Gentilly-2: le PLQ savait que le projet de réfection était injustifié, dit Vandal

Québec — L'ancien gouvernement libéral a maintenu le cap sur la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2 alors qu'il savait très bien que c'était une mauvaise affaire au plan économique.

En commission parlementaire, mardi, le président-directeur général d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, a été très clair: le Parti libéral au pouvoir était au courant, au moment du déclenchement des élections en 2012, que le projet de réfection lancé en 2008 ne tenait plus la route.

«On a un actionnaire qui est le gouvernement du Québec, le sous-ministre des Ressources naturelles siège à notre conseil d'administration, on a traité ce sujet-là de façon continue à partir du mois d'août 2008. Il était connu, il était établi que les coûts avaient augmenté, que ce n'était pas un projet qu'Hydro-Québec pouvait elle-même justifier financièrement», a affirmé M. Vandal, en point de presse, après son exposé devant les parlementaires.

Des signaux voulant que les coûts de réfection — initialement évalués à 1,9 milliard — ne cessaient d'augmenter avaient été envoyés en 2010, 2011 et 2012, a rappelé M. Vandal.

Des exemples

Hydro-Québec, qui a suivi de près l'exécution de travaux similaires aux centrales de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick et Wolsong en Corée du Sud, a englouti près de 1 milliard dans le projet de réfection de Gentilly-2 avant d'appliquer les freins en 2010. La société d'État estime à 3,4 milliards l'investissement supplémentaire qu'il aurait fallu ajouter à ce montant pour compléter la remise en état.

Néanmoins, le projet n'est pas passé à la déchiqueteuse parce que le gouvernement de l'époque «avait comme orientation de maintenir ouverte la possibilité que la réfection se fasse», a dit M. Vandal.

«Quand le nouveau gouvernement [péquiste] est arrivé, on a eu des échanges, il nous a demandé de faire le point sur le projet, ce qu'on a fait. Il nous a demandé une recommandation qui portait sur le volet financier et c'est ce qu'on a fait en déposant le rapport», a-t-il ajouté.

Rendu public au début du mois d'octobre, le rapport recommandait la fermeture de la centrale, une perche que le nouveau gouvernement a rapidement saisie. La centrale a cessé de produire de l'électricité à la fin décembre 2012.

Schiste c. nucléaire

Devant les membres de la commission parlementaire, M. Vandal a expliqué que la croissance extraordinaire de l'industrie du gaz de schiste aux États-Unis a en quelque sorte scellé le sort de Gentilly-2. Le développement de cette filière a fait chuter le coût du gaz naturel sur le marché, et par conséquent celui de l'électricité.

Dans un tel contexte, l'électricité produite par Gentilly-2 — à plus de 8 ¢ le kilowattheure (kWh) — n'aurait pas été rentable, loin de là.

«On est très loin du seuil de rentabilité. Dans de telles conditions, on aurait perdu 215 millions chaque année avec l'électricité de Gentilly-2», selon le p.-d.g. d'Hydro-Québec.

Le PLQ se défend

«Les rapports, on ne les avait pas», a rétorqué la députée libérale de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, faisant remarquer que le rapport d'Hydro-Québec est daté du 2 octobre, près d'un mois après les élections.

«Ce qu'on comprend, c'est que le Parti québécois a pris une décision idéologique, une décision politique, qui ne tient pas compte de l'économie», a-t-elle soutenu.

À son avis, la réfection de Gentilly-2 reste parfaitement justifiée.

«On a toujours dit qu'on était favorable au projet de la centrale dans la mesure où les coûts étaient raisonnables. Ce qu'on nous a présenté ce matin, c'est huit cents le kilowattheure. Quand on compare à d'autres projets, c'est raisonnable», a-t-elle soulevé.

Pour le député François Bonnardel, de la Coalition avenir Québec, il apparaît évident que le Parti libéral «a passé un sapin» aux électeurs de la Mauricie l'automne dernier en leur cachant la vérité sur Gentilly-2.

«M. Vandal avait assurément informé Clément Gignac [alors ministre des Ressources naturelles], avait assurément informé Jean Charest et on a caché aux Québécois et aux gens de la Mauricie qu'Hydro-Québec avait déjà en tête de fermer Gentilly-2», a-t-il lancé.
16 commentaires
  • Robert Morin - Inscrit 29 janvier 2013 18 h 01

    Et vogue la galère !

    Et les libéraux qui se targuent d'être le parti de l'économie. Sans parler du volet environnement en plus. Ce parti est dans les vidanges sans possibilité de recyclage.

  • Suzanne Lachance - Abonné 29 janvier 2013 18 h 18

    Au moins, la CAQ se montre honnête dans ce dossier. C'est tout à son honneur de reconnaître que la décision du PQ était la bonne, alors que le PLQ a caché la vérité aux Québécois.

    • Louka Paradis - Inscrit 29 janvier 2013 20 h 53

      En effet, un bon point pour la CAQ. Leur bonne foi leur vaudra des points dans l'opinion publique.
      Louka Paradis, Gatineau

  • Georges Washington - Inscrit 29 janvier 2013 18 h 30

    L'éolien à 12,5¢/kWh lui?

