Universités - Québec réduit les coupes des trois quarts

Pauline Marois avec le recteur Guy Breton et la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois avec le recteur Guy Breton et la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

En vertu d’une entente intervenue entre les recteurs et le gouvernement Marois, ce n’est que le quart de la coupe de 249 millions en deux ans qui se traduira par des compressions réelles dans les universités.


« Quand on dit “ferme sur les objectifs et souple dans les moyens”, c’en est une belle illustration », a affirmé Joël Bouchard, l’attaché de presse du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne.


Selon ses explications, les universités pourront étaler sur les cinq prochaines années la moitié de la coupe de 124 millions pour l’année 2012-2013. Quant au reste, il devra être absorbé d’ici le 30 avril 2014 plutôt qu’en 2013. La deuxième tranche de 125 millions pour 2013-2014 sera déduite du réinvestissement de 1,76 milliard promis par le gouvernement Marois et réparti sur sept ans, jusqu’en 2020-2021. C’est donc dire qu’en pratique, les universités devront subir une perte de revenus de 62 millions.


« Ce n’est pas une entente secrète », a tenu à préciser l’attaché de presse qui réagissait à un titre du Journal de Québec. C’est le secrétaire général du Conseil exécutif, Jean St-Gelais, qui s’est chargé, au nom du gouvernement, des négociations avec les recteurs, négociations qui ont débuté une semaine avant la tenue du Sommet sur l’enseignement supérieur, a mentionné l’attaché de presse.


Comme l’écrivait Le Devoir dans son édition de mardi, ces négociations n’avaient pas abouti à l’ouverture du Sommet lundi. Les grandes lignes de l’entente préliminaire ont été arrêtées mardi, après la clôture du Sommet, a indiqué Joël Bouchard. Pierre Duchesne s’est entretenu mercredi à ce sujet avec la présidente du conseil d’administration de la Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec (CREPUQ), Luce Samoisette.


L’organisme a confirmé jeudi qu’un accord était intervenu avec le ministère, le tout pour atténuer l’impact des compressions de 250 millions sur les universités. Les ponctions prévues ne disparaissent donc pas, mais comme l’avaient demandé les établissements en conférence de presse dès le 15 février, elles seront assumées à même le réinvestissement promis.


Un accommodement raisonnable


La CREPUQ ne commentera pas officiellement cette entente survenue grâce à des discussions menées jeudi matin encore, tant et aussi longtemps que les instances de l’ensemble des 18 universités membres ne l’auront pas entérinée.


« Je trouve que c’est un accommodement qui est tout à fait raisonnable », estime la présidente du réseau de l’Université du Québec, Sylvie Beauchamp. « Évidemment que nous aurions préféré faire disparaître complètement ces compressions, mais à partir du moment où elles étaient inévitables, mieux valait trouver une manière souple de les imposer. C’est ce que la CREPUQ a réussi à obtenir. Je dirais, comme Mme Marois, que le gouvernement a été “ferme sur l’objectif, mais souple dans les moyens”. »


Dans un communiqué émis mardi, tout juste après la fin du Sommet sur l’enseignement supérieur, la CREPUQ déplorait encore ces compressions de 250 millions, dont les recteurs craignaient les effets néfastes, mais affirmait continuer les tractations. « À court terme, les universités se retrouvent dans une situation plus difficile que jamais […]. Nous avons fait une proposition au gouvernement pour atténuer les impacts négatifs importants et nous poursuivons les discussions », affirmait alors le président-directeur général Daniel Zizian. C’est le fruit de ces échanges qui est dévoilé.


Quant aux perceptions de certains, selon lesquelles les recteurs seraient les grands perdants du Sommet, car ils n’ont obtenu ni la hausse des droits dont ils rêvaient ni non plus le réinvestissement leur permettant de combler l’écart les séparant des universités canadiennes, Sylvie Beauchamp a plutôt l’impression que « l’insatisfaction a été répartie de manière équitable ». « Les universités ne sont pas les grandes perdantes, ni non plus les étudiants ou les syndicats. Le gouvernement a réussi à obtenir de tous les groupes une certaine insatisfaction, et en ce sens-là, il a sans doute réussi ! »


Un travail reste à faire pour « rétablir une certaine confiance dans l’administration universitaire », reconnaît la présidente de l’UQ.


De son côté, le recteur de l’UQAM, Robert Proulx, a expliqué qu’il avait saisi ses services financiers de cette proposition d’étalement sitôt la nouvelle confirmée. « On ne peut pas encore apprécier l’effet de cet étalement pour l’UQAM, et dire quel sera l’impact de la proposition. Nous sommes en train d’évaluer cela, et nous devons toujours soumettre ce scénario à notre conseil d’administration », a-t-il expliqué jeudi.


L’UQAM, avec une ponction exigée de 12,9 millions pour l’année 2012-2013, éprouvait comme d’autres d’énormes difficultés à subir ces compressions malvenues. « Nous n’arrivions pas à remplir la commande, et comme la première ministre avait montré de l’ouverture dans les moyens, il y a eu des discussions pour trouver une manière de faire. »


L’opposition


L’opposition libérale a réservé ses commentaires pour plus tard. Mais du côté de la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière d’enseignement supérieur, Stéphane Le Bouyonnec, s’est dit satisfait du « recul » du gouvernement. « Au Sommet, nous avons martelé qu’il fallait mettre fin à la coupe. C’était le plus important », a-t-il dit. « Mais ça ne règle en rien le sous-financement des universités. » Le député a ajouté qu’en diminuant le réinvestissement à venir dans les universités, le gouvernement Marois ne respectera pas sa promesse d’injecter les 800 millions que rapportait la hausse des droits de scolarité du gouvernement libéral.

