Une autre année à se serrer la ceinture?

Pierre Duchesne
Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard Pierre Duchesne

Québec — Du bout des lèvres, le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a laissé entrevoir une autre année de resserrements budgétaires dans les universités, jeudi, lors d’une étude des crédits où il a dressé un sombre bilan de la gestion des libéraux.


M. Duchesne s’est soumis au rituel de l’examen des dépenses de son ministère, au cours duquel les libéraux l’ont pressé de questions pour savoir si les réductions budgétaires exigées pour l’exercice 2012-2013 se poursuivront. En décembre, le ministre avait exigé des compressions totalisant 124 millions de dollars au réseau universitaire, pour l’année financière en cours, qui se termine en avril.


Dans ses réponses, M. Duchesne a refusé de se prononcer sur un montant pour l’exercice 2013-2014. Devant les députés réunis en commission parlementaire, il a cependant admis que la croissance des budgets dévolus aux universités pourrait en décevoir certains, l’an prochain, à un taux de 3,3 %, pour un total de 3,07 milliards.


« Il n’y a pas de récurrence, a-t-il dit. Il y a une croissance de 3,3 %. Bien sûr, elle est peut-être réduite par rapport à ce que certains peuvent penser, mais il n’y a pas de récurrence. Pour 2014-2015, on retourne à la situation d’avant. »


La présidente de l’Université du Québec, Sylvie Beauchamp, avait affirmé le mois dernier que les compressions se poursuivraient de plus belle lors de l’exercice 2013-2014, pour s’élever à plus de 250 millions en deux ans.


La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a refusé de se prononcer sur un tableau déposé par M. Duchesne esquissant les subventions du gouvernement au réseau universitaire pour les six prochaines années financières. « On avait des chiffres qui nous avaient été donnés, le 124 millions, pour l’exercice en cours, a dit la porte-parole Chantal Pouliot. On est à regarder le document qui a été déposé à la commission. »

 

Sombre bilan


À ses collègues, M. Duchesne a dressé un sombre bilan de la gestion des libéraux, les accusant d’avoir gaspillé 90 millions à cause de la crise étudiante, en frais dépensés par les universités, les cégeps ainsi que pour le déploiement de policiers.


Le député libéral Gerry Sklavounos a talonné M. Duchesne pendant une séance de 3 h 30 consécutives d’échanges ponctués par de nombreux appels au règlement. M. Sklavounos a répété abondamment que M. Duchesne s’était livré à des compressions « brutales » en exigeant des universités qu’elles réduisent leurs dépenses en cours d’exercice. « Je trouve ça difficile que nous soyons ici à faire les crédits de 2013-2014 et que nous ne sachions pas encore, que personne ne soit au courant de ce qui les attend dans les prochains mois, a-t-il dit. Est-ce que le ministre peut répondre simplement à la question : est-ce que ces “coupes” seront récurrentes ? »


Le député de la Coalition avenir Québec Stéphane Le Bouyonnec ne s’est pas formalisé des imprécisions entourant les compressions.


Selon M. Le Bouyonnec, le ministre reste vague, car il attend les conclusions qui émergeront du Sommet sur l’avenir des universités du mois prochain, où la question des droits de scolarité sera discutée. « Il m’apparaît évident que si on va vers un gel des frais de scolarité, il y a des chances que les coupes soient récurrentes, a-t-il dit. La sortie du Sommet va conditionner ce qui va arriver après. »

 

Des controverses


Dans son allocation d’ouverture, M. Duchesne a rappelé les controverses qui ont secoué les libéraux alors qu’ils étaient au pouvoir.


Amorçant son premier passage en commission parlementaire, qui s’étendra sur 12 heures, le ministre a insisté sur la mauvaise gestion des grands projets d’infrastructures, en s’appuyant sur une étude de l’automne dernier démontrant d’importants dépassements de coûts, afin d’illustrer le piètre état des finances publiques dont son gouvernement a hérité. « Je demande à l’opposition officielle une petite gêne quand ils nous demandent des questions sur la façon dont on gère nos finances, a-t-il dit. [Vu] le niveau de difficulté que vous nous avez laissé pour gérer nos finances, [je vous demande] une petite gêne. »


M. Sklavounos a accusé le ministre de s’être livré à une attaque partisane ciblant les libéraux. «Il a passé ses 15 minutes à parler contre les libéraux, a-t-il dit. Dans ces 15 minutes de remarques préliminaires, ce ministre n’a pas dit un mot pour les universités.»


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Recherche : Marois promet d’amoindrir les compressions

Québec — Sans promettre « un pactole », Pauline Marois a annoncé jeudi que son gouvernement dégagera des sommes modestes pour amoindrir l’impact des coupes dans le secteur de la recherche. Le gouvernement tente de trouver un moyen pour « soulager l’effort demandé », a dit la première ministre à l’occasion de l’étude des crédits du Conseil exécutif - le ministère de la première ministre - en commission parlementaire à Québec. Dans son premier budget, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a décrété des coupes de 124 millions de dollars dans l’enseignement supérieur et 63 millions dans la filière de la recherche et de l’innovation. Dans le secteur de la recherche en santé, les compressions atteignent un montant de 10 millions.

Talonnée par le chef intérimaire de l’opposition officielle, Jean-Marc Fournier, Mme Marois a dit être sensible aux impératifs de la recherche et s’est engagée à trouver des sommes à même les enveloppes existantes pour amortir les coupes. La première ministre n’a pas voulu dévoiler la hauteur des « ajustements » qui seront apportés, mais a précisé qu’il s’agira d’un correctif modeste. L’annonce, a-t-elle dit, sera faite d’ici avril. Pour le « vrai » réinvestissement, il faudra patienter jusqu’en 2014-2015, a prévenu la première ministre. « En 2014-2015, on aura des hausses [de budgets] importantes. Là, ce sont des corrections mineures qui pourraient être apportées. Je ne veux pas faire croire aux gens qu’on va complètement corriger la situation », a-t-elle indiqué. Pour les mois à venir, tout l’appareil de l’État est appelé à contribuer à l’effort collectif de retour à l’équilibre budgétaire, a fait comprendre Mme Marois.

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