Les libéraux maintiennent le cap sur les hausses

Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a dévoilé vendredi le mémoire de son parti en prévision du Sommet sur l’enseignement supérieur.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a dévoilé vendredi le mémoire de son parti en prévision du Sommet sur l’enseignement supérieur.

Québec — Le Parti libéral du Québec persiste et signe : il propose une hausse des droits de scolarité comparable à l’augmentation qu’a tenté d’imposer le gouvernement Charest.

Une nouveauté toutefois : les libéraux préconisent maintenant une modulation des droits de scolarité en fonction du coût réel des différents programmes universitaires. Cette modulation serait pondérée pour éviter des écarts trop marqués. Cette proposition de modulation est en tous points conforme à celle qu’a proposée la Coalition avenir Québec.


C’est ce qui ressort du mémoire que le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a dévoilé vendredi en prévision du Sommet sur l’enseignement supérieur et qui s’intitule Enseignement supérieur : qualité, accessibilité et équité.


« Actuellement, un étudiant contribue à 12,7 % des revenus des universités alors qu’en 1965, cette part était de 26 %. Dans ce contexte, nous croyons que le bénéficiaire doit participer au rattrapage à la hauteur d’une fourchette se situant entre 15 % et 17 % de l’enveloppe globale des revenus des universités », peut-on lire dans le mémoire. Dans un document du budget Bachand 2011-2012 qui introduisait la hausse des droits, la contribution des étudiants était fixée à 16,9 %.


Une fois le rattrapage effectué, les droits universitaires seraient augmentés en fonction de la croissance des coûts des universités, soit une moyenne de 3,5 %. C’est le scénario d’indexation le plus élevé parmi les trois scénarios présentés par le gouvernement Marois en vue du Sommet.


Le mémoire ne fournit pas de chiffres précis sur la contribution supplémentaire exigée des étudiants en raison de la modulation. Mais, en moyenne, celle-ci ne s’écarterait pas trop de la hausse de 1850 $ en sept ans planifiée par le gouvernement Charest. Elle pourrait s’avérer légèrement moindre, a-t-on indiqué.


Le PLQ rejette d’emblée la gratuité. « La contribution étudiante est une question de principe. La gratuité pour eux [les étudiants] consisterait à faire assumer l’ensemble de la facture aux contribuables, dont 80 % n’ont jamais fréquenté l’université », soutiennent les libéraux.


Accorder le droit de grève aux étudiants est à rejeter parce que « ce qui doit être défendu par le gouvernement, ce n’est pas le droit de grève, mais le droit d’apprendre », peut-on lire par ailleurs.

 

Doubler les droits dans les « grandes » universités


Du côté de la CAQ, son porte-parole en matière d’enseignement supérieur, Stéphane Le Bouyonnec, a dit craindre que « la montagne accouche d’une souris ». Il a insisté sur l’importance pour le gouvernement Marois d’annuler les coupes « sauvages » de 124 millions imposées aux universités.


De façon originale, la CAQ propose d’établir au Québec deux classes d’université, la première, locale, et la seconde, de classe mondiale. Les « grandes » universités, comme l’Université de Montréal, l’Université McGill, l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke, seraient « libéralisées », a dit le député, et pourraient à ce titre hausser à leur convenance leurs droits de scolarité moyens de 15 % par année pendant cinq ans, a indiqué le député caquiste. Cela équivaut à doubler les droits actuels de 2168 $ au terme de cinq ans, et c’est davantage que les augmentations préconisées par le gouvernement Charest.


Pour les universités locales, c’est-à-dire le réseau de l’Université du Québec, ce serait l’indexation qui s’appliquerait.


À cela s’ajoute la modulation des droits, qui pourraient être supérieurs en médecine, en médecine vétérinaire ou en dentisterie, par exemple, et inférieurs en sciences humaines.


« Nous n’acceptons plus d’être la seule juridiction au monde où les frais de scolarité sont les mêmes, peu importe l’université, peu importe le programme. Ça n’existe nulle part ailleurs », a avancé Stéphane Le Bouyonnec. Il faut sortir du « psychodrame » de la négociation centralisée. « Ce moule-là, on souhaiterait le casser », a-t-il ajouté.


