d’écoles l’an prochain », a avancé la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport.


Marie Malavoy croit par ailleurs qu’un certain nombre d’établissements attendront les résultats de l’analyse qu’elle a commandés à l’École d’administration publique du Québec (ENAP) pour faire le bilan de cette mesure implantée depuis à peine deux ans.


Cette institution, qui « est au-dessus de tout soupçon », aura la mission d’éclairer le ministère et les conseils d’établissement d’ici septembre prochain. La ministre ne veut pourtant pas s’aventurer dans les suites qu’elle donnera à cette étude.


« Nous manquons de données pour savoir ce que ça donne. C’est un dossier qui est délicat, il faut agir avec prudence, ce que je fais. Mais en même temps, je ne veux pas présumer des conclusions. Je confie ça à l’ENAP avec confiance, parce que c’est leur métier, et quand j’aurai leurs conclusions, je les analyserai, puis je vous ferai part de la suite des choses. »


La ministre assure que son ministère n’est pas en train de sous-traiter ses propres responsabilités en confiant ce mandat à l’ENAP. Mais elle avoue à demi-mot qu’il y a des tiraillements à l’interne. « C’est un dossier dans lequel le ministère lui-même souhaite qu’on ait un regard extérieur, puisqu’il a fonctionné avec un ordre de marche, qui était l’obligation depuis deux ans. »

 

Réactions


Bien qu‘elle ne prône pas l’application du programme « mur-à-mur », la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) n’est pas satisfaite de la proposition. Elle aurait préféré que la ministre mette carrément un frein au programme, le temps de bien l’évaluer.


« Nous, ce qu’on voulait, c’est qu’on mette tout sur pause. Les milieux qui avaient déjà commencé peuvent continuer, mais pour les autres, on met un frein et à la suite de l’étude [de l’ENAP], on prend des décisions éclairées à la suite de données ou d’analyses », a dit Manon Bernard, présidente de la FSE-CSQ. « Là, on n’a pas les données sur le bilan de l’anglais au premier cycle, les impacts sur la grille-matière, et on laisse quand même les milieux aller. »


Favorable à l’implantation de l’anglais intensif, l’Association québécoise des troubles d’apprentissage se réjouit de voir que le programme n’est pas complètement aboli. Elle appuie la formule libre-choix proposée par la ministre, mais pourvu que les écoles qui la mettront en place le permettent à tous les élèves, y compris ceux en difficulté.


« Les jeunes qui ont un niveau scolaire moins élevé vont quand même avoir besoin de se débrouiller en anglais dans la vie de tous les jours », a dit Jean-Louis Tousignant, président de l’AQETA. « Dans certains milieux ils font de la sélection, on pense que cet élitisme n’est pas la voie. » Il rappelle toutefois que l’aide aux élèves en difficulté devra suivre. « Il faut que les mesures d’adaptation puissent être mises en place. Si on a une dyslexie en français, elle est aussi là en anglais », a-t-il ajouté.


Du côté de l’opposition officielle à Québec, la porte-parole en matière d’enseignement primaire et secondaire, Francine Charbonneau, s’est dite « très déçue » de cette décision. « La ministre entretient encore, à des fins partisanes, la peur de voir le français disparaître », a-t-elle affirmé par voie de communiqué.

22 commentaires
  • Caroline Langlais - Inscrite 8 mars 2013 05 h 30

    L'heure juste

    Ce sont des cours intensifs de français qu'il faut donner aux anglophones et aux allophones. C'est ça vivre au Québec.

    • Louka Paradis - Inscrit 8 mars 2013 14 h 56

      Tout à fait. Bravo !
      Louka Paradis, Gatineau

    • Berthe Fortier-A - Abonnée 8 mars 2013 15 h 15

      et aux francophones.

      C'est aussi cela posséder, aimer sa langue et la faire apprécier et aimer aux autres.

    • Jacques Moreau - Inscrit 9 mars 2013 13 h 41

      Il n'y a pas de restriction sur l'apprentissage du "français langue seconde" dans les écoles anglophones et je crois qu'ils y enseigne le français très tôt dans ces écoles. Les jeunes anglo-québecois sortent du secondaire avec une bonne maîtrise du français; donc il est presque inutile de perdre tu temps à faire apprendre l'anglais à nos élèves des écoles francophones.

  • François Desjardins - Inscrit 8 mars 2013 06 h 35

    Le temps des Pâques approche: pensez à Ponce Pilate!

    Apprendre l'anglais pour qui le veut vraiment est tout à fait possible aorès la sixième année du primaire. J'en ai été témoin.

    L'anglais intensif au primaire devrait se donner à qui démontre d'abord une très bonne maîtrise de notre langue officielle, écrite et parlée! Je parle ici du français....! qui n'est pas facile comme langue.

    Or donc, j'aimerais bien voir les résultats d'une épreuve de français oral et écrit chez les élèves en anglais intensif. Mon intuition me dit que.....

