Commission Charbonneau – Fonctionnaires et élus défendent leur intégrité

Selon Michel Lalonde, qui poursuit son témoignage mardi, plusieurs élus municipaux, notamment, auraient bénéficié de la générosité de sa firme.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon Michel Lalonde, qui poursuit son témoignage mardi, plusieurs élus municipaux, notamment, auraient bénéficié de la générosité de sa firme.

L’ancien directeur des travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil, nie avoir reçu de l’argent de l’ingénieur Michel Lalonde. Considérant sa réputation mise à mal par le témoignage du p.-d.g. de la firme Genius, M. Marcil souhaite maintenant être entendu par la commission Charbonneau.

La semaine dernière, l’ingénieur Michel Lalonde avait décrit le système de partage de contrats au sein de la douzaine de firmes de génie-conseil faisant affaire avec la Ville de Montréal. Il avait mentionné avoir eu recours au fonctionnaire Robert Marcil qui, lorsqu’il dirigeait le service des travaux publics de la Ville, était chargé de la formation des comités de sélection dans le cadre du processus d’octroi de contrats.

Contraint de quitter son poste en 2009 après avoir participé à un voyage avec Joe Borsellino, patron de la firme Construction Garnier, M. Marcil a par la suite été embauché par la firme SMi.

Par voie de communiqué, mardi, M. Marcil a soutenu avoir rencontré les enquêteurs de la commission Charbonneau en octobre dernier et avoir répondu à toutes leurs questions. La commission ne l’a pas invité à témoigner, mais il souhaiterait le faire « dans les plus brefs délais ».

Robert Marcil a défendu son intégrité. « Tout au long de ma carrière à la Ville de Montréal, j’ai toujours exercé mes fonctions avec la plus grande intégrité. Je ne peux laisser de fausses allégations venir entacher ma réputation et celle de mon employeur », a-t-il indiqué.

Deguire nie

Selon Michel Lalonde, qui poursuit son témoignage mardi, plusieurs élus municipaux auraient bénéficié de la générosité de sa firme. Parmi eux, le maire de l’arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, et son collègue de Saint-Léonard, Michel Bissonnet, auraient chacun reçu 2000 $ de Genius pour leur campagne électorale de 2009, a-t-il relaté.

Le chef de cabinet de Gilles Deguire, Jean-Marc Jacques, a vivement nié les allégations de Michel Lalonde. « M. Deguire n’a reçu aucune somme d’argent de M. Lalonde, ou de M. [Donato] Tomassi ou de M. [Bernard] Trépanier. Il n’a jamais eu de rencontres avec ces gens-là depuis son arrivée au municipal, en août ou septembre 2009 », a affirmé M. Jacques, qui a parlé à M. Deguire lundi soir. Élu maire de l’arrondissement de Montréal-Nord en novembre 2009, M. Deguire est un ancien policier qui a occupé les fonctions d’attaché politique de l’ex-ministre libérale Line Beauchamp. Il n’a pas assisté aux séances du conseil municipal qui se déroulent depuis deux jours, car il est à l’extérieur de la Ville, a précisé M. Jacques.

Quant à la firme Genius, que dirige M. Lalonde, elle n’a obtenu aucun contrat avec Montréal-Nord, assure Jean-Marc Jacques. Le dernier mandat obtenu par le Groupe Séguin, ancienne raison sociale de la firme de M. Lalonde, remonte à 2008. Il s’agissait d’un contrat de surveillance de travaux, a précisé M. Jacques.

Michel Bissonnet, qui aurait lui aussi reçu 2000 $ de Michel Lalonde, est en vacances à l’étranger et sera de retour le 4 février, a-t-on indiqué au bureau de l’arrondissement de Saint-Léonard.

Le bateau-mouche

De son côté, la chef de l’opposition, Louise Harel, a reconnu mardi matin avoir participé à un cocktail de financement tenu en août 2009 sur un bateau-mouche et organisé par Michel Petit, ancien conseiller politique de Benoit Labonté. Le nom de M. Petit avait été évoqué la veille par Michel Lalonde qui affirmait avoir versé 25 000 $ à M. Petit en échange d’une rencontre privée avec M. Labonté qui, à cette époque, était candidat à la mairie de Montréal et chef de Vision Montréal.

« Étiez-vous présente au cocktail de financement organisé par Michel Petit le 25 août 2009 sur le bateau-mouche alors que vous étiez chef de Vision Montréal depuis deux mois? », a demandé le conseiller de Projet Montréal Marc-André Gadoury à Mme Harel à l’occasion de la séance du conseil municipal. « Oui », a répondu la chef de l’opposition, avant d’ajouter : « Vous savez, la culpabilité par association, c’était au Moyen Âge seulement. »

Lundi, Mme Harel avait soutenu n’avoir rien à voir avec les révélations de Michel Lalonde. Michel Petit travaillait pour le compte de Benoit Labonté et non pour le parti Vision Montréal, avait-elle précisé. À son arrivée à la tête de Vision Montréal, en 2009, Mme Harel avait confié le dossier du financement à Sylvie Bourassa, avait-elle ajouté.

Le chef d’Union Montréal, Richard Deschamps, a lui aussi dû répondre aux questions de la deuxième opposition qui lui a demandé si son parti rembourserait aux contribuables les 300 000 $ reçus de Michel Lalonde. « Ce que j’ai entendu dire par M. Lalonde, c’est qu’il avait remis des montants d’argent à Bernard Trépanier, mais beaucoup de personnes se posent la question sur ce qui s’est passé après avec l’argent. J’invite mon collègue [Alex] Norris à être extrêmement prudent. Je pense qu’il faut laisser les travaux de la commission Charbonneau se dérouler avant de tirer des conclusions qui sont peut-être fausses », a répliqué M. Deschamps.