Le député caquiste a souligné que les universités québécoises font face à un déficit de plus de 2,2 milliards, composé notamment d’un important déficit d’entretien de l’ordre de 1,6 milliard.


 
17 commentaires
  • Michel Labelle - Inscrit 23 février 2013 09 h 23

    Utilisateur payeur

    «Le PLQ rejette d’emblée la gratuité. « La contribution étudiante est une question de principe. La gratuité pour eux [les étudiants] consisterait à faire assumer l’ensemble de la facture aux contribuables, dont 80 % n’ont jamais fréquenté l’université », soutiennent les libéraux.»

    Dans le cadre du principe «utilisateur payeur» prôné par les libéraux, le PLQ est-il prêt à assumer la cohérence qui veut que le «non-utilisateur ne soit pas payeur» ? Ainsi, si je n'ai plus d'enfants à l'école, dois-je continuer à payer des taxes scolaires ?

    Et combien d'autres situations semblables !

    Pas fort comme principe !

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 février 2013 16 h 23

      C’est les libéraux qui vont payer par mon vote et celui de milliers d’autres.

      Hydro-Québec perdra 1,5 milliard $ d’ici 10 ans pour des surplus d’électricité imposés par les libéraux.

      Et maintenant, les libéraux se tournent vers les étudiants pour leur soutirer plus d’argent.

      Ils n’auront plus jamais ma confiance ni mon vote .

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 23 février 2013 09 h 45

    Argument simpliste

    « La gratuité pour eux [les étudiants] consisterait à faire assumer l’ensemble de la facture aux contribuables, dont 80 % n’ont jamais fréquenté l’université », dixit Fournier. Raisonnement simpliste s’il en est! C’est comme dire pourquoi devrait-on avoir des programmes d’assistance aux démunis ou aux assistés sociaux quand l’ensemble de la facture est assumé par des contribuables qui n’ont jamais été sur l’assistance sociale ou en situation précaire.

    Ou bien pourquoi, si je n’ai pas d’auto, devrais-je payer pour les autoroutes! Ou bien encore, pourquoi si je n’ai pas d’enfants dois-je payer les taxes scolaires, ou les services aux ainés? etc., etc. Ce genre d’argumentation antisocial mène tout droit à de graves problèmes sociaux, civils même.

    L’indexation, pour le moment, semble un juste milieu entre la gratuité et l’augmentation à outrance envisagée par les libéraux. Dans l’idéal, la gratuité est faisable à la condition toutefois que le rendement scolaire soit un prérequis dans toutes les facultés (y compris les sciences sociales et humaines). L'éducation enrichit toute la société et c'est toute la société qui, à la longue, y gagne.

    Par contre, on doit s’attendre à ce qu’un étudiant du secondaire ou du collégial qui désire se rendre jusqu’à l’université ait d’excellentes notes afin d’éviter un nombre trop élevé de jeunes décrocheurs universitaires qui coutent très chers à l’État.

    qui s’essaient à des études supérieures d’excellentes à de très bonnes notes au secondaire et au collégial. Sinon ce serait de l’argent gaspillé en vain.

    • Georges Washington - Inscrit 23 février 2013 13 h 17

      Je suis assez d'accord avec la majorité de votre argumentaire. Par contre, je crois qu'il faut faire attention aux conditions que l'on veut imposer sous prétexte que les étudiants qui ne complètent par leur bac dans le nombre requis d'années sont coûtent cher à l'Etat et sont donc une perte sèche à la fin.

      Le contexte actuel ne permet pas toujours à un jeune de bien déterminer dans quel domaine il veut aller. Il arrive assez fréquemment qu'il lui faille faire quelques cours, une session ou deux avant de réaliser que ce n'est pas ce qu'il veut faire dans la vie ou bien même de découvrir des domaines dont il ignorait l'existence.