12 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 1 mars 2013 00 h 44

    Petits cachotiers péquistes, va

    Quand cela est fait par le PQ, on doit dire que c'est correct, que c'est pour la nation, j'imagine chers partisans péquistes. Mais quand les libéraux cachaient un peu la vérité, Mme Marois et ses députés péquistes ne se gênaient pas pour déchirer leur chemise sur la place publique. Qui ne se rappelle pas des foulards blancs de Mme Marois?


    Un vieux dicton: qui vole un oeuf vole un boeuf. Que ce soit un petit mensonge ou un gros c'est un mensonge, qu'il soit payant ou pas.

    • Daniel Paquin - Abonné 1 mars 2013 07 h 21

      Lorsque que quelqu'un lit le message à moitié c'est le genre d'interprétation qui est véhiculé.

      L'article du journal de Montréal d'hier disait ceci. "Selon nos sources, l’accord a été gardé secret en raison de la résistance de certains recteurs qui ne voulaient pas déplaire au Parti libéral et à la Coalition avenir Québec qui ont défendu les universités pendant plusieurs semaines, incluant le Sommet à Montréal, implorant le gouvernement d’annuler les compressions de 250 millions."

      Donc Mme. Dionne pour votre dicton, on repassera.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mars 2013 08 h 33

      Il n'y a pas ici de vol, Mme Dionne. Il faut distinguer entre stratégie et mensonge et en politique, une stratégie ouverte n'est plus une stratégie. Cessez donc cette désinformation un peu primaire et assez lassante.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Armand Robitaille - Inscrit 1 mars 2013 08 h 54

      Sauf qu'ici, c'est pour une bonne nouvelle. Et c'est vous qui prétendez à un mensonge. Les libéraux eux, quand ils retournaient leurs chemises c'est parce que la population leur signifiait à coup de pied au c..

      Ici, la population n'a rien fait pour cela. Je ne porte pas de lunettes, mais il me semble que ça frappe aux yeux.
      Avant que je défendre les libéraux, les poules pondront des oeufs rouges drapeau canadien, le drapeau qui donne froid dans le dos.
      Bonne journée

      Armand Robitaille

    • Marc-André Fortier - Abonné 1 mars 2013 18 h 38

      Madame Dionne, je crois qu'il est nécessaire actuellement de faire fi de l'appartenance à un parti ou à un autre, l'ensemble des québécois devra vivre encore longtemps avec le lourd héritage laissé derrière lui par Jean Charest.

      Que vous soyez heureuse ou non de vous retrouver avec un gouvernement péquiste ne doit en aucun cas occulter le tort fait à la population en entier par les actions de l'administration précédente, refusez de reconnaître cela donnera toujours lieu à des échanges stériles. Comme population nous avons été floués sans aucun égard au fait que nous soyons « bleu ou rouge » et c'est avec ce constat que nous devons rebâtir la confiance des québécois envers nos institutions.

      Alors comme l'écrit monsieur Paradis plus haut, faisons un effort pour éviter la désinformation et la démagogie, lorsque notre société sera remises nous aurons tout le loisir de débattre des mérites de la souveraineté ou du fédéralisme. En attendant nous avons du travail à faire.

  • Denis Robidoux - Inscrit 1 mars 2013 08 h 29

    Le sommet de la tromperie

    Cette entente secrète prouve bien que le sommet n´était qu´une foire , un cirque pour épater la galerie.
    Les vrais décisions ont été prises en dehors ,à l´abris des regards et des oreilles.

    • Solange Bolduc - Abonnée 1 mars 2013 09 h 55

      Êtes-vous certain d'avoir bien lu l'article ? J'en doute !

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 mars 2013 10 h 25

      Veuillez expliquer votre indignation. Les coupures ont été annoncées avant le sommet, et elles sont toujours en vigueur. Elles ont seulement été réparties différemment.

  • Solange Bolduc - Abonnée 1 mars 2013 09 h 53

    Mettre la charrue avant les Boeufs !

    Il semble assez évident qu'au Sommet, l n'y a pas eu suffisamment de temps de parole, mais à l'évidence, et ce qu'on nous en rapporte, les négociations avaient débuté avant et se sont poursuivies après le Sommet:

    « Ce n’est pas une entente secrète », a tenu à préciser l’attaché de presse qui réagissait à un titre du Journal de Québec. C’est le secrétaire général du Conseil exécutif, Jean St-Gelais, qui s’est chargé, au nom du gouvernement, des négociations avec les recteurs, négociations qui ont débuté une semaine avant la tenue du Sommet sur l’enseignement supérieur, a mentionné l’attaché de presse.


    Bravo Dame Dialogue, et à son ministre Duchesne que certaines qualifiaient d'incompétent. Le contraire s'est produit!

    Comme quoi il ne faut jamais mettre la charrue avant les boeufs ! Ou supputer dans le vide !

    • Solange Bolduc - Abonnée 1 mars 2013 20 h 17

      L'expression c'est "Mettre la charrue devant les boeufs"

      Je m'en excuse !

    • Simon White - Inscrit 1 mars 2013 20 h 54

      Pas si certain que les étudiants soient tous d'accord avec votre analyse des résultats Madame Bolduc.

      Mais si cela vous fait plaisir de le croire ... Allez-y!

  • Simon White - Inscrit 1 mars 2013 20 h 44

    Je suis en accord avec Madame Dionne

    Un mensonge reste un mensonge!

    L'honnêteté attire la confiance peu importe les excuses!

    Point final!