Recherche en santé - Duchesne et Hébert tentent de minimiser l’impact des coupes

«Ce n'est pas un drame», a dit Réjean Hébert en commentant les coupes de son gouvernement en santé.
Photo: La Presse canadienne (photo) «Ce n'est pas un drame», a dit Réjean Hébert en commentant les coupes de son gouvernement en santé.

Rimouski — Québec a répliqué aux chercheurs, qui sont sortis publiquement mercredi pour dénoncer des coupes dans les subventions de recherche en santé, en tentant de dédramatiser la manoeuvre. Refusant de renoncer aux compressions, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Pierre Duchesne, a plutôt minimisé l’ampleur des montants coupés au Fonds de recherche du Québec en santé. « On parle de 10 millions de dollars. Mais le financement de la recherche universitaire en santé au Québec, si on parle de l’ensemble des montants alloués, c’est 560 millions, en 2009. Ça représente 1,8 % », a dit le ministre lors d’un point de presse jeudi soir, en marge de la rencontre pré-Sommet à Rimouski, qui portait sur la recherche. « Je ne veux pas banaliser, mais il faut faire une mise en contexte », a-t-il ajouté.


Le ministre Duchesne dit comprendre l’incertitude des chercheurs, qu’il explique par le « flottement » causé par la fin d’une stratégie du précédent gouvernement et la venue d’une nouvelle politique nationale sur la recherche et l’innovation, qu’il promet pour le printemps. Il a rappelé que le Québec est dans les premiers rangs des pays de l’OCDE qui dépensent le plus en recherche en pourcentage du PIB.


Au cours du même point de presse, M. Duchesne a déploré l’utilisation de personnes « malades » dans la sortie publique des chercheurs, faisant référence à l’intervention de Michèle St-Pierre, une femme atteinte d’un cancer des ovaires qui fonde beaucoup d’espoir sur la recherche. « Soyons prudents pour ne pas instrumentaliser la détresse de certaines personnes, des gens qui sont en situation de grande vulnérabilité », a-t-il dit, appelant les organisateurs de ces campagnes à agir « de façon responsable » et à faire preuve d’« éthique ».


Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, a fait écho aux propos de son collègue ministre en atténuant lui aussi l’impact des coupes. « Ce n’est pas un drame », a-t-il déclaré, en marge du caucus des députés du Parti québécois à l’Estérel.


M. Hébert, lui-même un ancien directeur d’un centre de recherche sur le vieillissement, a affirmé dans un premier point de presse qu’« il n’y aura pas d’impact à court terme. » Puis, un peu plus tard, il a reconnu qu’il y aura certains impacts sur les centres de recherche.


Réjean Hébert a insisté sur le caractère temporaire des fonds qu’a instaurés le gouvernement libéral et que le gouvernement Marois n’a pas renouvelés. « Si les centres de recherche ont utilisé ce programme de recherche pour financer des choses à long terme, je pense qu’ils auraient dû prévoir que ce programme-là avait une fin », a-t-il avancé.


« Lorsque je dirigeais des fonds de recherche, il y a eu, sous tous les gouvernements, tant au fédéral qu’au provincial, des fluctuations dans les niveaux de financement. Ce n’est pas nouveau », a-t-il relaté. À son avis, les directeurs de recherche seront en mesure d’assurer la poursuite des activités de recherche en puisant dans d’autres sources de revenus.


Pour justifier les coupes, le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a invoqué le principe d’équité entre les différents acteurs de la société. « Tout le monde est mis à profit », a-t-il dit. Selon lui, ce n’est pas une question de « besoins », mais de « moyens ».

 

Chercheurs non grata?


Présent à la rencontre pré-Sommet, les libéraux ont quant à eux reproché au ministre de ne pas avoir invité les chercheurs qui ont dénoncé les coupes. Ils l’ont même accusé d’avoir refusé d’inviter le Dr Jacques Turgeon, directeur de la recherche au CHUM, qui en avait fait la demande au cabinet du ministre l’Enseignement supérieur. Le ministre Duchesne a rétorqué que le milieu de la recherche, à travers certains directeurs et représentants des facultés de médecine, est bien représenté.


Selon le porte-parole libéral en matière d’Enseignement supérieur, Gerry Sklavounos, le gouvernement Marois est « en contradiction avec ses principes ». M. Sklavounos déplore que les dés soient pipés, notamment parce que la gratuité scolaire a déjà été écartée. « M. Duchesne a appelé les associations pour discuter et leur a promis que tout était sur la table, mais on les a induits en erreur », a-t-il dénoncé. « Des acteurs du milieu commencent à trouver ça insultant et malhonnête et menacent de ne plus participer, et de faire des manifs », a-t-il ajouté.


Des étudiants membres de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) ont déjà des mandats de grève lors du Sommet, qui se tiendra les 25 et 26 février. Demeurés à l’extérieur, une cinquantaine de manifestants locaux pour la gratuité à Rimouski ont perturbé cette rencontre pré-Sommet, en causant tout un tapage en frappant sur des portes de métal à l’arrière-scène, interrompant même certains discours.


M. Sklavounos a dit « comprendre » que l’ASSE se sente « trahie », une formule qui a donné l’occasion au ministre Duchesne d’ironiser. « Ce que je trouve étonnant, c’est que M. Sklavounos devient le procureur de l’ASSE », a-t-il rétorqué.


Le ministre ne se dit pas inquiet de la mobilisation étudiante qui s’organise contre le Sommet, mais demande aux participants d’être « responsables ». « Il y a toujours eu des manifestations, mais entre les manifestations et une crise sociale, il y a une différence », a-t-il dit. « Que les gens expriment leur position de différentes façons, je n’ai pas de problème, mais il faut que ça se fasse de façon responsable. »


Selon lui, toutes les propositions peuvent être discutées au Sommet. « Tous les espaces ont toujours été libres pour permettre à tous les partenaires de s’exprimer, mais […] entre la gratuité et des hausses radicales et brutales, il y a une autoroute à quatre voies. Et là-dedans, il y a beaucoup d’options : ça va du gel aux différentes formes d’indexation, aux modulations avant et après. » M. Duchesne a répété qu’il voulait plus d’explications au sujet des propositions mises de l’avant par la Coalition avenir Québec, qui souhaite notamment que certaines universités de calibre international puissent exiger des droits de scolarité plus élevés.


Par ailleurs, les syndicats des enseignants des cégeps affiliés à la FNEEQ envisagent de boycotter le sommet, entre autres moyens de pression, si leur entente conclue avec l’ex-présidente du Conseil du trésor, Michèle Courchesne, concernant la reprise post-grève des cours n’est toujours pas respectée.
 

 

Avec Robert Dutrisac

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