Qui sont les nouveaux élus? - L’appel de l’engagement politique

Jean-François Lisée est ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Jean-François Lisée est ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur.

Il y a six mois à peine, ils ont choisi de se lancer dans le vide et de mettre leur destin entre les mains des électeurs. Tous, quel que soit le parti, ont choisi de s’engager en politique pour faire bouger les choses, mais certains découvrent la dure réalité des jeux politiques. Le Devoir est allé à la rencontre de nouveaux élus.

Certains le voient déjà comme le futur chef du Parti québécois. Mais Jean-François Lisée jure que cela ne fait pas partie de ses plans. Sa seule ambition, répète-t-il, c’est d’être le « ministre du premier gouvernement souverainiste du Québec ». Et c’est avec Pauline Marois qu’il entend y arriver.


« Ça m’embête quand les gens disent ça [qu’il aspire à devenir premier ministre], parce que ce n’est pas mon ambition. Mon plan de carrière, c’est d’aider Pauline Marois à faire la souveraineté. Ça fait longtemps que je dis cela, mais je pense qu’il faut une femme pour faire la souveraineté du Québec. Et je n’ai pas ce qu’il faut pour cela. »


Dans son bureau, au Centre de commerce mondial de Montréal, Jean-François Lisée semble décontracté malgré un horaire réglé au quart de tour. Déjà, dans le vestibule, le prochain rendez-vous patiente avec les journaux du matin. Mais le ministre se livre patiemment, racontant avec plaisir ses rêves de petit garçon. « Oh ! ce n’est pas très original, répond-il, sourire en coin. J’étais très Tintin. Je voulais être astronaute, je voulais être pilote de formule 1, je voulais être Bob Morane. »


Ses yeux brillent, il rit, revoyant le petit garçon de huit ans planté devant le téléviseur familial à Thetford Mines pour écouter son oncle Doris Lussier, le célèbre Père Gédéon, qui donnait une entrevue sur l’indépendance du Québec.


« C‘était l’époque où l’on voyait les énormes camions qui agrandissaient l’île Notre-Dame avec les remblais du métro. Alors moi, j’avais compris que ce que Doris disait, c’était qu’on allait mettre le Québec dans ces gros camions et qu’on allait l’amener ailleurs. Et j’ai dit : “est-ce qu’on pourrait l’amener plus vers le sud ?” »

 

Engagement politique


Curieux de nature, il est vite allé chercher des réponses. Et celles-ci se trouvaient, pour lui, au Parti québécois. À 14 ans, il était membre du PQ et, deux ans plus tard, il était à l’exécutif de la circonscription de Frontenac.


Comme journaliste, il a été de Paris à Washington, s’interrogeant sur les solutions politiques qui pouvaient être transposées au Québec. Puis il a oeuvré pendant cinq ans à titre de conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Il a tergiversé, s’est dirigé vers les politiques sociales, puis internationales, à titre de cofondateur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). « Mais j‘avais quand même des choses à dire sur la stratégie souverainiste et je me sentais une responsabilité de remettre les pendules à l’heure. »


Lorsque Pauline Marois a pris les rênes du parti, cela a « rallumé » son sens de l’engagement politique, car il était convaincu - et l’est toujours - que c’est elle qui mènerait le Québec vers la souveraineté. Elle l’a sollicité pour les élections partielles dans Bourget en 2008, mais il hésitait. « J’étais bien au CERIUM », affirme-t-il.


Puis il y a eu le printemps érable. L’idée de voir Jean Charest reporté au pouvoir lui était devenue tout simplement « intolérable ». Alors, il a fait le saut, malgré « le contrat de [sa] vie » qu’il venait tout juste de négocier avec Québecor. « Au début de l’été, j’ai vu que ça allait être inévitable, que si des élections étaient déclenchées, je ne pourrais pas dire non. »


Cicatrices


Les attentes étaient élevées à l’égard de ce stratège de l’ombre et fin observateur du milieu politique. Ses premiers mois comme ministre des Relations internationales ont néanmoins été ponctués de quelques ratés. « Les gens avaient tort de me surestimer, répond-il en riant. Je n‘arrêtais pas de leur dire d’arrêter de dire ça parce que je le savais, moi, que je n’étais pas aussi bon que ça. »


Il savait que ça allait être difficile. Et il se demandait s’il allait avoir la résilience nécessaire pour surmonter cela. Il l’a eue, constate-t-il, mais il avoue aussi rester néanmoins marqué par l’automne. « Quand on est dans le combat politique, c’est normal d’avoir des cicatrices. »


Père de quatre enfants, il dit être « extrêmement dur » lorsque vient le temps de « protéger les zones » entre la famille et le travail. Pas question, explique-t-il, de mettre quoi que ce soit à l’agenda les soirs où il a la garde de ses deux aînés. « Il faut sanctuariser les périodes avec les enfants. »


Il a même refusé de souper avec le prince de Monaco pour cette raison, raconte-t-il. Confortablement calé dans son grand divan, Jean-François Lisée hésite quelques secondes avant d’ajouter, l’air coquin : « Il est vrai que la princesse n’était pas là ! »

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