Les coupes en recherche auront des impacts à long terme, reconnaît le ministre Hébert

Estérel — Les compressions de 10 millions imposées au secteur de la recherche en santé auront des impacts «à long terme» sur la santé des citoyens, mais pas sur les soins à court et moyen terme, a soutenu jeudi le ministre de la Santé.

«Ça a un impact à long terme sur la santé des gens. À court terme, évidemment, on n'utilise pas des fonds de recherche pour donner des soins aux patients, je tiens à vous rassurer là-dessus, que les soins aux patients ne seront pas pour l'instant affectés par les coupures», a lancé le ministre Réjean Hébert en marge du caucus péquiste qui se tient jeudi et vendredi à l'Estérel, dans la région des Laurentides.

«Je pense qu'on dramatise un peu», a ajouté plus tard le ministre, rappelant qu'une nouvelle politique nationale en matière de recherche et d'innovation était dans les cartons du gouvernement péquiste.

M. Hébert a cependant refusé de s'étendre davantage sur le sujet, faisant valoir qu'il s'agissait là d'un dossier relevant de son collègue Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Patience, dit Duchesne

À Rimouski, où il prend part à la quatrième et dernière rencontre préparatoire au Sommet sur l'enseignement supérieur, M. Duchesne a pour sa part invité les chercheurs à la patience et à la retenue dans l'expression de leur inquiétude.

«C'est la fin d'une stratégie qui avait été préparée par le précédent gouvernement et qui débloquait sur trois ans des montants, et ce sera le début d'une autre», a-t-il dit à propos du financement de la recherche par le gouvernement.

«Nous allons mettre en place une politique nationale d'innovation à l'automne. Alors il y a une période de flottement et ça crée de l'inquiétude, mais on est en train de mettre sur pied cette politique», a-t-il ajouté.

Le ministre Duchesne n'a toutefois pas apprécié que des chercheurs du secteur de la santé s'adjoignent des personnes souffrant du cancer dans leur campagne pour faire pression sur le gouvernement.

Il a demandé à ceux qui «organisent ce type de campagne d'être responsables, d'avoir de bonnes valeurs éthiques, parce qu’utiliser des gens qui sont dans des positions vulnérables, des gens malades, je trouve ça un petit peu particulier».

Offensive


Une offensive a été lancée mercredi par le Fonds de recherche du Québec -Santé (FRQS) afin de dénoncer les coupes annoncées par Québec le 7 décembre dernier. Selon les chercheurs, ces coupes pourraient se traduire par une réduction de 85 % des bourses destinées aux étudiants des cycles supérieurs, ou par une réduction de moitié des bourses de carrière des chercheurs, ou encore par une diminution de 30 % des fonds accordés aux centres de recherche.

Et contrairement à ce que laisse entendre le ministre de la Santé, les conséquences de ces compressions ne tarderont pas à se faire ressentir, selon le docteur Jacques Turgeon, directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, l'un des chercheurs qui sont montés au créneau.

«Ça a des impacts immédiats, a-t-il dit en entrevue à La Presse canadienne. Ce qu'on demande, c'est de ne pas arrêter les financements actuels, qu'on revoie les processus. On a plein d'idées à lui présenter.»

Dans son programme adopté en 2011, le Parti québécois s'était donné pour objectif de «hisser le Québec au niveau des cinq premiers pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (Suède, Finlande, Japon, Corée, États-Unis) en visant une cible de trois pour cent du PIB consacré aux investissements publics et privés en recherche et développement».

Pas un recul


Il ne s'agit pas pour autant d'un nouveau recul du gouvernement Marois, s'est défendu le ministre.

«C'est un engagement. On a quatre ans, c'est un mandat de gouvernement, alors nous allons le faire. Pour l'instant, il y a des priorités cette année qui nous ont amenés à faire des choix difficiles, et je pense que les choix de M. Duchesne se justifient», a lancé M. Hébert.

Lui-même ancien chercheur, le ministre a dit comprendre que ses ex-collègues aient fait état de leurs préoccupations. Le député de Saint-François a néanmoins signalé que ces mesures d'austérité s'inscrivaient dans un vaste effort mis en oeuvre par le gouvernement du Parti québécois afin d'atteindre le déficit zéro à la fin de l'exercice financier 2013-2014.

«Ils peuvent être inquiets, moi je pense que comme gouvernement, on a à répondre à la population. Nous avions promis à la population d'atteindre le déficit zéro. C'est ce que nous faisons.»

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de Recherche et d'innovation, Pierre Reid, a déclaré mercredi par voie de communiqué qu'il ne comprenait pas «la logique du gouvernement Marois et son obstination à vouloir détruire les secteurs d'excellence et l'économie au Québec».

Au dire du président du Conseil du Trésor, le blâme devrait plutôt être adressé aux libéraux. «Ça fait quoi, cinq mois qu'on est là? Le Parti libéral n'avait, comme par hasard, pas prévu de somme pour la suite des choses au niveau de la recherche», a avancé Stéphane Bédard.