      Si certains savent depuis le secondaire ce qu'ils veulent faire plus tard, tant mieux pour eux, mais ce n'est pas le cas de tous. Ces choix sont souvent guidés par ce que le jeune connaît du monde à ce moment précis de son existence. L'arrivée au CEGEP et à l'université lui ouvrira sans doute de nouveaux horizon. Il faut donc tolérer ces changements de programme en cours de route. L'orientation professionnelle n'est pas une science exacte.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 février 2013 16 h 26

      Il doit y avoir une contre-partie de la gratuité ou quasi-gratuité universitaire . Des balises doivent être mises en place :

      1.- Les critères d'admission dans les programmes doivent être justes mais non laxistes.
      2.- Le nombre d'années pour terminer un programme doit être raisonnablement limité.
      3.- En entreprenant ses études, l'étudiant s'engage à rembourser à l'État le vrai coût de ses études s'il quitte le Québec avant d'y avoir travaillé un certain nombre d'années, au prorata du nombre d'années.
      4.- Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s'en aller ailleurs ensuite.

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 février 2013 11 h 29

      « Par contre, on doit s’attendre à ce qu’un étudiant du secondaire ou du collégial qui désire se rendre jusqu’à l’université ait d’excellentes notes afin d’éviter un nombre trop élevé de jeunes décrocheurs universitaires qui coutent très chers à l’État. (M. Guimont) » ?

      Votre vision élitiste de l'université me dérange. À mon sens, cette institution devrait être le plus inclusive possible afin de permettre à ceux qui le désirent d'enrichir ses connaissances tout en développant son sens critique. C'est vrai qu'on peut être autodidacte, mais à mon avis, cette situation n'est pas idéale et certaines personnes ont besoin d'être encadrées pour se développer intellectuellement. J'ai le sentiment que vous percevez l'éducation avant tout comme un moyen d'augenter notre PIB (« L'éducation enrichit toute la société [...] » ; « « Sinon ce serait de l’argent gaspillé en vain. ») tandis que l'éducation, à mon sens, devrait être là avant tout pour développer le plein potentiel des individus (et tant mieux si cela contribue à augmenter notre PIB...). Mais bon, tout cela est une question de valeurs...

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 24 février 2013 16 h 15

      Si on est pour la gratuité il faut qu’il y est des barèmes d’excellence, ce n’est pas de l’élitisme mais du simple bon sens.

      Mais si vous entendez une élite intellectuelle, je suis d’accord, une personne douée pour les études supérieures ne doit jamais être restreinte par une question d’argent.

  • Martin Maynard - Inscrit 23 février 2013 11 h 27

    Avancement typique du PLQ

    On sort des chiffres d'on ne sait trop où, pas de référence, analyse pauvre de la problématique, on laisse planner que les frais n'ont jamais augmentés depuis les années 1960, on ne regarde pas les autres variables du problème, bref de la petite propagande électoraliste, qui malheureusement fonctionne au Québec.
    Est-ce qu'il se sont seulement questionnés sur les effets à long terme d'une augmentation radicale en si peu de temps?
    Est-ce qu'ils se sont interrogés sur pourquoi ça coûte si cher aujourd'hui l'éducation superieure?

    En ce qui concerne la poposition de la CAQ, pourquoi ne pas immédiatement fermer les Universités du Quebec, puisque c'est ce que leur proposition va donner de toutd façon?

  • Mario Jodoin - Abonné 23 février 2013 14 h 08

    Comparaisons...

    Dans cet article, on cite le mémoire du PLQ qui base en partie ses recommandations en disant «Actuellement, un étudiant contribue à 12,7 % des revenus des universités, alors qu'en 1965, cette part était de 26 %»

    Et, en 1965 (pourquoi ne pas avoir parlé de 1865...), qu'elle était la part des frais médicaux qui était payée par les patients (c'est avant l'assurance-maladie). Veut-on revenir à cette époque?

