Commission Charbonneau – Des partis provinciaux ont reçu près de 240 000 $ de Genius et Lalonde

Michel Lalonde entre progressivement dans la dynamique du financement des partis provinciaux ce matin à la commission Charbonneau.
Photo: Le Devoir Michel Lalonde entre progressivement dans la dynamique du financement des partis provinciaux ce matin à la commission Charbonneau.
Michel Lalonde entre progressivement dans la dynamique du financement des partis provinciaux ce matin à la commission Charbonneau. Les règles non écrites y étaient différentes que dans le monde municipal, où les maires et les comités de sélection pouvaient être soudoyés facilement. Au provincial, un don n'était pas synonyme d'un contrat, a dit M. Lalonde.

L'ingénieur, les associés de Genius et les membres de leur famille ont contribué au financement du Parti québécois (PQ), du Parti libéral du Québec (PLQ) et, dans une moindre mesure, de l'Action démocratique du Québec (ADQ).

Ces contributions n'avaient rien à voir avec l'expression de convictions politiques. C'est «en bon développeur des affaires» que M. Lalonde aidait stratégiquement les partis provinciaux. C'était un moyen de se rendre visible et d'espérer des contrats du ministère des Transports du Québec. «C'est depuis Duplessis que c'est comme ça. On a des projets, on contribue», a-t-il expliqué. M. Lalonde avait l'habitude de fiancer davantage le parti au pouvoir, quel qu'il soit, tandis que ses associés se rabattaient sur les deux partis d'opposition.

Sur un peu plus de dix ans, Michel Lalonde, sa femme Diane Graveline-Lalonde et leur fils Philippe ont donné: 27 450 $ au PQ et 26 700 $ au PLQ, pour un grand total de 54 150 $.

Les associés de Genius et leurs conjoints ont versé pour leur part: 89 995 $ au PQ, 66 940 $ au PLQ, 28 700 $ à l'ADQ, pour un total de 185 635 $

Les dons faits aux partis sont conformes à la loi électorale, jusqu'à un certain point. Ils ont été faits par chèque, sans dépasser le montant maximal, et ils ont été déclarés au Directeur général des élections (DGE).

M. Lalonde et ses associés ont commis une entorse à la loi, car ils ont obtenu des remboursements de Genius sous la forme de primes au rendement. À cette époque, la loi électorale permettait les dons individuels, tout en interdisant les contributions des entreprises.

Le MTQ

Dans ses contrats avec le ministère des Transports, Genius a bénéficié d'une autre porte d'entrée: un de ses associés, Gilles Thibodeau, était ami avec un retraité qui siégeait parfois comme «membre externe» à des comités de sélection. Il allait avec lui à la chasse et à la pêche.

Cet homme, Claude Millaire, a reçu des cadeaux: une caméra de 500 $, un cellier d'appartement de 1500 $, une machine à café espresso de 1500 $ et «un petit portable». De 2004 à 2010, il a même joui d'un appareil téléphonique portable dont la facture mensuelle était acquittée par Génius. Le relevé de Bell Canada a même été déposé en preuve devant la commission, confirmant les dires de M. Lalonde.

«À un moment donné, Gilles m'a dit: "Écoute, peut-être qu'on pourrait lui donner un petit peu d'argent, style 1% ou quelque chose comme ça", alors j'ai dit: "Okay"», a raconté M. Lalonde. De «petits montants» de 2000 $ ou 3000 $ se sont donc ajoutés aux cadeaux, à l'occasion.

En février 2008, M. Lalonde lui a même donné 25 000 $ après que Génius eut remporté un appel d'offres pour un contrat de 3 millions $ sur l'autoroute 13, à Montréal.

M. Millaire lui avait dit avoir «travaillé fort» pour que Genius remporte ce contrat, mais le procureur de la commission, Me Denis Gallant, lui a appris que ce n'est même pas M. Millaire, au sein du comité de sélection, qui lui avait donné la note la plus élevée.

De façon générale, M. Lalonde a estimé que le ministère des Transports était beaucoup mieux équipé que les municipalités pour faire face aux tentatives de corruption. Le cas de M. Millaire au sein du comité de sélection était «un cas d'exception», selon lui.

Ainsi, M. Lalonde a dit disposer de moins de marge de manoeuvre pour «accommoder» des entrepreneurs en construction pour des contrats du ministère, parce que ces contrats sont plus encadrés, que des fonctionnaires y participent et que chaque «extra» doit être débattu avec un représentant du ministère.

Néanmoins, il est arrivé qu'un entrepreneur, plutôt que de lui demander de l'argent pour des «extras», lui demande d'acheter des billets pour une activité politique, a-t-il admis.





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