Buonanotte: la plainte originale ne portait pas sur l’italien

Le restaurant Buonanotte, à Montréal, compte deux menus distincts où tous les plats portent leur nom italien, suivi d’une traduction française ou anglaise, ce que l’OQLF permet. Dans ce que l’organisme a avoué être un « excès de zèle », un inspecteur a toutefois blâmé l’établissement pour ce qui semblait être la prédominance de la langue italienne sur le menu.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Le restaurant Buonanotte, à Montréal, compte deux menus distincts où tous les plats portent leur nom italien, suivi d’une traduction française ou anglaise, ce que l’OQLF permet. Dans ce que l’organisme a avoué être un « excès de zèle », un inspecteur a toutefois blâmé l’établissement pour ce qui semblait être la prédominance de la langue italienne sur le menu.

L’inspecteur de l’Office québécois de la langue française (OQLF) qui s’est rendu au restaurant Buonanotte a peut-être fait preuve de zèle, mais il a tout de même escamoté l’objet de la plainte sur laquelle il devait enquêter, estime le plaignant à la base de ce qui est devenu le « Pastagate ». Car la plainte portait sur la présence de l’anglais sur un menu, pas de l’italien.

Rejoint par Le Devoir vendredi midi, le plaignant - qui désire garder l’anonymat - a raconté avoir porté plainte parce qu’on lui a présenté un menu rédigé en italien et en anglais lors d’une visite au Buonanotte. « Il n’y avait pas un mot de français », dit-il. Ce n’est pas la présence des pasta, insalata et autres calamari qui l’ont choqué, mais la traduction uniquement anglaise.


Le restaurant compte deux menus distincts où tous les plats portent leur nom italien, suivi d’une traduction française ou anglaise. Or, il semble que l’inspecteur de l’OQLF chargé d’enquêter sur cette plainte se soit fait présenter le menu italo-français lors de sa visite. Son attention a donc été attirée par la présence prédominante de l’italien.


Pour l’auteur de la plainte, le débat qui a été soulevé (la présence sur un menu des spécialités étrangères dans leur langue d’origine) n’était simplement pas le bon. Le plaignant dit avoir déposé quelques plaintes à l’OQLF au fil des ans, dont au moins deux ont forcé des compagnies à réviser leurs publicités. « Je ne comprends pas ce qui s’est passé cette fois-ci », dit-il, visiblement fâché de la tournure des événements.


Dans son communiqué publié le 20 février - au moment où les remontrances de l’OQLF à l’endroit du Buonanotte ont été dévoilées -, l’organisme avait pris la peine de « souligner que l’Office a effectué une enquête à la suite de la réception d’une plainte déposée en bonne et due forme. Conformément à ses procédures, l’Office a communiqué avec l’entreprise pour discuter des mesures correctives appropriées et pour s’entendre sur un échéancier de correction raisonnable. »


L’OQLF reconnaissait du même coup un « excès de zèle » injustifié, la Charte de la langue française comprenant une exception relative aux spécialités étrangères. « Quand on regarde le menu d’un coup d’oeil, on peut penser qu’il y a une prédominance en italien. C’est sur ce réflexe qu’un inspecteur est intervenu. Avant d’envoyer la lettre, une analyse plus approfondie aurait dû être faite », avait expliqué le porte-parole de l’OQLF, Martin Bergeron.

 

Le français d’abord


Mis au courant des propos du plaignant en fin de journée, Martin Bergeron a souligné vendredi qu’un restaurateur peut imprimer et présenter des menus exclusivement anglais, à condition que la version française soit toujours disponible. « Quand on reçoit une plainte et qu’on va vérifier, on demande à voir les menus. Si la version française est disponible, c’est celle que l’on étudie. » Cela même si la plainte porte sur l’autre menu.


M. Bergeron dit qu’il est difficile pour les inspecteurs de savoir dans quelle langue un client a été accueilli. « L’important, c’est qu’un menu soit disponible en français. Le reste relève de la langue de service et d’accueil. »


Les inspections trop minutieuses menées au Buonanotte et dans d’autres restaurants (notamment le Holder) ont incité la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française à demander à l’OQLF une révision des processus d’inspection. Le ministère et l’OQLF ont confirmé lundi qu’ils procéderaient incessamment à cette « vérification du processus de traitement des plaintes ».


