Commission Charbonneau - Michel Lalonde ne regrette rien

Michel Lalonde
Photo: - Le Devoir Michel Lalonde

Contrairement aux fonctionnaires montréalais Luc Leclerc et Gilles Surprenant, qui ont exprimé des remords pour avoir accepté des pots-de-vin, Michel Lalonde ne demandera pas pardon. Il reconnaît tout au plus qu’il s’est fait « le complice d’un vol de deniers publics », pour citer l’avocat de la Ville de Montréal, Martin Saint-Jean.


Le p.-d.g. de Génius a agi comme coordonnateur de la collusion pour les principales firmes de génie qui ont fait main basse sur les contrats à Montréal, de 2004 à 2009, en échange du versement d’une ristourne de 3 % à Union Montréal. Il a soudoyé de nombreux politiciens municipaux de la métropole et des banlieues, en leur remettant des enveloppes brunes pour les aider à gagner leurs élections.


Ses associés et lui ont versé près de 240 000 $ en dons illégaux au PQ, au PLQ et à l’ADQ. Il a aussi réussi à corrompre le fonctionnaire à la retraite Claude Millaire, qui siégeait aux comités de sélection du ministère des Transports du Québec (MTQ), en lui offrant des cadeaux et une prime de 25 000 $ pour l’avoir aidé à décrocher un contrat d’éclairage.


À ce sujet, le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) et des Transports, Sylvain Gaudreault, a annoncé mercredi un resserrement des règles entourant le recrutement des membres des comités de sélection. Ces derniers devront signer une déclaration d’intérêts faisant état de leurs liens avec des entreprises.


Le ministre Gaudreault souhaite également un meilleur roulement dans la formation des comités, pour éviter que des relations de proximité malsaines se développent avec les firmes de génie.

 

Le déni de Lalonde


Une partie du témoignage rendu mercredi par M. Lalonde à la commission Charbonneau était toujours frappée d’une ordonnance de non-publication au moment de mettre sous presse.


Lors de son contre-interrogatoire public, en matinée, il a perdu son sourire ironique lorsque l’avocat du Procureur général du Québec, Benoit Boucher, lui a demandé s’il lui était venu à l’esprit de dénoncer Claude Millaire au MTQ au lieu de marcher dans le jeu établi par son ancien associé, Gilles Thibodeau. Y a-t-il seulement pensé ? « Je regrette, malheureusement non », a dit M. Lalonde.


M. Lalonde a réitéré que les firmes de génie-conseil n’avaient pas le choix d’agir en cartel et de contribuer aux caisses occultes des partis si elles voulaient obtenir des contrats. À ses yeux, l’apparition d’un cartel n’est pas liée à la cupidité des ingénieurs. Elle est plutôt la conséquence du changement des règles d’attribution des contrats, en 2002, et des pressions exercées par les partis politiques pour garnir leurs coffres.


Michel Lalonde n’a finalement pas expliqué la genèse de ce cartel en termes détaillés. C’est à la suite de contacts avec Rosaire Sauriol, vice-président de Dessau, qu’il est devenu le « porte-parole » des firmes de génie auprès de Bernard Trépanier, directeur du financement d’Union Montréal, et Frank Zampino, ancien président du comité exécutif.


Le p.-d.g. de Génius est à court de suggestions pour éclairer la commission Charbonneau sur les moyens d’endiguer la fraude, la corruption et la collusion dans l’octroi des contrats. Il a voulu se faire rassurant en réitérant que le cartel des ingénieurs est tombé en 2009 à la suite de la création de l’escouade Marteau.


Il a aussi suggéré à la Ville de Montréal d’accroître son expertise interne en embauchant plus d’ingénieurs pour qu’ils puissent être plus présents sur les chantiers et remettre en question les pratiques du privé. « Il faut renforcer davantage l’approche du partenariat. Nous aussi, on fait partie de la solution », a-t-il dit. « Et du problème », a riposté la présidente de la commission, France Charbonneau.


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Avec La Presse canadienne

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