Le RIN, 50 ans plus tard

Les affiches des candidats du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), André D’Allemagne et Pierre Bourgault, lors de l’élection provinciale de 1966. L’esthétisme même du matériel publicitaire du RIN témoigne d’un nouveau type d’engagement en politique.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les affiches des candidats du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), André D’Allemagne et Pierre Bourgault, lors de l’élection provinciale de 1966. L’esthétisme même du matériel publicitaire du RIN témoigne d’un nouveau type d’engagement en politique.

C’était il y a un demi-siècle. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) devenait un parti politique. Pierre Bourgault, Marcel Chaput et André D’Allemagne ne sont plus là pour témoigner des premières heures de ce groupe de pression devenu parti.

Pour commémorer la fondation du parti le 3 mars 1963, un colloque : « L’influence du RIN sur l’évolution politique du Québec ». Ce sont surtout des universitaires, étudiants et professeurs, de même que d’anciens militants de la base du parti qui se sont retrouvés à discuter sous une toile sombre représentant Ludger Duvernay, dans un salon de la Société Saint-Jean-Baptiste.


Pour le politologue Denis Monière, le RIN constitue le premier parti politique québécois de masse et un des principaux facteurs de la politisation des Québécois dans les années 1960. « Le RIN est un parti qui n’existe pas strictement pour les élections, ce qui est une première chez nous. La base est importante. Les militants sont très actifs. On organise des manifestations, on s’intéresse à la vie intellectuelle et économique des membres. On les forme. En France, le Parti socialiste propose un modèle semblable. »

 

De nouveaux intérêts


Le RIN s’intéresse à la condition des ouvriers et à la gestion des ressources naturelles. Il s’oppose aux armes atomiques et à la peine de mort. L’Indépendance, le journal du parti, en parle abondamment sous la plume notamment de Lysiane Gagnon, de Jacques Renaud, de Guy Sanche (oui, Bobino !), de Paul Chamberland, de Jacques Guay, de Claude Jasmin ou de Gil Courtemanche.


L’organisation du parti intègre des femmes à ses structures. On défend le mode de scrutin proportionnel. Les modèles viennent des luttes internationales, de groupes qui cherchent à s’affirmer : les Noirs américains, les Portoricains, les mouvements d’émancipation de tous les damnés de la terre.


« La dimension internationale est très forte au RIN, explique Denis Monière. La lutte des Noirs américains inspire notamment un sit-in, le 24 juin 1964 à la Place Ville-Marie, contre la politique du Canadien National qui refuse un congé payé aux Canadiens français. » La réalité nationale est envisagée sous le concept de la décolonisation qu’élaborent les oeuvres de Jacques Berque, d’Albert Memmi, de Frantz Fanon ou de Jean-Paul Sartre. L’esthétisme même du matériel publicitaire du RIN témoigne d’un nouveau type d’engagement en politique.

 

Une école politique


Le RIN offre à ses membres plusieurs grandes soirées, notamment au Forum. Vont chanter, parler et jouer pour le parti des artistes aussi différents que Gilles Vigneault, Muriel Millard, André Gagnon, Claude Léveillée ou Joël Denis. Il y aura aussi un ciné-club politique ainsi que la possibilité d’assister à de vrais cours de formation politique. Dans ces programmes de formation politique, on note que l’écrivain Hubert Aquin propose une leçon sur la fin de l’Empire austro-hongrois. La place d’Aquin au sein du RIN a été soulignée au cours de ce colloque par Nino Gabrielli. De son côté, Pierre Bourgault offre aux militants du RIN une formation sur « l’indépendance et l’esprit républicain ». Le professeur Maurice Séguin les entretient pour sa part de l’histoire de l’idée d’indépendance au Québec.


Sous l’impulsion d’Andrée Ferretti, les cours du RIN prennent une forte tangente vers la « propagande parlée et la propagande par l’action ». Toujours énergique, Andrée Ferretti témoignait d’ailleurs en avant-midi dans le cadre de ce colloque dont les actes seront publiés prochainement, assurent les organisateurs.