Le communiqué publié reconnaissait que « des cas récents parus dans l’actualité indiquent qu’il y a matière à amélioration ». Les résultats de la vérification seront rendus publics d’ici deux semaines.

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22 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 2 mars 2013 02 h 49

    Pour un service en français, press nine

    Bon, enfin le mystère s’épaissit. Le plaignant avait simplement omis de demander d’être servi en français. Parce qu’au Buonanotte, il y a deux menus. Un menu régulier en italo-anglais et un menu pour les « mordus de la langue » en italo-français. Et, il a fallu que ça tombe sur un de ceux-là. Pas chanceux ou plutôt quelle aubaine ! On allait ainsi montrer au reste du monde l’impitoyable intolérance de ces irréductibles gaulois.

    Bon, sérieusement. Combien de franco-québécois se sont fait servir le menu «italo-anglais» à ce restaurant et n’ont tout simplement pas ou jamais bronché ? Allez, levez la main. Et après, on viendra nous traiter d’intolérants parce qu’ «un des nôtres» a simplement osé lever la tête et rouspéter ? Quel monde !

    • Mark Beaton - Inscrit 2 mars 2013 09 h 16

      Bravo!

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 3 mars 2013 09 h 38

      Si j'étais propriétaire d'un restaurant dans une communauté anglophone, moi aussi je demanderais à mes serveurs de présenter en premier le menu anglais aux clients, les affaires c'est plaire à sa clientèle, pas l'inverse.

      Et je rappelle que le Pastagate vient du zèle d'un employé de l'OLF, et qu'effectivement il y a matière à se poser des questions sur la façon dont les dossiers sont gérés.

      Et je vous retourne votre logique, Monsieur Boulanger, combien y a-t-il eu d'abus de cette loi, mais ou les restaurateurs et autres commerçant se sont tu, cela fonctionne dans les deux sens!

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 mars 2013 16 h 50

      Monsieur Charbonneau,
      Considérez-vous que le boulevard Saint-Laurent est en «milieu anglophone»?

    • Michel Deshaies - Inscrit 3 mars 2013 17 h 22

      M.Charbonneau, je crois que vous oubliez que le Québec est francophone, alors peu imorte où vous êtes, c'est un milieu francophone. C'est pas parce qu'une minorité culturelle, d'une minorité allophone décide de se "getthoïser" dans certains quartiers que ces quartier deviennent pour autant autre chose que francophone. Qui plus est, si vous voulez vraiment jouer à ce petit jeu, le fameux resto, se situe sur le Blvd qui était la frontière Anglo-Franco à une autre époque. Ce qui veut donc dire qu'il y a 1 chance sur 2 que le client soit francophone, alors votre "plaire à sa clientèle" ne tient pas la route et de toute façon, vous avez beau être en business et vouloir plaire à votre clientèle, mais la loi c'est la loi et on ne parle pas ici de Loi du Marché(offre et demande).

      J'ajouterai même plus, le Blvd. St-Laurent est de moins en moins anglo qu'il ne l'a déjà été, il y a de plus en plus de français, de portugais et d'espagnol qui s'y établissent et... ils parlent français.

    • Jean-Philippe Chaussée - Inscrit 3 mars 2013 18 h 11

      Forcé un commerce a changé ses menue, sa stratéie de mise en marchée, sa décoration ou son nom, c'est pas mal plus que rouspété.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 4 mars 2013 08 h 36

      Monsieur Deshaies, il y a 84 communautés bilingues au Québec, presque toutes dans l'ouest de Montréal, et ses communautés sont composé d'une majorité de gens qui vivent en anglais, alors prétendre que le Québec est unilingue français tient de la malhonnêteté!

      De plus, chaque commerce est différent, et sans prétendre avoir été au restaurant en question, il est plus que vraisemblable que la clientèle de celui-ci est majoritairement anglophone, puisque le propriétaire préfère que ses employés présentent le menu en anglais.

      Aussi, suivant votre logique, il serait normal que les francophones hors Québec, qui se « ghettoïsent » eux aussi dans différents cartiers d'Ottawa, Onttawa, Vancouver, etc. devrait se contenter de vivre en anglais, belle façon de penser que vous avez la, Monsieur Deshaies!

