Vague de mécontentement au PQ

Cinq membres de l’exécutif de Maskinongé démissionnaires reprochent notamment au gouvernement Marois des «décisions qui semblent un peu précipitées». Ci-haut, la première ministre Pauline Marois
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Cinq membres de l’exécutif de Maskinongé démissionnaires reprochent notamment au gouvernement Marois des «décisions qui semblent un peu précipitées». Ci-haut, la première ministre Pauline Marois

À quelques jours du Conseil national du Parti québécois, une vague de mécontentement déferle sur le parti avec la démission en bloc d’au moins cinq membres de l’exécutif de Maskinongé, qui se disent tout simplement désabusés par les fausses promesses et le peu d’intérêt accordé aux militants et à l’option souverainiste.

« En même temps que le gouvernement du Parti québécois prend ses distances par rapport au programme du parti, le PQ, notamment la permanence nationale, se bureaucratise et s’éloigne de sa base militante, en mettant l’emphase plus sur les procédures que sur l’atteinte de l’objectif », écrivent les démissionnaires dans une lettre datée du 29 janvier.


Ils reprochent au gouvernement Marois des « décisions qui semblent un peu précipitées », dont l’annonce de la fermeture de Gentilly-2 qui, selon le président démissionnaire Robert Gauthier, a été faite de façon tout simplement « cavalière ».


La lettre fait également mention de « l’abandon ou le report d’engagements électoraux importants comme l’abolition de la taxe santé », d’un « budget qui s’inscrit plus dans les demandes à court terme de la communauté des affaires que dans la lignée des consensus dans le programme du parti », et des fameuses « sagas » Breton et Boisclair pour lesquelles Robert Gauthier s’est fait poser de questions par les membres.


« Nous, on a vendu notre programme pendant les élections, et là, on voit que ces mesures sont amenuisées, explique Robert Gauthier en entrevue au Devoir. On nous dit que c’est un gouvernement minoritaire, mais en même temps, il y a des choses qu’on pouvait faire à l’automne et qu’on ne pourra plus jamais faire. »

 

Souveraineté


Il évoque également les relations avec la permanence nationale du parti, qui ne reconnaît pas suffisamment l’implication des militants et des exécutifs régionaux. « Nous sommes perçus comme des gens qui servent à amasser des fonds pour financer la permanence, tout simplement », se désole Robert Gauthier.


Il déplore surtout le fait que le parti ne mette plus l’emphase sur la souveraineté. « Il est de plus en plus évident que le Parti québécois, qui a été un grand parti au Québec, ne réussit plus à rassembler seul l’ensemble des forces souverainistes pour atteindre l’objectif de faire du Québec un pays. […] Une des raisons, selon nous, vient sans doute du fait que les dirigeants actuels du PQ, qui répètent souvent être souverainistes, ne consacrent pourtant pas beaucoup de temps, d’énergie et de ressources à expliquer les avantages pour une nation d’avoir son propre pays. »


En entrevue, il précise ne pas vouloir personnaliser ses attaques envers la première ministre Pauline Marois, puisque ce sont des décisions qui sont prises de manière consensuelle par le conseil des ministres.


Questionné sur le plan d’action visant à faire la promotion de l’option souverainiste qui devrait être lancé lors du Conseil national à Drummondville le week-end prochain, Robert Gauthier affirme que ce n’est pas la première fois que l’on promet de grandes actions sans y mettre les moyens. « On a beau avoir les plus beaux plans, si on n’a pas l’argent qui vient avec, on s’en va encore vers des comités et des études. Ce n’est plus de cela que nous avons besoin. »


« Loin de l’hécatombe »


Robert Gauthier affirme que sept des douze membres de l’exécutif de Maskinongé se sont joints à lui, même s’ils ne sont que cinq à avoir signé la lettre. Mais Francis Clément, qui siège toujours sur l’exécutif, conteste des chiffres. Ils ne sont pas huit à avoir quitté, selon lui, mais six, dont une pour des raisons personnelles. « Je ne minimise pas, mais je relativise, on est loin de l’hécatombe dont certains parlaient ce matin », affirme-t-il en entrevue.


En marge du caucus du gouvernement, qui se tenait à l’Estérel, Mme Marois a répondu que « c’est dommage, mais d’autres prendront la relève ». Elle invite par ailleurs les démissionnaires à « continuer à militer pour la souveraineté », comme ils disent vouloir le faire dans leur missive.


De son côté, le député péquiste de Saint-Maurice, Luc Trudel, estime que cette sortie est « déplorable », mais se fait rassurant : « Si vous me demandez si le leadership de Mme Marois est contesté, je vous répondrai certainement pas, surtout pas ces temps-ci ! Elle n’aura jamais été aussi solide, tout le monde est de bonne humeur, et on a une équipe soudée. »


Mais pour Mario Charron, ex-président de Groulx, qui a démissionné avant les élections l’été dernier, les commentaires de Mme Marois sont une véritable insulte. « On voit bien qu’elle n’a jamais compris pourquoi les militants démissionnent. C’est exactement ce que nous avons subi dans Groulx. Elle est en train de mettre à terre ce parti. Et je peux dire, de source sûre, que ce n’est pas tout le monde qui est heureux à l’intérieur de ce parti. »


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Avec Robert Dutrisac

23 commentaires
  • Simon White - Inscrit 2 février 2013 06 h 13

    Et voici le début ...