Et il a assuré que sa porte, tout comme celle de son collègue Pierre Duchesne, était ouverte aux chercheurs. Reste qu'à court et moyen termes, tout le monde devra se serrer la ceinture, et ce, dans l'ensemble des secteurs, a prévenu M. Bédard.

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7 commentaires
  • Solange Bolduc - Inscrite 31 janvier 2013 20 h 44

    C'est le temps des vaches maigres ! Patientons un peu !

    Il faudrait se demander, en effet, si les chercheurs n'en mettent pas un peu trop en paniquant de la sorte, et alarmant les plus vulnérables ? Le gourvernement a une responsabilité qui concerne l'ensemble de la population et de ses chercheurs. Ceux-ci ne pourraient-ils pas attendre un peu avant de paniquer? Si j'ai bien compris, ils ne sont pas encore dans la rue alors que plein de citoyens le sont ou presque ! Des mises à pied à n'en plus finir! Ne pourrait-on pas établir un certain équilibre dans la société?

    Le temps des vaches grasses semble avoir fait son temps (très long, trop long d'ailleurs!) Et l'on sait combien de chercheurs en ont profité allègrement ! Respirons un peu, soyons équitable, c'est le temps des vaches maigres !

    Le tout reviendra dans quelque temps à la normale : à plus d'équité! C'est ce que l'on souhaite pour toute la population du Québec, mais pas seulement pour les chercheurs, aussi fondamental que représente leur travail .

    • Simon Chamberland - Inscrit 31 janvier 2013 21 h 36

      Mme Bolduc

      Le problème avec la recherche en santé, c'est que ça prend des années à mettre un projet sur pieds et que le suivit des participants ne peut pas être interrompu, sinon les résultats ne sont plus valables.

      Les chercheurs ne sont pas habitués à paniquer. Habituellement, les scientifiques sont des gens rationnels et posés. Ils savent très bien que les coupures auront des conséquences à long terme.

      Autre conséquence : en recherche, il faut se maintenir à la pointe. Ne pas démarrer de protocole de recherche ou en interrompre pendant des mois, c’est une expertise qui se perd, sans compter les chercheurs étrangers que nous avons invité pour leurs compétences uniques qui partiront.

    • Simon White - Inscrit 31 janvier 2013 22 h 18

      Vous avez bien raison Madame Bolduc ... Le temps des vaches grasses a fait son temps et ce depuis plusieurs années déjà.

      Notre gouvernement actuel devrait montrer l'exemple et prier Pauline Marois de cesser de voyager à travers le monde et de gouverner ici!

      Certains citoyens du Québec ne mangent pas 3 repas par jour et nous avons beaucoup de projets à completer ... Comme les frais de scolarité par exemple.

    • Francis Lévesque - Inscrit 31 janvier 2013 22 h 38

      Vous voulez guerrir votre cancer? Attendez il faut rétablir l'équité avec les pétrolière albertaine, les minière du nord, le patronat et la chambre de commerce...

      Allez donc dire aux gens dans les hopitaux qui attendent un traitement, mais qui en auront pas de si tôt parce que le PQ à couper dans la justice social, pour investire dans les poches des entreprises.

      On doit couper dans l'éducation, la recherche en santé, entre autre, on doit augmenter les comptes d'hydro, malgré le fait que des milliers de gens se fond couper chaque année dû à la pauvreté.... avez-vous une vision de la population comme étant riche? Comment ce fait-il que ça soit la population qui doit payer plus partout malgré les profits records des banques? comment se fait-il qu'un PDG moyen de Québec Inc. soit payer 250 fois le salaire de son employé et qu'on lui demande peu? qu'on le laisse profiter de paradis fiscaux?

      «Patientons un peu!» ... allez donc dire ça aux enfants de sainte-justine ... patientez, il faut faire sa part! Nos banques sont trop pauvre!

    • Vincent Beaucher - Abonné 31 janvier 2013 23 h 07

      Le problème, c'est que couper dans les fonds de recherche, ce n'est pas juste comme "remettre à plus tard et tout reviendra dans l'ordre". Trois exemples très simples:
      - un centre n'a plus de financement, il ferme, tout est liquidé et les gens s'en vont ailleurs; le repartir est très difficile et/ou plus coûteux que son maintien au départ;
      - un lab reçoit moins d'argent: tout ralentit, les avancements ne sont plus au rendez-vous, la reconnaissance diminue, les subventions diminuent ensuite (cercle vicieux);
      - moins de bourses pour les étudiants à la maîtrise et au doctorat: plusieurs n'attendront pas et feront autre chose, moins d'intellectuels au Québec, moins de personnels pour les centres de recherche, moins d'avancement, etc.

      Quand tu remets à plus tard des réparations sur une maison, c'est rarement bénéfique. C'est pareil en recherche.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 1 février 2013 00 h 00

      On ne va pas éliminer la pauvreté avec dix millions de dollars.

  • Horace Blunt - Inscrit 31 janvier 2013 22 h 37

    Si c'est le temps des vaches maîgres, alors peut-être faudrait-il couper dans ce qui est vraiment superflu en santé? Comme les 650 millions de dollars pour la fertilisation in vitro?