    • Evelyn Williams - Inscrite 4 mars 2013 11 h 35

      J'ai demandé un menu en français à cette place là, la réponse était - can't you read english , et je me suis plainte à l'Office y a presque dix ans de cela...

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 2 mars 2013 09 h 55

    Le mal est fait


    Cette faute professionnelle d’un inspecteur peu dégourdi en escamotant l’objet de la plainte a fait énormément mal à la cause de la langue française au Québec. C’est comme l’histoire (fausse) du perroquet unilingue anglophone racontée, entre autres, par Mordecaï Richler. Trop tard pour corriger les faits, la nouvelle à fait le tour de la blogosphère francophobe. Un petit entrefilet (cadenassé de surplus) ne saurait rectifier l’erreur.

    Quant au restaurant Buonanotte, pourquoi les serveurs ne présentent-ils pas de prime abord le menu italo-français à TOUS les client qu’importe leur origine? Au client anglophone de demander, s’il le désire, le menu anglo-italien. Nos anglos, ne sont-ils pas aux dires de Jack Jebwad de l’Association for Canadian Studies, de plus en plus bilingues?

    L’inverse, présenter d’abord le menu anglo-italien à tous les clients, n’est pas respecter la prédominance du français au Québec.

  • Roland Côté - Abonné 2 mars 2013 10 h 33

    un instant Buananotte

    On m'y a donné un menu en anglais et suite a ma demande pour un menu francais on m'a traité avec condescendance. Le serveur a dit a son collègue que je ne comprenais pas l'anglais sur un ton narquois. Je suis de retour d'un séjour professionel de 15 ans aux USA, alors je n'ai pas a me faire traiter de haut quant a la langue de service d'un restaurant de Montréal. J'ai hate que le francais devienne la langue de travail dans ces restaurants.

    • Jean-Philippe Chaussée - Inscrit 3 mars 2013 17 h 53

      Je me demande comment vous auriez réagis si on apprenai que l'Ontario dépensait 26 milions de dollars par anné pour effacé le français.

  • Kevin Charron - Inscrit 2 mars 2013 11 h 34

    Mener les Québécois en bateau

    Cela révèle deux choses.

    Premièrement, le propriétaire du Buonanotte a mené les Québécois en bateau en dissimulant son véritable menu. Lorsque les journalistes se sont pointés, il a caché la présence d'un menu anglophone et a joué les vierges offensées. Il a laissé les inspecteurs de l'OQLF faire leur rapport sur un menu qui n'avait pas du tout rapport avec la plainte. Si le propriétaire avait été honnête, il aurait présenter son menu anglais-italien aux inspecteurs qui auraient immédiatement compris la raison des plaintes à l'égard du restaurant, ce qui aurait éviter cette épisode de "zèle".

    Deuxièmement, cette situation prouve que 100% des médias au Québec sont assoiffés de scandales et ne regardent les enjeux qu'en surface. Quand il y a du zèle, c'est rarement par stupidité et régulièrement en raison d'erreur de communication. Évidemment, il n'y a pas un foutu journaliste au Québec qui a été foutu d'aborder la situation en profondeur afin de repérer la cause de ce zèle. On a préféré salir l'OQLF. Beacoup plus facile et vendeur! Or, on sait maintenant qu'il y a au moins une personne (il en a sûrement plusieurs) qui avait porté plainte en raison d'absence de français sur le menu. D'ailleurs, aucun foutu journaliste n'a fait l'effort d'aller à l'origine, à savoir en vertu de quelle règlement le Buononotte enfreint la loi 101. Cela éludrait bien des mystères et nous ferait comprendre les véritables failles de la loi 101 permettant et contournement et excès de zèle.

    Bref, tout cela se termine avec une belle séance de Québec-bashing partout à travers le monde parce que nos larbins de journalistes ont gobé la petite histoire montée du propriétaire de ce restaurant italien qui sert ses clients avec des menus anglais (sauf si un gentil francophone lui demande d'être servi en français). L'homme a fraudé les inspectateurs de l'OQLF en leur cachant son menu régulier et du coup à trainer les Québécois dans la boue.