    Citation: [...] Ce sera donc au conseil d’établissement de chacune des écoles de choisir ce qu’il souhaite faire, une approche que la ministre dit vouloir favoriser dans le futur afin de redonner plus de responsabilités aux écoles, qui connaissent mieux que quiconque la réalité de leur clientèle. [...]

    Décision typiquement politique dans le sens le moins beau du terme: ménager la chèvre et le chou et «passer le singe» à l'autre, ici les conseils d'établissement.

    Et les élèves, pas plus que les malades dans les hôpitaux NE SONT PAS des clients!

    • Berthe Fortier-A - Abonnée 8 mars 2013 15 h 09

      Cours de français aux Québecois francophones aussi, ne vous en déplaise!

  • JLouis Roy - Inscrit 8 mars 2013 06 h 43

    La savoir...la connaissance...l'ouverture sur le monde. Pourquoi protéger et promouvoir en instruisant l'ignorance!

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 8 mars 2013 08 h 01

      Que veut dire pour vous l'ignorance?
      On peut s'ouvrir sur le monde sans connaître une autre langue.
      Avec tous les moyens de communication, on peut très bien répondre à ce besoin.

      C'est le français qui est en péril.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 8 mars 2013 10 h 24

      « en instruisant l'ignorance » ... voilà un beau calque de ce que je ne sais pas quoi !

    • Bernard Gervais - Inscrit 8 mars 2013 10 h 28

      @ Chantale Desjardins.

      Entièrement d'accord. Surtout compte du fait de la situation géographique du Québec (voisin du reste du Canada anglais et des États-Unis, aussi anglophones), c'est bien plus le français qui doit être protégé et valorisé.

      Mais ça, les libéraux ne veulent pas l'admettre afin de ne pas heurter la seule clientèle électorale qui leur est vraiment !

    • Bernard Gervais - Inscrit 8 mars 2013 10 h 48

      @ Chantale Desjardins. (AJOUT)

      Entièrement d'accord. Surtout compte du fait de la situation géographique du Québec (voisin du reste du Canada anglais et des États-Unis, aussi anglophones), c'est bien plus le français qui doit être protégé et valorisé.

      Mais ça, les libéraux ne veulent pas l'admettre afin de ne pas heurter la seule clientèle électorale qui leur est vraiment fidèle !

  • Jean Richard - Abonné 8 mars 2013 09 h 28

    Dyslexie et langues étrangères

    « Si on a une dyslexie en français, elle est aussi là en anglais », a-t-il ajouté. »

    Non seulement elle est là, mais elle est pire. Avec son rapport nombre de graphèmes/nombre de phonèmes des plus élevés, l'anglais est un cauchemar pour les dyslexiques, même quand c'est leur langue maternelle.

    http://revue.medhyg.ch/infos/print.php3?sid=307

    Les hispanophones ont réussi il y a déjà belle lurette une réforme de l'orthographe du castillan qui s'est traduite en un rapprochement entre l'oral et l'écrit. Les francophones auraient toujours souhaité en faire autant mais n'ont jamais réussi, faute d'un déséquilibre des forces et d'un certain colonialisme linguistique peu propice au dialogue.

    Les anglophones étaient-ils en reste ? Non ! Le désir de simplifier l'orthographe très complexe de l'anglais remonte aussi loin que le milieu du XIXe siècle, la célèbre histoire du ghoti (fish - poisson) étant connue et peut-être hélas oubliée trop vite.

    Un dyslexique à l'école primaire, c'est un enfant qui, malgré son intelligence dans la bonne moyenne, a pris un sérieux retard en lecture et en écriture. On imagine difficilement ce que serait pour lui d'arriver en 6e année et de recommencer à zéro – c'est-à-dire se retrouver dans une course à la lecture et à l'écriture d'une langue encore plus complexe que le français, où il sera une fois de plus le perdant, celui qui prend de plus en plus de retard chaque jour.

  • André Michaud - Inscrit 8 mars 2013 10 h 00

    Assez de profs avec les compétences?

    Je suis , comme la plupart des parents, pour des cours d'anglais intensifs.

    Mais je me demande si pour un programme intensif d'anglais il y a assez de profs qui à la fois sont compétents comme prof et qui maitrisent vraiment l'anglais ? J'en doute fortement.

    Moi mes seuls bons profs d'anglais furent des anglophones, les autres avaient tous un gros accent, parfois même énorme.. Comme si Diefenbaker avait voulu enseigner le français..Mon meilleur prof d'anglais et le plus efficace était un ex-marine de San Diego qui ne parlait qu'anglais. Quelle efficacité!

    Ma voisine irlandaise m'a aussi bien enseigné avec rigeur l'importance de la prononciation du th ...et la musique pop m'a donné une immense motivation à comprendre ce qui se disait dans les chansons. Bob Dylan m'a comme poête appris bien des nouveaux mots..

    • Berthe Fortier-A - Abonnée 8 mars 2013 15 h 13

      Il faut aussi un bon senseignement du français par des prof. compétents! Cela semble un manque flagrant dans certaines écoles.