Commission Charbonneau – Le d.g. de Montréal parfois impuissant face à la collusion

L'ancien directeur général de Montréal de 2006 à 2009, Claude Léger. Dès son entrée en fonctions, il a reçu le rapport du vérificateur interne Denis Savard soulignant que 56 % des contrats étaient octroyés à quatre groupes d'entreprises.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L'ancien directeur général de Montréal de 2006 à 2009, Claude Léger. Dès son entrée en fonctions, il a reçu le rapport du vérificateur interne Denis Savard soulignant que 56 % des contrats étaient octroyés à quatre groupes d'entreprises.

Claude Léger, qui a pris la relève de Robert Abdallah à la direction générale de la Ville de Montréal, a donné l’impression d’un fonctionnaire incapable d’agir sur la collusion ou d’influencer les décisions des élus, même les plus malavisées.

M. Léger était directeur général lorsque le comité exécutif a décidé de vendre les terrains du Faubourg Contrecœur au rabais à Paolo Catania.

M. Zampino a mis «de la pression» sur Claude Léger et d’autres fonctionnaires pour autoriser la vente, malgré l’opposition marquée du directeur des transactions immobilières, Joseph Farinacci.

M. Léger ne s’est pas battu bien fort pour empêcher la vente à rabais. «Si c’était la volonté des élus, je ne voyais pas en quoi, comme directeur général, je pouvais m’y opposer», a-t-il dit. à la commission Charbonneau.

Mal outillé

L’ex-directeur général de la Ville s’est présenté comme un fonctionnaire intègre qui a fait de son mieux pour endiguer collusion, bien que ce rôle doit revenir à la police, selon lui.
Il se sentait mal outillé pour régler ces problèmes dont il a pris connaissance dès son entrée en fonction. «Moi comme fonctionnaire, je ne me sentais pas très bien équipé pour faire face à ça», a-t-il dit.

M. Léger avait reçu sous pli confidentiel, en 2006, une étude accablante sur la mainmise qu’exerçaient Simard-Beaudry/Louisbourg, Infrabec, CSF/Mirabeau et Sintra/Pavage Moto sur les contrats d’infrastructures. Les quatre groupes avaient remporté 56 % des contrats en 2005, pour un total de 51 millions de dollars.

M. Léger n’était pas étonné par la domination de ces entreprises qui étaient déjà les plus grosses et les mieux équipées dans l’industrie. Il a cependant discuté des moyens de prévenir la collusion avec le président du comité exécutif, Frank Zampino. Son seul regret est d’avoir caché l’existence de cette étude à Gérald Tremblay, présumant qu’il serait mis au courant par Frank Zampino.

Claude Léger a quitté son poste en 2009, emporté dans la tourmente du scandale du contrat des compteurs d’eau. Dans un entretien au Devoir, en novembre dernier, il s’était dit «horrifié» par les révélations de la commission Charbonneau.

Il estimait qu’il s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, et il ne cachait pas son étonnement devant l’ampleur de la collusion. M. Léger se rangeait dans la même catégorie que l’ex-maire Gérald Tremblay. «On travaillait ensemble pour lutter contre ce que l’on voit maintenant. Je n’ai pas réussi à les attraper; c’est mon drame personnel», disait-il.

M. Léger se disait conscient des risques de collusion à l’externe, tout en avouant que la corruption interne des fonctionnaires tels que Gilles Surprenant et Luc Leclerc l’avait désarçonné.

«Serpent à sonnettes»

M. Léger n’était pourtant pas insensible à la corruption, comme il l’a révélé à la commission jeudi. Il s’est déjà fait offrir un pot-de-vin, vers 1988-1989, à l’époque où il était ingénieur directeur des services techniques à Montréal-Est. Il a soutenu que l’entrepreneur Tony Catania, de CatCan, avait poussé une enveloppe en sa direction, à la fin d’un repas au restaurant, en lui disant: «tiens Claude, tu prendras du bon temps avec ta famille dans le temps des Fêtes».

«C’est comme s’il m’avait sorti un serpent à sonnettes sur la table », s’est exclamé le témoin, qui a repoussé l’enveloppe. «J’ai dit "monsieur Catania, là, vous remettez ça dans votre poche et je ne veux plus jamais qu’on entende parler de ça à la Ville de Montréal-Est". Ça a duré 30 secondes. Dans le fond, je ne sais même pas ce qu’il y avait dedans » l’enveloppe, a-t-il ajouté.

«Ça va très vite. Vous avez comme 30 secondes pour prendre une décision qui change votre vie, a-t-il raconté, encore ébranlé. Ça a été mon premier contact avec une tentative de corruption et je vous dirais qu’il n’y en a jamais eu d’autres par la suite.»

Avec La Presse canadienne

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