    Bien sûr que le leadership de Marois est contesté ... Tout est sous-entendu ... Un bateau qui vogue doit pouvoir se fier qu'à un capitaine ... Trop facile de blâmer la collectivité du parti.

    Mon commentaire n'a rien contre Marois et certainement rien contre le PQ, mais durant les dernières élections, je n'étais pas dupe ... toutes ces promesses ... impossible bien sûr. Mais enfin, cela aura servi à renvoyer les Libéraux aux oubliettes pour un certain temps.

    Depuis Septembre, aucun pas vers l'avant ... des histoires de salaire double pour Boisclair (un ancien pas vraiment apprécié par le peuple), des décisions réactives comme la fermeture de Gentilly, des supposées discussion avec les étudiants pour faire croire qu'ils obtiendront ce qu'ils demandaient aux Libéraux et aussi des voyages dans le monde sans aucun réel résultats et ce au frais des contribuables.

    Je l'ai dit ici avant et le redit encore ... Du sang neuf pour ce parti SVP. Assez le sur place avec ses vieux dinausores ... Allez chez vous profitez de vos millions.

    Monsieur Lisée ? Quand prendrez-vous le contrôle de ce parti à la dérive?

    • Michel Laberge - Abonné 2 février 2013 15 h 19

      Pour le débat étudiant, une solution acceptable serait entre la gratuité et le gel mais non l’indexation si on veut accepter l’esprit du rapport Parent. La solution gagnante à la fois pour le parti québécois et pour les étudiants, serait le gel étant donnée l’appui que Pauline Marois avait manifesté aux étudiants lors du printemps érable. C’est le plus petit rapprochement acceptable vers la gratuité, qui tient compte à la fois de la capacité du gouvernement et de l’objectif ciblé. Il y a beaucoup d’argent à aller chercher chez les riches et dans les paradis fiscaux des plus riches.
      Je suis un septuagénaire sympathisant du parti Québécois. Je prend à cœur la cause des étudiants parce qu’ils sont les moteurs de prospérité pour les générations qui vont nous suivre. Le Québec, nation ou pays ne pourra jamais se priver d’un seul de ses gradués. À Pauline Marois, Je souhaite de toujours avancer et ne jamais reculer tant sur la langue que sur la promotion de l’éducation qui sont inséparables. Les vrais leaders sont ceux qui démontrent continuellement leur courage. Elles et eux méritent l’approbation de la population parce qu’elles ou ils sont reconnu(e)s comme ayant la trempe des vrais chefs. Je ne suis pas un sympathisant inconditionnel. Je vous regarde aller, Madame Marois. J’aime vous voir avancer mais je déteste vous voir reculer sur la langue et sur vos positions lors du printemps érable. Madame, prenez, comme modèle de courage, le regretté père de la loi 101, Monsieur Camille Laurin.

  • François Ricard - Inscrit 2 février 2013 08 h 32

    Depuis 1995

    Vieux membre et militant du PQ depuis 1968, j'ai été à même de constater qu'une fissure s'était produite entre les membres et la direction du parti avec la venue de Lucien Bouchard aux commandes.
    Depuis cette fissure n'a cessé de croître.
    En préparation du congrès de 2011, dans les assemblées de comté, les membres étaient fortement incités à suivre les dictats venant de la direction nationale plutôt que d'exprimer leurs attentes et leurs objectifs. Tout ce que l'on voulait de la base était d'entériner, sans trop de discussions, ce que le national avait décidé.
    Ces dernières années, la majorité des membres ne participe pas activement à la vie du parti autrement que par leurs cotisations. Comme au PLQ. Le national dirige. Le national décide.
    Le PQ fait vraiment de la politique autrement qu'avant.

  • Guy Desjardins - Inscrit 2 février 2013 09 h 27

    Le mécontentement?

    Ce n'était qu'une question de temps et ça ne fait que débuter.

  • Marc Blanchard - Inscrit 2 février 2013 10 h 32

    On tend le micro à tout ce qui grenouille au PQ.

    On ne tend pas le micro à ce qui grenouile à QS et à la CAQ.

    Et ça grenouille pas à peu près à QS et à la CAQ!!!

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 février 2013 14 h 24

      « Et ça grenouille pas à peu près à QS et à la CAQ!!! (M. Blanchard) » ?

      À quoi pensez-vous au juste lorsque vous affirmez cela ?