René Lévesque, qui ne s’entendait guère avec Pierre Bourgault, le président du RIN, aurait souhaité que ce parti ne se saborde pas en 1968 pour faire place au seul Parti québécois. « Lévesque souhaitait, et je l’ai entendu le dire, qu’un parti indépendantiste plus à gauche existe en marge du Parti québécois. Cela lui aurait permis, sur le plan électoral, de s’assurer de toujours avoir l’air du modéré. C’était le calcul stratégique de Lévesque. »


Électrisant


Louis Denoncourt, ancien candidat du RIN dans la circonscription de Laviolette, plus jeune candidat du parti en 1966, regrettait d’avoir entendu beaucoup de jeunes universitaires s’en remettre essentiellement aux écrits des intellectuels du parti pour établir son histoire et sa pensée. « Ils sont allés chercher des textes des gens d’en haut dans le parti. À la base, on n’entendait jamais parler de dissensions. Comme d’autres, j’organisais des assemblées de cuisine. On formait des gens. On manifestait. On ne perdait pas de temps à se chicaner ! C’était la réalisation de l’indépendance qui nous occupait et nous préoccupait. Avec seulement cinq cennes, on faisait des miracles. Vous savez, lorsque Pierre Bourgault venait parler, il était tellement populaire… Il était électrisant. Il politisait des gens qui ne l’étaient pas du tout. Ah oui, il était électrisant ! »


Fondé le 10 septembre 1960 comme groupe de pression et d’éducation politique, le RIN se transforme en parti sous la pression de ses membres. Ce sont eux qui le financent et qui le font vivre, observe Claude Cardinal dans sa contribution au colloque.


En 1960, les membres fondateurs du RIN ne sont qu’une vingtaine lorsqu’ils se réunissent pour une première fois à Morin Heights, dans les Laurentides. Trois ans plus tard, le parti tient des assemblées un peu partout et fait salle comble dès lors que des orateurs comme Marcel Chaput ou Pierre Bourgault y prennent la parole. Le parti comptera plus de 4000 membres en règle lors des élections de 1966, alors que son président, Pierre Bourgault, passe bien près d’être élu dans la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.


Au fond de la salle, le sociologue Guy Rocher écoute les échanges avec attention. « Je suis ici pour deux raisons, me dit-il à l’oreille. D’abord parce que ma femme et son frère, Jean Depocas, sont au nombre des fondateurs du RIN. Ensuite, pour nourrir mon espoir indépendantiste. »

10 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 2 mars 2013 05 h 46

    Cookshire

    Pierre Bourgault est né à East Angus mais sa famille a déménagé, peu après sa naissance, à Cookshire.
    Depuis quelques années, ma femme et moi explorons l'Estrie sous toutes ses coutures.
    L'an passé, nous nous sommes arrêtés à Cookshire. Nous avons demandé à plusieurs résidents où était située la maison où Pierre Bourgault avait passé son enfance. Personne n'a pu nous renseigner. D'ailleurs,la plupart des personnes interrogées ne savaient même pas qui était Pierre Bourgault.
    Je me souviens....

  • Gilles Bousquet - Abonné 2 mars 2013 09 h 09

    Le RIN fait penser à l'ON de M. Aussant

    M. Aussant est aussi électrisant que M. Bourgault mais ne réussit pas plus que LUI à se faire élire ou à faire élire un seul député.

    Beaucoup de membres enthousiastes pour le RIN et l'ON et des idées claires et directes mais peu de votes.

    Beaucoup de théorise mais peu de pratique jusqu'ici dans les 2 cas.

    • Marc Ouimet - Inscrit 2 mars 2013 09 h 49

      c'est peut-être parce qu'ON n'existe que depuis un an environ. faut quand même laisser la chance au coureur. donnez-nous un peu de temps et regardez-nous aller, vous jugerez l'arbre à ses fruits.

