Aide sociale : les critiques fusent de toutes parts

Une quarantaine de personnes ont manifesté, lundi, devant le bureau de circonscription d’Agnès Maltais, dans le quartier Saint-Roch, à Québec.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Une quarantaine de personnes ont manifesté, lundi, devant le bureau de circonscription d’Agnès Maltais, dans le quartier Saint-Roch, à Québec.

Des députés libéraux et caquistes aux groupes de défense des assistés sociaux, les critiques fusent de partout pour dénoncer les changements à l’aide sociale promus par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais.

En matinée lundi, une quarantaine de personnes ont manifesté devant le bureau de circonscription de Mme Maltais, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. « Elle veut économiser sur le dos des pauvres », a dénoncé Marielle Bouchard du Regroupement des femmes sans emploi du nord de Québec (ROSE du Nord).


Pour les groupes sociaux, la décision de la ministre est une véritable « trahison ». « Agnès Maltais s’était engagée auprès de nous à augmenter les revenus des personnes seules à l’aide sociale », dénoncent-ils.


La coupe qui les dérange le plus touche la prestation pour « contrainte temporaire » offerte aux personnes de 55 à 58 ans, l’équivalent de 129 $ par mois. La ministre dit vouloir la remplacer par une aide mensuelle de 195 $ pour soutenir la réinsertion en emploi.


Les modifications apportées à l’aide sociale n’ont pas fait l’objet d’une annonce. Elles ont été signifiées sans tambour ni trompette en pleine relâche de l’Assemblée nationale. En plus des quinquagénaires, les coupes frappent les jeunes familles et les bénéficiaires de services en toxicomanie.


Depuis l’annonce des changements, Mme Maltais a plaidé qu’elle voulait aider les gens à retourner sur le marché du travail. « Je n’échapperai personne », a-t-elle promis. Absente lundi, elle se trouvait à New York pour une rencontre aux Nations unies sur la condition féminine.


En entrevue, son chef de cabinet Pierre Châteauvert a souligné que la situation de l’emploi était « une occasion unique » d’aider les prestataires de l’aide sociale à regagner le marché du travail. De surcroît, ajoute-t-il, le salaire minimum passera en mai au-dessus de la barre des 10 $.


Le PQ perd de la crédibilité, selon l’opposition


Pendant ce temps au Parlement, les partis d’opposition ont tous dénoncé les changements. La ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley, « doit être morte de rire », a lancé lundi la députée libérale Karine Vallières, porte-parole de l’opposition en matière de lutte contre la pauvreté.


La Coalition avenir Québec (CAQ) en arrive à la même conclusion. La ministre de l’Emploi, Agnès Maltais, ne peut pas reprocher à Ottawa de faire avec l’assurance-emploi ce qu’elle vient de faire avec le régime d’aide sociale, a soutenu le député de Vanier -Les-Rivières, Sylvain Lévesque.


Chez les solidaires, on demande carrément le retrait du règlement. « La ministre promet un montant supplémentaire aux personnes qui participent à une mesure, mais une fois le programme terminé, si elles ne se sont pas trouvé d’emploi, elles se retrouvent en pire posture. Ce que je propose à Mme Maltais, c’est de mettre d’abord sur pied sa mesure d’insertion et de l’évaluer avant d’envisager d’autres modifications », souligne la députée de Gouin, Françoise David.


De l’improvisation ?


Le Collectif pour un Québec sans pauvreté s’est lui aussi insurgé contre le changement proposé. « Pour l’instant, on fonctionne avec de gros préjugés, on imagine qu’en affamant les personnes, ça va leur botter le derrière, qu’ils vont aller vers les mesures [de réinsertion à l’emploi] et qu’ils vont se trouver une job. C’est bien mal connaître la réalité », a soutenu le porte-parole Serge Petitclerc.


Plusieurs groupes demandent au gouvernement Marois de reculer. « Ça sent l’improvisation », a dénoncé la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi. « Y aura-t-il un réel parcours d’accompagnement vers l’emploi pour chaque personne à l’aide sociale ? Où sont les études d’impact ? Où est l’analyse différenciée selon le sexe que le gouvernement s’est engagé à faire et à prendre en compte ? »


À l’Association des centres de traitement des dépendances du Québec, on s’insurge contre la limite proposée de 90 jours de prestation spéciale versée pour les services d’hébergement en traitement de la toxicomanie. « Qu’arrivera-t-il avec ces gens après 90 jours ? Ils continueront à consommer et se retrouveront à l’hôpital ou en détention ? Ce sont des coûts sociaux très élevés ça ! », déplore le directeur Vincent Marcoux. Quant aux situations d’abus évoquées par la ministre Agnès Maltais - des séjours de 30 mois -, ils sont « déplorables mais exceptionnels », ajoute-t-il.


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Avec La Presse canadienne

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