Commission Charbonneau: Michel Lalonde n'a aucun regret

M. Lalonde n'a pas été ébranlé lors de son contre-interrogatoire, mercredi matin à la commission Charbonneau. (Photo d'archives)
Photo: Le Devoir M. Lalonde n'a pas été ébranlé lors de son contre-interrogatoire, mercredi matin à la commission Charbonneau. (Photo d'archives)
M. Lalonde a agi comme coordonnateur de la collusion pour les principales firmes de génie qui ont fait main basse sur les contrats à Montréal, en échange du versement d'une ristourne de 3 % à Union Montréal. Il a soudoyé de nombreux politiciens municipaux à Montréal et dans les banlieues en leur remettant de l'argent liquide pour les aider à gagner leurs élections.

Ses associés et lui ont versé près de 240 000 $ en dons illégaux au PQ, au PLQ et à l'ADQ, en se faisant rembourser sous forme de primes au rendement. Sans compter qu'il a réussi à corrompre le fonctionnaire à la retraite Claude Millaire, qui siégeait aux comités de sélection du ministère des Transports du Québec (MTQ).

Contrairement aux fonctionnaires montréalais Luc Leclerc et Gilles Surprenant, qui ont exprimé des remords pour avoir accepté des pots-de-vin pour faciliter la réclamation d'extras sur les chantiers, Michel Lalonde ne demandera pas pardon.

Il admet tout au plus qu'il s'est fait «le complice d'un vol de deniers publics» pour citer l'avocat de la Ville de Montréal, Martin Saint-Jean.

M. Lalonde n'a pas été ébranlé lors de son contre-interrogatoire, mercredi matin à la commission Charbonneau. Il a perdu son sourire ironique lorsque l'avocat du procureur général du Québec, Benoit Boucher, lui a fait remarquer qu'il aurait pu choisir de dénoncer Claude Millaire au MTQ au lieu de lui promettre une ristourne de 1,25 % sur les contrats que Genius obtiendrait grâce à son aide. A-t-il seulement pensé à le dénoncer? «Je regrette, malheureusement non», a-t-il dit.

M. Lalonde a insisté à plus d'une reprise pour affirmer que les firmes de génie-conseil n'avaient pas le choix d'agir en cartel et de contribuer aux caisses occultes des partis si elles voulaient obtenir des contrats. Il a fait un lien direct entre l'octroi des contrats publics et les dons illégaux, sauf au provincial, où les contributions ne menaient pas nécessairement à des contrats du MTQ.

M. Lalonde a mis sur le compte de la loi 106, adoptée en 2002 par le gouvernement péquiste de Bernard Landry, l'apparition d'un cartel au sein des firmes de génie. La loi visait à mettre un terme aux pratiques douteuses de municipalités, notamment Montréal et Longueuil, qui accordaient des contrats aux amis du régime sans appels d'offres. Elle forçait la tenue d'appels d'offres pour tout contrat de 100 000 $ et plus, tout en introduisant un système de pondération et d'évaluation des appels d'offres en deux étapes pour évaluer d'abord la qualité de l'offre, et ensuite le prix.

Pour éviter une guerre des prix, les firmes de génie se sont entendues entre elles pour s'échanger les contrats à tour de rôle, sans jamais faire de compromis sur la qualité des ouvrages, a insisté Michel Lalonde. Il n'a finalement pas expliqué la genèse de ce cartel en termes détaillés. C'est à la suite de contacts avec Rosaire Sauriol, vice-président de Dessau, qu'il est devenu le «porte-parole» des firmes de génie auprès de Bernard Trépanier, directeur du financement d'Union Montréal, et Frank Zampino, ancien président du comité exécutif. M. Sauriol lui aurait dit: «Écoute Michel, j'ai parlé avec les collègues puis tous sont d'accord pour que ça soit toi qui joues ce rôle de porte-parole parce que tu es quelqu'un de connu», a dit M. Lalonde.

Le p.-d.g. de Genius est à court de suggestions pour éclairer la commission Charbonneau sur les moyens d'endiguer la fraude, la corruption et la collusion dans l'octroi des contrats. Il a voulu se faire rassurant en réitérant que le cartel des ingénieurs est tombé en 2009 à la suite de la création de l'escouade Marteau.

Il a aussi suggéré à la Ville de Montréal d'accroître son expertise interne en embauchant plus d'ingénieurs pour qu'ils puissent être plus présents sur les chantiers et remettre en question les pratiques du privé. «Il faut renforcer davantage l'approche du partenariat. Nous aussi, on fait partie de la solution», a-t-il dit. «Et du problème», a renchéri la présidente de la commission, France Charbonneau.

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