  • Solange Bolduc - Inscrite 2 février 2013 10 h 45

    Les cinq membres de l'éxécutif de Maskinongé ne sont pas une quantité négligeable, Mme Marois !

    Beaucoup sont déçus des promesses non-tenues de Mme Marois, malgré qu'il me soit bien difficile de connaître tous les rouages de la machine gouvernementale qui ont amené ces reculs.

    Tous les partis politiques devraient faire attention à leurs promesses, et QS qui en a plus qu'il n'en faut, le premier ! Car il semble, lorsqu'on prend le pouvoir, que les promesses ont tendance à se volatiliser infailliblement!

    Cependant,au PQ, une chose m'apparaît évidente: On ose exprimer ses désaccords, ce qu'on ne verra pas souvent dans d'autres partis surtout s'ils sont au pouvoir !

    C'est très sain que certains membres expriment leur dissidence, parlent au nom de plusieurs membres de leur comté, et disent haut et fort ce qu'ils n'approuvent pas dans les politiques de Mme Marois. C'est ça la vraie démocratie!

    Je regrette seulement l'attitude cavalière de Mme Marois qui se contente de dire : « c’est dommage, mais d’autres prendront la relève ». Insultant!

    Quel maladresse! Elle devrait descendre de son piedestal et s'excuser !

    Ensuite, elle a le culot de dire qu'elle invite les démissionnaires à « continuer à militer pour la souveraineté », comme ils disent vouloir le faire dans leur missive."

    Ce n'est pas avec de telles manières (condescendantes) qu'elle va attirer plus de membres s'impliquant dans la Cause à défendre !

    La réponse de Mme Marois aux cinq membres démissionnaires de l'exécutif de Maskinongé est très maladroite ! Elle aurait pu avoir la générosité de comprendre ce qui les dérangeait, au lieu de jouer l'indifférente, les traitant comme une quantité méprisable !

    Mme Marois a le "va-vite" dans la peau, quand ce n'est pas le recul! Cela produit des flammèches au PQ, ce qui, à la longue, peut mettre le feu dans la Cabane !

    Les membres sont les porte-parole des promesses électorales du PQ! Ont-ils tort de délier leur langue ou de démissionner ? Ils ont fait le choix qu'il fallait, faut-il croire !

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 février 2013 13 h 19

      La réponse est simple : Le PQ est minoritaire, et en plus, a hérité d'un trou budgétaire de 1. 6 milliard. La souveraineté et les promesses électorales se feront lorsqu'on aura remis de l'ordre dans la maison.

    • Solange Bolduc - Inscrite 2 février 2013 20 h 12

      Ne détournez pas la question! Ce n'est pas ce que vous répondez qui est mon propos, mais la façon dont Mme Marois a reçu les critiques des membres de l'exécutif du PQ de Maskinongé! Ne jouez pas pas à l'aveugle ou à la partisanerie !

      De la diplomatie et de la reconnaissance ne nuiraient pas à l'endroit des gens qui y sont dévoué, surtout à la cause souverainiste ! Ils ont à répondre des promesses de Madame, et ce serait peut-être à elle de prendre la peine ou le temps d'aller s'expliquer, et pas seulement faire des promesses sans lendemain en tant d'élections !

      Et l'idée du "PQ minoritaire", cela a fait son temps! Changeons de rengaine, s.v.p.! Des perroquets il y en a assez au PLQ !

    • Francis Lévesque - Inscrit 3 février 2013 18 h 40

      C'est rare que je suis en accord avec vous mme.Bolduc, mais aujoud'hui je vous appuis pleinement. Cela prouve que des visions différentes peuvent finir par s'entendre.

      Ce qui fait la force d'un pati ce sont ses militants.

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 février 2013 21 h 59

      Cher M. Lévesque , c'est tout un honneur que vous me faites en étant enfin d'accord avec moi! Je ne le recherche pas, j'essaie tout simplement d'être honnête intellectuellement, d'abord avec moi-même, et ça vient plus facilement ensuite avec les autres...

      J'ai l'habitude: Je suis née la plus jeune dans une famille de 9 enfants, je suis le mouton noir ! À la longue on s'habitue, puis curieusement on se sent bien d'être ce que l'on est, au lieu d'être à peu près comme tout le monde, qu'on n'envie absolument pas !

      Alors vous ne me surprenez pas, et je le sens dans les commentaires ou les non commentaires au Devoir : le silence est souvent plus révélateur que la critique ou l'acceptation. Comme vous, très peu de gens sont d'accord avec ce que j'écris, et il m'arrive souvent d'en comprendre les raisons, en partie en tous les cas! Je persite et signe, et cela jusqu'au jour où je passerai à autre chose.

      Soyez donc à l'aise, cela ne m'a jamais empêché d'exprimer le fin fond de ma pensée, celle qui dérange plus souvent qu'autrement, à part certaines personnes qui ne sont pas celles qui écrivent le plus souvent!

      Bonne continuation, monsieur !