La CAQ créerait deux classes d’université

«Arrêtons d’avoir peur de l’excellence au Québec», a plaidé le chef de la CAQ, François Legault par rapport à la qualité de l'enseignement supérieur.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Arrêtons d’avoir peur de l’excellence au Québec», a plaidé le chef de la CAQ, François Legault par rapport à la qualité de l'enseignement supérieur.

La Coalition avenir Québec propose une petite révolution en éducation supérieure avec la création de deux classes d’université, l’une locale et l’autre d’envergure mondiale, qui pourrait exiger des droits de scolarité plus élevés.

« Ce qu’on doit enfin dire au Québec, et on a de la difficulté à le dire, c’est que certaines universités, comme l’Université de Montréal, ont un rayonnement international, ont un niveau de recherche où elles doivent être capables d’être compétitives avec les universités dans le monde », a fait valoir lundi le chef de la CAQ, François Legault, qui était accompagné de son porte-parole en matière d’éducation supérieure, Stéphane Le Bouyonnec.


« L’Université de Montréal, actuellement, perd un professeur par mois », a soutenu François Legault, des chercheurs qui s’en vont dans le reste du Canada ou aux États-Unis. Pour les retenir, il faut que les universités qui font de la recherche de calibre mondial aient « de la latitude » pour augmenter leurs droits de scolarité, qui seraient sujets à un plafond que le comptable de formation n’a pas chiffré.


Les universités comme l’Université de Montréal ou McGill doivent avoir des moyens comparables à l’Université de Toronto, toutes proportions gardées, estime le chef caquiste, tout comme l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke, qui font partie du club sélect des grandes universités québécoises. Les facultés de sciences humaines de l’UQAM peuvent aussi s’enorgueillir de mener des recherches de portée mondiale ainsi que le département de foresterie de l’Université du Québec à Chicoutimi et celui d’océanographie à Rimouski, a-t-il indiqué.


Le système universitaire québécois a été un grand succès en ce qui a trait à l’accessibilité, a mentionné Stéphane Le Bouyonnec. « Ce qu’on veut, c’est le beurre et l’argent du beurre », a illustré François Legault. « C’est un peu comme le sport : oui, la participation, mais oui aussi, on a besoin d’une élite. Ce sont ces élites, ces leaders qui vont nous permettre de faire avancer le Québec. Arrêtons d’avoir peur de l’excellence au Québec. » Une « compétition planétaire » existe pour attirer les meilleurs professeurs et les meilleurs chercheurs, a-t-il souligné. « C’est un peu comme les joueurs de hockey. »


« Prenez la France. Il y a des universités, comme la Sorbonne, qui sont accessibles à tout le monde, même gratuites, mais il y a les grandes universités. Tous les pays sont comme ça », croit François Legault.


Le chef caquiste reproche au ministre de l’Éducation supérieure, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, de faire un débat qui se limite à l’accessibilité. « Personne n’a parlé de qualité de l’enseignement », a-t-il déploré.


Selon son analyse, le réseau de l’Université du Québec est financé adéquatement, mais pas les universités privées qui se voient forcées de consacrer des sommes destinées à l’enseignement afin de soutenir la recherche. La rectrice de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, lui a dit que les fonds de recherche en provenance du gouvernement fédéral créent un problème de financement en raison des frais indirects liés à la recherche, a relaté François Legault.

 

Des droits modulés


En outre, la CAQ propose, comme l’a fait le candidat à la chefferie libérale Raymond Bachand, de moduler les droits de scolarité en fonction du coût de la formation, et ce, pour toutes les universités. Ainsi, les droits seraient plus élevés en médecine qu’en sciences humaines, plus élevés aussi en génie. Comme cette modulation serait à coût nul, les droits dans certaines facultés diminueraient. À l’heure actuelle, certains étudiants paient 10 % du coût de leurs études alors que d’autres en paient 40 %, a rappelé la CAQ.


Pour ne pas nuire à l’accessibilité, le régime de prêts et bourses serait bonifié pour compenser les hausses décrétées dans les grandes universités, promet la CAQ. De plus, le « remboursement proportionnel au revenu » serait introduit, tout comme l’effacement de la dette étudiante dix ans après la fin des études pour quelqu’un qui n’aurait pas les moyens de la rembourser.


La CAQ, qui jouit d’un statut d’observateur au sommet sur l’enseignement supérieur, déposera dans les prochaines semaines un programme détaillé de ses propositions.


À l’Université de Toronto, les droits de scolarité sont modulés ; c’est le cas dans la plupart des universités canadiennes. Il en coûte 5450 $ par an pour des études ès arts à l’Université de Toronto, 8775 $ en architecture, 11 000 $ en génie, 21 000 $ en médecine, 25 000 $ en droit, 28 000 $ en dentisterie et 37 000 $ en finance.

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68 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 29 janvier 2013 00 h 53

    C'est lui qui avait amené la compétition entre les universités

    Là, il semble encore avoir changer d'idée. Une joke: je vais dire comme Jean Charest l'appelait: pas fiable.

    Moduler en fonction des emplois recherchés, d'accord . Mais, de moduler les universités entre elles, désolé, je passe mon tour. Cela va créer un autre sorte de désiquilibre social entre Montréal et Gatineau, Rimouski, Rouyn-Noranda.

