Coût de réfection de Gentilly-2: le gouvernement libéral savait

Le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, témoigne en ouverture de la commission parlementaire sur la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, témoigne en ouverture de la commission parlementaire sur la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.

« On savait, avant le 4 septembre 2012, que ce n’était pas un projet qui pouvait être justifié financièrement par Hydro-Québec », a précisé le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, en point de presse après une présentation de plus de trois heures en commission parlementaire mardi.


« Ceci étant dit, Hydro-Québec est une société d’État et notre actionnaire nous demandait, en fonction d’un ensemble de considérations de développement régional, économique, de stratégie énergétique, de garder ouverte la possibilité de faire la réfection, ce qu’on a fait. »


Le gouvernement libéral savait que les coûts allaient exploser, car non seulement le sous-ministre des Ressources naturelles siégeait au conseil d’administration d’Hydro-Québec, mais la société d’État avait affirmé publiquement que le projet n’était plus rentable, et ce, à au moins trois reprises, en août 2010, en mars 2011 et en avril 2012. « Le gouvernement [précédent], comme c’est normal, avait des informations », a répété Thierry Vandal devant les parlementaires.

 

Choix « idéologique »


Depuis des mois, la députée libérale de Trois-Rivières, Danielle Saint-Amand, accuse le gouvernement d’avoir agi sur une base « idéologique » plutôt qu’économique en annonçant la fermeture de Gentilly-2 avant même d’avoir le fameux rapport d’Hydro-Québec, déposé le 2 octobre. Aujourd’hui, elle doit se défendre d’en faire autant alors qu’elle continue d’appuyer un projet qui aurait englouti 215 millions de dollars par année.


Le gouvernement et la deuxième opposition l’accusent d’avoir fait de « l’aveuglement volontaire » en refusant d’écouter les avertissements d’Hydro-Québec et d’avoir ainsi berné la population de la Mauricie. « Les signaux d’alarme qu’on a eus, c’était pour nous dire qu’on avait une augmentation des coûts », a-t-elle répondu en point de presse, ajoutant que les montants exacts n’étaient alors pas connus et qu’elle attendait donc le rapport d’Hydro-Québec.


Le gouvernement libéral savait qu’un rapport était en préparation chez Hydro-Québec, mais aucune demande formelle n’avait été formulée à cet effet. Lorsque le nouveau gouvernement a pris place en septembre, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a explicitement demandé un rapport, qui lui a été transmis en moins d’une semaine.

 

Gaz de schiste


Thierry Vandal a par ailleurs dû défendre la décision d’Hydro-Québec d’engager des investissements de plus de 980 millions en équipement, en ingénierie et en travaux préparatoires depuis 2008 en prévision de la réfection.


« Il était normal, pour un projet annoncé en août 2008, que des commandes soient placées dès 2008 et 2009 », a-t-il répondu aux parlementaires, précisant qu’il n’y avait eu pratiquement aucune attribution après août 2010. « On commençait à voir qu’il y avait eu une discontinuité importante dans les prix de marché. On a dit : un instant, là. On reporte et on réduit la cadence des dépenses sur ce projet-là. »


Il y a eu, d’une part, l’augmentation des coûts qui passaient de 1,9 à 4,3 milliards, explique Thierry Vandal. Mais c’est surtout l’arrivée massive du gaz de schiste qui a fait chuter radicalement les prix de l’énergie.


« Tout ce que j’ai dit en 2008 était vrai et il le reste dans le contexte de l’époque, s’est défendu le p.-d.g. d’Hydro-Québec. C’est regrettable, mais vous comprenez qu’Hydro-Québec n’a pas le contrôle sur le développement technologique qui a accompagné le développement du gaz de schiste à une vitesse qui a pris tout le monde par surprise. »


Ce qui n’a pas empêché le député caquiste François Bonnardel d’y aller d’une petite attaque bien sentie : « Dans le contexte d’une entreprise privée, un p.-d.g. qui dépense 1 milliard et qui, trois ans plus tard, dit à ses actionnaires : « Je me suis trompé », d’habitude, il perd son boulot. Vous êtes chanceux, vous êtes encore là. »

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