Sommet sur l’enseignement supérieur - Refermer la boîte de Pandore

Pauline Marois et François Legault se sont croisés au Sommet sur l’enseignement supérieur.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois et François Legault se sont croisés au Sommet sur l’enseignement supérieur.

« Indéfaisable », a dit la première ministre Pauline Marois de l’indexation des droits de scolarité imposée au terme du Sommet sur l’enseignement supérieur. C’était là l’argument massue qu’elle a énoncé dans la soirée de lundi soir pour convaincre in extremis les associations étudiantes d’appuyer les conclusions du Sommet. Quel que soit le parti qui sera au pouvoir dans les prochaines années, aucun ne sera assez téméraire pour rouvrir la boîte de Pandore. La première ministre n’a peut-être pas réussi avec cet argument à rallier les associations étudiantes autour d’un illusoire « consensus », mais certains libéraux, dont Raymond Bachand et Philippe Couillard, lui donnent raison.

C’est mission accomplie pour le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, clame-t-on au gouvernement. Pour Pauline Marois aussi, elle qui a mis tout son poids dans la balance, ne manquant pas une minute des palabres du Sommet sur l’enseignement supérieur. On risque de voir Pierre Duchesne sur toutes les tribunes au cours des prochaines semaines, à commencer par un passage à Tout le monde en parle diffusé dimanche.


La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a lancé une volée de bois vert au gouvernement lundi soir, sorte de baroud d’honneur, mais elle était là mardi matin, acceptant le prix de consolation que le ministre lui avait réservé, un examen des frais institutionnels obligatoires (FIO), ou frais afférents, par le chantier sur la politique de financement des universités. De son côté, la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Éliane Laberge, se félicitait des mesures touchant les cégeps en région.


Quant à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), elle a fait bande à part, ayant refusé de participer à l’exercice. On peut douter que la FEUQ, à l’issue des assemblées générales de ses associations, reprenne le sentier de la guerre. Or, l’ASSE, déjà profondément divisée, aura bien du mal à se mobiliser en l’absence d’un front commun des associations étudiantes.


Prévisibles


Bien que de mauvaise humeur, les recteurs se sont comportés exactement comme le gouvernement le prévoyait. Ils n’ont pas quitté la table et même la rectrice de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, a participé de bonne grâce à la « farce » qu’elle dénonçait.


On apprenait cette semaine que la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) s’était entendue avec le gouvernement pour que la coupe de 249 millions se transforme en une compression réelle de 62 millions, soit le quart de la note, en 2014 de surcroît plutôt que dans l’année en cours. Une raison pour les recteurs de rentrer dans le rang.


Les recteurs ont une autre raison de ne pas trop maugréer. Chacune des universités doit négocier avec le ministère une forme de « contrat de performance » associé au réinvestissement promis par le gouvernement jusqu’en 2018-2019. Il est toujours difficile, voire périlleux, de mordre la main qui vous nourrit.


À quelques jours du Sommet, le Parti libéral du Québec a dévoilé sa position sur les droits de scolarité : porter la part des étudiants dans le financement des universités de 12,7 %, à l’heure actuelle, à 15 % ou 17 % dans sept ans, pour ensuite indexer les droits de scolarité en fonction de la croissance des coûts des universités, une position qui s’apparente à la hausse qu’a tenté d’imposer le gouvernement Charest avec toutes les suites que l’on connaît.


Cette position est bien théorique puisque seul le candidat à la chefferie Pierre Moreau se revendique des hausses préconisées par son mentor, Jean Charest. Tant Raymond Bachand que Philippe Couillard parlent aujourd’hui de modulation, c’est-à-dire d’augmenter les droits dans certaines familles de programmes, notamment en médecine et en dentisterie. Encore là, Philippe Couillard se montre « prudent », tandis que Raymond Bachand, qui dénonce vertement la simple indexation parce qu’elle ne fournira pas suffisamment de revenus aux universités, convient qu’il ne relancera pas un grand débat sur la question si d’aventure il accède au pouvoir.


Il y a fort à parier que seule la Coalition avenir Québec, lors des prochaines élections, s’engagera à rouvrir le débat avec tous les risques que cela comporte. À l’approche du Sommet, son porte-parole en matière d’enseignement supérieur, Stéphane Le Bouyonnec, parlait d’une « double modulation » : hausse des droits dans les facultés dont l’enseignement coûte cher et hausse aussi dans les « grandes » universités dont les droits passeraient du simple au double en cinq ans. Force est de constater que la CAQ a froid aux yeux.


Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le gouvernement Marois juge que le Sommet est une grande réussite. « Tous les Québécois vont être contents qu’on reste dans une ambiance de paix sociale relative », concède Philippe Couillard. « Il ne faut quand même pas se cacher qu’il y avait une opération de correction politique là-dedans dans le sens que le Parti québécois, ayant participé aux manifestations, bien sûr, se trouvait dans une situation délicate dont il a voulu sortir. Ça fait partie de la politique. »


En ce sens, ceux qui, au PQ, veulent que le parti se recentre crient victoire. Nombre de péquistes croient qu’en tentant de séduire à gauche les sympathisants de Québec solidaire et d’Option nationale, le PQ a perdu de vue que son adversaire le plus menaçant est à droite, à la CAQ, dans les circonscriptions francophones, notamment dans la fameuse couronne de Montréal. Pour ceux-là aussi, c’est mission accomplie.

1 commentaire
  • Simon White - Inscrit 2 mars 2013 12 h 57

    Boîte de Pandore?

    Madame Marois dit de refermer la boîte de Pandore et tout est clos. Même c'était vraiment simple comme solution pour régler ce conflit et forcer les étudiants à retourner à l'école!

    Ne serait-il pas préférable d'avoir une vraie discussion avec les étudiants plutôt que de dire ceci? Le sommet? Passons ...

    Je me demande qu'elle est la meilleure solution à long terme pour assurer que les étudiants supportent le PQ lors des prochaines élections?