    Désolé, mais ça ne marche pas du tout cette affirmation de Thierry Vandal. L'éolien nous coûte bien plus cher que le nucléaire et il n'a jamais été remis en question par la société d'Etat, ni par le gouvernement.

    Si Gentilly-2 n'est pas rentable à 8¢/kWh, que dire des achats d'électricité des parcs éoliens à 11¢ et 12¢/kWh? Même les parcs de la Gaspésie construits il y a 10 ans sont encore trop chers à 7,5¢/kWh.

    Est-ce que M. Vandal n'oublierait pas de dire que dans cette facture il y a le démantèlement de la centrale dans 25 à 30 ans qui est inclus?

    Le mémoire de M. Guy Marleau sera à surveiller de près. Il y a de toute évidence quelque chose qui cloche dans la version maintenant officielle de Hydro-Québec.

    Quant à la ministre Ouellet qui parle de rentabilité, moi j'attends qu'elle nous parle des parcs éoliens qui appauvrissent les Québécois bien plus que Gentilly-2. Il y a de toute évidence une guerre idéologique ici.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 29 janvier 2013 21 h 33

      HQ a toujours été opposé à l'éolien. C'est le gouvernement Charest qui leur a enfoncé dans la gorge, tout comme Gentilly d'ailleurs.

      M. Vandal devait se plier à la volonté de celui qui avait les deux mains sur le volant. Sinon, il aurait pris place sur le siège éjectable.

      Le gouvernement Charest n'encourageait l'éolien que pour créer des emplois. En fait, il forçait HQ à subventionner des emplois, qui autrement ne pouvait être justifiés.

      Ce faisant, il décotait la rentabilité d'HQ. Le milliard englouti inutilement dans Gentilly a eu le même effet: il minait la rentabilité d'HQ.

      Les drettistes s'en sont alors donné à coeur joie pour discréditer HQ en comparant leur faible rentabilité avec des équivalent privé. De là, le mot d'ordre était donné: Il faut absolument privatiser HQ afin de restaurer une certaine rentabilité. L'ombre de Desmarais planait.

      On voulait donc brader un joyau de la révolution tranquille. Est-ce que c'était le véritable objectif de M. Charest, ou n'est-ce qu'une conséquence imprévu de ces économistes à la noix?

      J'ai déjà écris que M. Charest était arrivé d'Ottawa avec un objectif bien précis: S'assurer que le Québec n'ait jamais les moyens économiques pour réaliser la souveraineté.

      Après avoir saboter la Caisse de Dépôt, il s'est attaqué à HQ pour le saboter lui aussi. Ajouter à cela le bradage des ressources naturelles, et tout cela se tient.

      On peut dire qu'il a assez bien réussi. Il suffit de regarder à quel point le gouvernement du PQ est menotté économiquement.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 31 janvier 2013 19 h 34

      Si on internalise tous les coûts ; refection + peut-être 25 ans d'exploitation [8¢]+ déclassement + dormance + démantellement du réacteur + Démantellement des bâtiments, si requis, déménagement et stockage sécuritaires des miliers de tonnes de combustibles et de matériaux irradiés.
      Si, on est responsable, on inclus les coûts pendant qu'on consomme l'énergie au lieu de pelleter aux clients de 2062 tous ces couts . Aors là on est dans les 22 ¢ de KWh ou +.
      Rénover G2 à ces vrais couts c'est subventinner à 2 M$ par jour pendant 25 ans la survie artificielle de la région Mauricie centre du Québec... Les maires et les chambres de commerces créent des illusions pour leurs électeurs et abonnés...

  • J-Paul Thivierge - Abonné 29 janvier 2013 18 h 44

    La réalité des vraies coûts en cas de réfection.

    T Vandal a révélé que les coûts de revient de l'énergie produite, sur une base de 680 MW à temps plein pendant 30 ans reviendrait à 8 ou 9 ¢ du KWh si la réfection duren 30 ans. Cependant cela n'inclus pas les coûts de déclassement et de démantellement en 2043. C'est donc dire que H-Q et le PLQ et ceux qui veulent renover la centrale ont décidé de pelleter en avant, en n'internalisant pas ces couts dans les coûts de production c'est de faire payer les clients de 2040-2050 etc quand en $ actualisé ces coûts seront supérieurs à 10 G$ et effectuer un stockage sécuritaire de plusieurs milliers de tonnes de combustibles et de matériaux irradiés pour des centaines de milliers d'années...

    La logique et le bon sens [GBS] c'est de s'organiser pour fermer, déclasser et démanteler sécuritairement et progressivement... en espérant qu'en 2062 le site soit remis à son état original. NON RADIOACTIF

  • Francois Parent - Inscrit 29 janvier 2013 18 h 46

    Incompétence ou favoritisme ?

    Les Libéraux sont incompétent et ils achètent leur électorat avec des projets et subventions. Ce n'est pas responsable comme gouvernement.