Aide internationale : Québec veut rapatrier les pouvoirs du fédéral

Le ministre Jean-François Lisée dénonce formellement la réorientation économique de l’ACDI.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre Jean-François Lisée dénonce formellement la réorientation économique de l’ACDI.

Dénonçant le « virage idéologique » de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et « l’effritement de la capacité d’action du Québec en matière de solidarité internationale », Québec entend rapatrier du fédéral ces pouvoirs et les centaines de millions de dollars qui y sont associés pour créer sa propre agence.

« Ça donne un signal fort que le gouvernement du Québec a l’intention d’occuper ce champ, d’être présent et d’affirmer ses valeurs», a affirmé le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, en conférence de presse mercredi.


Le ministre a formellement dénoncé la réorientation économique de l’ACDI, « dont les orientations sont maintenant intimement liées à la stratégie de développement économique du gouvernement du Canada ». Il cite, à titre d’exemple, le fait que le ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino, ait choisi de faire son tout premier discours sur les orientations de l’ACDI devant les gens d’affaires de Toronto sur le thème « Réduire la pauvreté, bâtir les marchés de demain ».


« On se retrouve aujourd’hui dans une situation où les valeurs qui ont longtemps sous-tendu la coopération canadienne, des valeurs qui étaient partagées par les Québécois, se transforment progressivement au point où nous ne nous y reconnaissons plus », a soutenu Jean-François Lisée.


C’est pourquoi Québec veut créer l’Agence québécoise de solidarité internationale (AQSI). Un comité sera chargé de réfléchir aux orientations et mécanismes entourant la création de cette agence québécoise dans les prochains mois.


« Il n’est pas question que l’agence québécoise ressemble à l’ACDI, a précisé Denis Labelle, président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), associée au projet gouvernemental. On souhaite une agence qui priorise les droits de la personne, les droits sociaux individuels et collectifs, les droits culturels et les droits des travailleurs. »


Gouvernance souverainiste


Mais pour cela, il faut d’abord que Québec rapatrie ces pouvoirs du fédéral, un geste qui s’inscrit « dans le cadre de la gouvernance souverainiste », selon le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier.


« Le gouvernement du Québec souhaite exercer ses compétences législatives dans le respect des valeurs québécoises. Le comité [dont la création a été] annoncée [mercredi] aura pour mandat d’identifier les sommes qui pourraient être rapatriées au Québec. »


Québec a avisé « par courtoisie » le gouvernement fédéral quelques heures à peine avant l’annonce officielle de mercredi matin. « Mais nous n’avons pas besoin ni de leur permission, ni de leur accord pour le faire », a ajouté Jean-François Lisée.


Le gouvernement aura néanmoins besoin de la part des budgets de l’ACDI réservée au Québec, une somme qui oscille « traditionnellement entre 800 et 900 millions » par année. Mais le ministre Cloutier ne veut pas s’engager davantage sur ce sujet qui sera examiné plus en profondeur par le comité conjoint mis sur pied mercredi.


Une chose est certaine, Québec n’entend pas créer une nouvelle structure administrative qui siphonnerait les fonds destinés à l’aide sur le terrain. « On n’a pas l’intention d’augmenter les sommes qui sont dépensées dans l’administration de l’aide internationale », a précisé le ministre des Relations internationales. Il souhaite poursuivre le travail avec la petite équipe déjà existante au sein du ministère, dont on prolongera le statut. « On va continuer à avoir une structure légère pour maximiser les sommes qui vont sur les besoins. »


Jean-François Lisée confirme vouloir « mettre de la pression » sur l’ACDI pour l’amener à réorienter ses actions et à « revenir à des idées de solidarité internationale ».

3 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 7 février 2013 01 h 23

    Les fondamentalistes religieux du Parti conservateur ne se gardent plus grande gêne.

    Comme l'ACDI encourage désormais le prosélitisme religieux en totale contravention avec le principe de laicité de l'état, il est tout à fait souhaitable que le Québec forme sa propre agence de développement international.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 7 février 2013 15 h 00

    On peut entendre d'ici le caucus conservateur se bidonner à Ottawa!

    Après avoir transférer la responsabilité des chômeurs aux provinces (via l'aide sociale) sans aucune compensation financière, Ottawa ne sera que trop heureux de faire de même avec l'aide internationnale.

    Pour ce qui est du $800 millions, il faudra attendre que le fou-rire de messieurs Paradis, Baney et harper se termine, pour savoir ce qu'ils en pensent.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 8 février 2013 23 h 30

      D'où la nécessité pour le Québec d'être souverain, ça nous évitera d'être le dindon de la farce en versant la moitié de nos impôts à une autre nation.