    «80 % n’ont jamais fréquenté l’université»

    En plus de l'argument de Michel Labelle que j'appuie («Ainsi, si je n'ai plus d'enfants à l'école, dois-je continuer à payer des taxes scolaires ?»), cette proportion est tout simplement fausse! Ce taux (80 %) correspond plutôt à la proportion (y inclus les personnes âgées qui la fréquentait très peu et les jeunes de 15 à 19 ans...) de Québécois qui n'ont pas de diplômes universitaires (en fait 79 % en 2012, selon le fichier cansim 282-0209). À la page 67 de http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/p , on peut voir que le taux d'accès des jeunes à des «Programmes d’études conduisant au baccalauréat» était en 2010-2011 de 44,7 % . Avec plutôt 55 % qui n'y accèdent pas, on est bien loin du 80 % du mémoire du PLQ!

    Bref, même en appliquant le principe de l'«utilisateur payeur» à un service public, ce que je conteste d'emblée, le PLQ trompe la population en utilisant de fausses données.

  • Benoit Toupin - Abonné 23 février 2013 16 h 02

    Utilisateur-payeur ou mise en commun

    Le PLQ, sans l'avoir clairement exprimé, nous entrainait depuis 2003 vers des services publiques sujet à tarification; l'utilisateur payeur. Le principe a été éludé des campagnes électorales parce qu'il n'était pas très vendeur, mais après les élections on se tournait vers ce principe aussi souvent que possible.

    Le principe de l'utilisateur-payeur peut conduire à des réflexes dangereusement individualistes, ce qui n'est pas souhaitable pour le maintien d'une solidarité indispensable au bien-être de tous les individus. L'utilisateur-payeur n'est pas un mauvais principe en soi, si des programmes d'aide, à la pièce ou des mesures fiscales viennent faire en sorte que les plus démunis ne soient pas privés des services. Mais s'il faut des programmes d'aide et des mesures fiscales pour chaque service tarifé, je ne voit pas où sont les économies et les avantages; payer des impôts ou des impôts et des tarifs, le résultats est le même... Monsieur Fournier semble oublier que la poche du contribuable et les goussets de l'état sont des vases communicants. D'où la futilité de son argument. Sa vision est un leurre, un appât à votes, qui a l'inconvénient de diviser.

    La mise en commun des ressources par les impôts et les taxes, lorsque les programmes sont ciblés sur les bonnes priorités, est un investissement très profitables pour les plus riches comme les plus démunis; une société solidaire peut accomplir de grand projet et donner de grandes opportunités à ses citoyens. Les grandes priorités d'une société saine ne sont-elles pas la santé, l'éducation, et la solidarité sociale. Celà étant les outils sont disponibles pour une économie responsable, stable et prospère. D'où la nécessité de mettre nos ressources financières en commun pour des services en santé et en éducation qui sont accessibles à tous et de qualité. Vive les bons impôts et les bonnes taxes... Et ce pour les individus et les corporations... Notre chez soi et notre chez nous est à décorer; mettons-y du nôtre.

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 février 2013 10 h 40

      « Les grandes priorités d'une société saine ne sont-elles pas la santé, l'éducation, et la solidarité sociale. (M. Toupin) » ?

      Dans vos « grandes priorités d'une société saine » M. Toupin, j'ajouterais la protection de l'environnement. Une valeur qui, à mon avis, devrait être défendue autant par la gauche que par la droite ; ceux qui placent l'économie avant cette valeur font fausse route à mon sens.

    • Benoit Toupin - Abonné 24 février 2013 12 h 06

      Je suis tout à fait d'accord avec vous Monsieur Boulanger, c'est un grave oubli de ma part. Les Libéraux nous ont habitués au message que l'économie est la priorité... comme s'ils étaient les seuls aptes à s'occuper de l'économie. Mon point était qu'une société saine est le terreau d'une économie saine et durable et non l'inverse, comme les libéraux essaient de nous faire croire. Si l'environnement est laissé à l'abandon, si le climat social est mauvais, si la solidarité nourrit l'insécurité, il y a de bonne chance que l'économie soit en mauvaise posture. Les pays scandinave sont un bon exemple de l'importance de à apporter à cet équilibre gagnant entre la justice social, les préoccupations envirommentals et l'économie. Cette dernière est instrument plutôt qu'une fin.