Commission Charbonneau - Robert Marcil prête des intentions vengeresses à Michel Lalonde

L'ingénieur Marcil était alors interrogé devant la Commission Charbonneau sur la question des comités de sélection au sein de la Ville.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L'ingénieur Marcil était alors interrogé devant la Commission Charbonneau sur la question des comités de sélection au sein de la Ville.
Robert Marcil a prêté des intentions vengeresses à Michel Lalonde, l'ingénieur qui l'a impliqué dans les stratagèmes de collusion dans l'octroi des contrats à Montréal.
 
M. Marcil a réfuté en bloc le témoignage du p.-d.g. de Génius, mercredi matin à la commission Charbonneau.
 
Après son départ de la Ville, à l'été 2009, M. Marcil a été embauché par le Groupe SM. Michel Lalonde est devenu dès lors un rival dans le marché «extrêmement compétitif» du génie conseil.
 
Selon Robert Marcil, Michel Lalonde l'a impliqué dans la collusion parce qu'il a refusé une offre d'emploi de sa part, et parce qu'il a réussi à lui subtiliser du personnel et à briser son monopole sur les contrats dans l'est de Montréal depuis qu'il œuvre au sein de SM.
 
«Monsieur Lalonde a plusieurs bonnes raisons de m'en vouloir, a-t-il expliqué mercredi matin à la commission Charbonneau. En me visant personnellement, on vise également SM. Ça fait partie d'une technique pour discréditer Robert Marcil et SM.»
 
Le commissaire Renaud Lachance a paru sceptique. «Vous vous donnez beaucoup d'importance», a-t-il dit. M. Lachance s'est demandé quel intérêt Michel Lalonde avait-il de mentir à la commission pour se venger d'un rival, avec tous les risques que comporte une accusation de parjure.
 
Tir rajusté

M. Marcil a laissé entendre que dans le marché compétitif du génie conseil, il aurait possiblement menti lui aussi pour embarrasser un concurrent. Lorsqu'il a réalisé l'émoi que provoquait sa réponse chez la juge France Charbonneau, il a rajusté son tir.
 
Il s'est attiré les foudres de la juge lorsqu'il a réitéré qu'il ignorait tout de la collusion dans l'octroi des contrats. Même lorsque son ami Bernard Trépanier, responsable du financement chez Union Montréal, l'a questionné sur les résultats de certains comités de sélection, il n'a pas flairé les problèmes.
 
«Êtes vous en train de nous dire que vous êtes un imbécile et un incompétent?», a lancé la juge Charbonneau.
 
Lors de son passage à la commission Charbonneau, Michel Lalonde a expliqué que Robert Marcil était un rouage important dans le stratagème de collusion. À titre de directeur des travaux publics, il siégeait régulièrement sur les comités de sélection et il pouvait s'assurer que les contrats soient accordés aux firmes désignées conjointement par Michel Lalonde et Bernard Trépanier.
 
M. Lalonde a même dit qu'il avait remis 2000 $ à Robert Marcil pour huiler la mécanique d'un comité de sélection en particulier. «Je maintiens que je n'ai pas reçu d'argent de M. Lalonde», a dit Robert Marcil.
 
Le procureur Denis Gallant a mis sa parole en doute. Mardi, M. Marcil a dit qu'il n'avait jamais transmis d'informations privilégiées aux entrepreneurs sur des contrats à venir à la Ville. Confronté à ses propres textos avec Giuseppe Borsellino, le patron de Construction Garnier, il s'est rendu à l'évidence mercredi matin. Oui, il a transmis des informations sensibles à M. Borsellino, contribuant ainsi à fausser le jeu de la libre concurrence.
 
La commission s'est intéressée au rôle joué par M. Marcil dans la formation des comités de sélection. Plus il montait en grade à la Ville, plus il s'impliquait activement dans ces comités, lui ont fait remarquer M. Lachance et Mme Charbonneau. 
 
À la fin de sa carrière, M. Marcil était à la tête d'un service qui comportait 250 employés et qui donnait des contrats annuels d'une valeur de 230 millions. Les commissaires jugent curieux qu'un fonctionnaire si haut placé s'impliquait aussi activement dans des tâches cléricales.
 
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