    • Yvon Giasson - Abonné 2 mars 2013 11 h 06

      Je ne dirais pas peu de pratique M. Bousquet mais plutôt peu de moyens. Il suffit de se rappeler le débat des chefs lors de la dernière élection où on a "oublié" d'inviter M.Aussant. Peu de moyens offerts aux voix dites émergentes de se faire valoir grâce à la complicité des grands médias. Je me souviens très bien de l'élection de 1970 alors que peu de médias faisaient état de la montée fulgurante du parti québécois dans les dernières semaines avant la date des élections. Difficille pour quiconque de se faire élire lorsque les kodaks ne se tournent à peu près jamais de notre côté...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 2 mars 2013 16 h 51

      « M. Aussant est aussi électrisant que M. Bourgault » ??? À l'évidence, vous n'avez pas connu l'autre. Aucun personnage politique de l'époque n'aurait osé affronter Bourgault dans un débat. Même Trudeau a refusé de croiser le fer avec lui. Quand un fédéraliste au cerveau non totalement obstrué entrait dans une salle pour écouter Bourgault, il en ressortait séparatiste !

    • Claude Lafontaine - Inscrit 2 mars 2013 17 h 04

      Y'a pas de doute là-dessus monsieur Aussant est aussi convainquant pour la cause de l'indépendance que l'était Bourgault (idées claires, toujours clairement et simplement rendues), mais pas aussi électrisant que Bourgault l'était dans les années 60, Bourgault était unique en son genre.

      L'ON est la voix qui, contrairement à d'autres partis qui se disent indépendantistes, ne cesse de parler et de faire la promotion de l'indépendance, une chance qu'on les a ! Malheureusement, comme une autre personne le soulignait, les médias n'en font pas écho. Tout de même, ON progresse, M.Aussant rapportait dernièrement que ON a maintenant 8000 membres, le RIN en avait seulkement 4000 aux élections de 1966.

      Pas facile de "vendre" l'indépendance lorsque tu as peu d'espace médiatique et que les puissantes machines à désinformation se déchaînent contre toi dès que tu bouges, mais par rapport aux années 60 l'idée de l'indépendance a rallié un fort pourcentage de québécois et continue à faire son chemin. J.J Charest a reconnu qu'un Québec indépendant serait viable économiquement et Robert Bourassa après les aventures de Meech et Charlottetown a déclaré en juin 1990 à l'Assemblée nationale son fameux : "quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement". Le référendum de 1995 nous a été volé. Face à la mondialisation de l'économie il est de plus en plus évident que le Québec tirerait mieux son épingle du jeu s'il était indépendant plutôt qu'enchaîné à la fédération Canadienne. Quant à l'essentiel: la protection de notre langue et de notre culture française il n'y a aucun doute que le seul moyen d'y arriver est de nous prendre totalement en charge, c'est suicidaire de croire que la fédération peut nous aider.

      Y'a de l'espoir !

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 3 mars 2013 23 h 16

      Pour ce qui est du nombre de membres du RIN, en fraction de population, un nombre exact de 4000 membres en 1966 reviendrait aujourd'hui à 5680 membres en 2013.

  • François Ricard - Inscrit 2 mars 2013 11 h 25

    Merci au Devoir

    Ni La Presse, ni le Journal de Montréal, n'ont daigné mentionner le fait que l'ON tenait son congrès à Montréal. Mille délégués, ce n'est pas rien. C'est bon pour l'économie de la métropole. Pourtant, le grand silence.
    Liberté de presse, mon oeil!

  • France Marcotte - Abonnée 2 mars 2013 13 h 40

    À retenir..

    «Louis Denoncourt, ancien candidat du RIN [...] regrettait d’avoir entendu beaucoup de jeunes universitaires (lors du colloque?fm) s’en remettre essentiellement aux écrits des intellectuels du parti pour établir son histoire et sa pensée. « Ils sont allés chercher des textes des gens d’en haut dans le parti. À la base, on n’entendait jamais parler de dissensions. Comme d’autres, j’organisais des assemblées de cuisine. On formait des gens. On manifestait. On ne perdait pas de temps à se chicaner !...»

    Intéressant. Plus on est dans la réalité de la lutte, mieux en s'entend...

  • Gaetane Derome - Inscrite 3 mars 2013 14 h 26

    Merci pour ce rappel.

    Merci pour cet article.Pour ceux qui voient une ressemblance entre M.Aussant et Pierre Bourgault je vous invite a ecouter un de ses discours,ce dernier avait une flamme qu'on ne trouve pas chez le jeune et plutot rigide M.Aussant..

    http://www.youtube.com/watch?v=88HDmGKwZi4