    En espèrant qu'il s'excusera de sa malhonnêteté

    • Jacques Boulanger - Inscrit 2 mars 2013 16 h 38

      Bien dit, M. Charron. Beaucoup de journalistes et chroniqueurs sont tombés dans le panneau, à commencer par Michel David, lui qui d'habitude est si prompt à débusquer les attrape-nigauds.

    • Jean-Philippe Chaussée - Inscrit 3 mars 2013 18 h 10

      La loi 101 en elle même est un scandale et une honte international pour le Canada. Les gens la tollere car on leurs dit que les grands méchants anglais (Groupe démographique qui vas disparaitre 3 fois plus vite que les francophones si la tandance actuelle se maintien) veulent les assimilés. Les gens sont scandalisé car ils ne se sentent pas menacé par l'Italien. Mais cette réaction prouve le fait que la loi 101 est injuste aux yeux de tous, mais que tant que c'est des anglophones qui en payent le prix, les gens veulent la tollérée. Il est complètement ridicule, que le gouvernement provincial se permettre de prohibé l'utilisation de certaines langues(dont une a le status officiel est est parlé comme langue officielle favorite par plus de 15% de la dite province!!!). Déjà, si on oubligerait la présence du français, ça ne serait pas aussi pire! Le comportement de l'élite Québecoise représente bien l'emsemble de la province: Une société infantilisée avec un sentiment d'infériorité manifeste et une grande insécuritée. Il est temps de définire le rôle du Gouvernement. Et je vous donne un indice: diminuer le haut taux de pauvreté, réglé les problèmes du système de santé, réduire le décrochage scholaire, éradiqué la dette et maintenire les infrastructures, est probablement mieux pour la "Nation Québecoise" que de chassé tout les honnêtes travailleurs anglophones de la province avec cette xénophobie malsaine.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 4 mars 2013 02 h 48

      Monsieur Chaussée, pourquoi déformer aussi grossièrement la réalité pour régurgiter les pires clichés du Québec-bashing?

      La loi 101 n'a pas besoin d'être «tolérée» à l'international parce que la totalité des autres états protègent moins leurs minorités linguistique que le Québec. De grâce informez vous avant de proférer des propos si méprisants contre la politique linguistique du Québec.
      http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/

      On peut afficher en français et dans toute autre langue en plus du français. C'est la normalisation de notre langue commune et c'est ainsi dans la quasi-totalité des états.

      Les anglophones du Québec profitent de services mur-à-mur dans leur langue. Surfinancement oblige, s'ajoutent 50% des transferts linguistiques du Québec en leur faveur. Le français hors Québec lui? Il est dans le rouge, 70% d'assimilation par génération dans l'Ouest et 10% au Nouveau-Brunswick.

      La loi 101 est très souple, elle est même molle. La politique linguistique du Québec est l'une des plus permissives au monde.
      http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/
      Si vous voulez affirmer le contraire, il vous faudra des sources crédibles comparant le statut de-jure et de-facto de diverses langues minoritaires.

      Par exemple, aux États-Unis, l'école publique est unilingue anglophone, c'est la loi. Les cours d'une langue seconde ne sont même pas obligatoires.

      Vous parlez de xénophobie malsaine... propos basés sur une ignorance malsaine.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 4 mars 2013 21 h 17

      Monsieur Bouteu, la loi 101 n'est pas molle, elle est seulement mal appliquée, bien appliquée, elle serait plus que suffisante.

      Là où il y a mal, c'est au niveau de la loi no 14, qui ferait en sorte que plus de la moitié des villes bilingues du Québec perdrait leurs statuts, et cela même si la majorité des résidents de ces villes vivent en anglais, et il y a d'autres exemples du genre!

      De plus, votre déclaration sur la politique linguistique du Québec par rapport aux autres nations est faussée, car si l'on revient sur votre exemple des États-Unis, il n'y existe qu'une langue officielle, soit l'anglais, alors qu'au Canada il en existe deux!

      Nommez-moi un seul pays ou il y a deux langues officielles et ou une minorité parlant l'une de ses langues se voit refuser le droit de vivre librement dans ladite langue!

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 2 mars 2013 14 h 35

    A qui l'affaire profite...

    Pour le savoir,cliquez sur ce lien et visionnez cette vidéo:

    http://bit.ly/WzijrS