Graham Fraser au Devoir - Le poids démographique des anglophones ne devrait pas déterminer leurs droits

Graham Fraser
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Graham Fraser

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, met en garde le gouvernement du Québec contre la tentation d’utiliser le poids démographique de la communauté anglophone pour déterminer ses droits, comme le prévoient certaines dispositions du projet de loi 14 modifiant la Charte de la langue française.


De passage à Québec cette semaine, Graham Fraser a rencontré Diane De Courcy, ministre responsable de la Charte de la langue française, et Jean-François Lisée, ministre responsable de la région de Montréal. Il en a profité pour leur soumettre ses préoccupations concernant le projet de loi visant à consolider la place du français au Québec.


Rappelons qu’avec son projet de loi, le gouvernement péquiste propose notamment que le statut bilingue des municipalités comportant une proportion d’anglophones inférieure à 50 % puisse leur être retiré.


« Je suis plutôt mal à l’aise avec l’utilisation des pourcentages pour définir la vitalité d’une communauté, parce que ça laisse la croissance de la majorité définir et, parfois, enlever certains services ou droits à la communauté minoritaire », a-t-il expliqué lors d’un entretien avec Le Devoir.


À titre d’exemple, il cite le cas des anglophones de Sept-Îles, au Québec, qui, même s’ils sont plus nombreux que les francophones de Lunenberg, en Nouvelle-Écosse, bénéficient de moins de services fédéraux sous prétexte qu’ils représentent moins de 5 % de la population.


Au Québec, 84 municipalités jouissent d’un statut bilingue, mais 35 ans après l’entrée en vigueur de la loi 101, la moitié d’entre elles ne remplissent plus la condition qui, à l’origine, leur avait permis d’offrir des services en anglais à leurs citoyens.

 

Le français en recul à Montréal


M. Fraser convient que le français recule à Montréal, mais, selon lui, c’est en partie à cause de l’exode vers les banlieues. « C’est un signe de prospérité et non de pauvreté », dit-il. Pour contrer ce phénomène, le gouvernement devrait peut-être miser sur l’aménagement urbain pour retenir les jeunes familles, car, rappelle-t-il, pour des raisons historiques, le patrimoine bâti de Montréal est essentiellement constitué de logements, ce qui pousse les jeunes familles vers l’extérieur de l’île.


En revanche, par sa vitalité culturelle, Montréal est un pôle d’attraction pour les artistes indépendants. « Je ne crois pas que le français est menacé par l’arrivée de ces jeunes artistes, souligne M. Fraser. Ça fait partie de l’énorme intérêt de Montréal comme ville internationale. »


Mais le terrain linguistique peut être glissant et M. Fraser demeure prudent. Il se garde bien de remettre en question le projet de loi : « Ce n’est pas mon rôle de dire aux ministres provinciaux quoi dire et quoi faire. » Il refuse par ailleurs de se prononcer sur la polémique entourant l’unilinguisme de certains employés de la Société de transport de Montréal.


Les anglophones québécois souffrent d’une certaine insécurité et ils sont las de voir ressurgir le débat linguistique, a constaté M. Fraser : « Quand ils sont au pouvoir, les libéraux craignent d’être identifiés à la communauté anglophone et ils s’abstiennent de poser des gestes positifs. Et quand le PQ est au pouvoir, il y a une méfiance à l’égard des véritables objectifs du gouvernement. »

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