    • Luciano Buono - Abonné 29 janvier 2013 07 h 02

      Tout a fait d'accord avec votre commentaire sur le déséquilibre géographique. En plus, cela crée un déséquilibre au niveau des opportunités pour les diplômés comme cela se voit dans les pays qui ont ces systèmes à deux vitesse. En France, certaines positions en administration et en politique ne sont offertes qu'aux diplômés de l'ENAP, aux Etats-Unis les diplômés des universités ¨Ivy League¨(Cornell, Yale, Harvard, Princeton, MIT, Stanford,...) se créent des réseaux incestueux, même chose en Angleterre avec Cambridge et Oxford. Quand on sait que George W. Bush est diplômé de Yale et Harvard, on voit que ce n'est pas toujours le mérite qui guide ces universités.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2013 22 h 32

      On donne comme alibi que les frais de scolarité seraient proportionnels aux coûts d’enseignement, de recherche et d’infrastructure. Or, à l’université de Toronto, les frais les plus élevés sont ceux du programme de finance. En finances : pas de labos, pas de grosses infrastructures - pourquoi donc est-ce plus cher qu’en médecine, en génie ou en dentisterie par exemple?

      En droit, que des livres - pourquoi plus cher qu’en médecine ou en génie?

      On dirait que le coût d’inscription est plutôt proportionnel aux revenus anticipés de la profession pour laquelle on forme.

      Ainsi, les plus riches ont un meilleur accès aux professions les plus payantes. Reproduction sociale.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 29 janvier 2013 22 h 38

      On appelle ça de l'élitisme. C'est le bon vieux principe de séparation des classes.

  • Jonathan Prud'homme - Abonné 29 janvier 2013 01 h 06

    Donc, après avoir combattu les universités à rabais ET les universités aux prix abusifs, la CAQ choisit d'appuyer les deux en même temps.

    • Claude Lachance - Inscrite 29 janvier 2013 09 h 06

      La CAQ ne veut rien d'autre que de mordre à pleine dent ce qui pourrait lui rapporter des votes. gauche droite etc... l'Important :Improviser surtout devant devant le kodak.

  • Jonathan Prud'homme - Abonné 29 janvier 2013 01 h 10

    Pour la qualité de l'enseignement, il faudrait penser à avoir des professeurs, au lieu de juste de bons chercheurs. ... la CAQ me désespère.

    • Georges Washington - Inscrit 29 janvier 2013 07 h 28

      De toute évidence, la CAQ et François Legault n'y comprennent rien. Il ne suffit pas d'être un bon chercheur pour être un bon professeur. Et un bon chercheur, on veut qu'il cherche, pas qu'il enseigne au bac.

      Combien de recherche le Québec peut-il supporter? Doit-on sacrifier l'Education pour la recherche? Oui, il y a des chercheurs qui partent, mais cela a-t-il vraiment à voir avec les frais de scolarité? Est-ce que ce sont les étudiants au bac qui doivent financer la rétention des chercheurs dans les universités?

      La CAQ a encore beaucoup de pain sur la planche avant de prétendre nous livrer une pensée le moindrement cohérente sur le sujet de l'Education. Nous nageons en plein simplisme élitiste.

  • Alain Toussaint - Inscrit 29 janvier 2013 02 h 31

    Oui certain!

    Si on calcule bien, le coût de mes études dont je devrai accomplir pour devenir médecin-chercheur radiologiste se détaille comme suit:

    44 000$ pour le bacc en génie physique (polytechnique) qui donne une bonne formation sur les nanotechnologies utilisées en radiologie.

    22 000$ pour le programme de maitrise en physique médicale à mcgill.

    84 000$ + 33 000$ == 117 000$ pour le programme conjoint MD/PhD à mcgill.

    105 000$ pour la résidence en radiologie interventionelle.

    Tout ça pour diagnostiquer des cancers, des accidents cérébraux-vasculaires, des traumatismes et pour faire de la recherche sur des agents de contrastes permettant de mieux identifier les dommages fait par ces maladies.

    en contrepartie, je ne dispose pas assez d'aide financière aux études pour financer la moitié de mon bacc en génie physique et je ne vois pas comment des simples ajustements au régime de prêt & bourses pourrait aider dans ma situation étant donné que je n'ai pas assez d'aide financières aux études pour faire la moitié de mon bacc.

    vive les banques...

    • Marc Collin - Inscrit 29 janvier 2013 08 h 22

      Pour les étudiants en médecine, il était assez aisé d'avoir un prêt, ça ne doit pas avoir changé.

      Après libre, d'investir dans son future ou non

    • Michèle Laframboise - Abonnée 29 janvier 2013 08 h 50

      Hélas, oui, les banques se font des sous avec les intérêts des prêts (d'où les frais si élevés en finances à L'U de Toronto?)

      Mais vous savez où vous voulez aller. Bon courage, M. Toussaint, même si je pense que vous n'en manquez pas!

    • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 29 janvier 2013 09 h 01

      Si je comprends bien, devant de telles sommes, une augmentation des frais de scolarité de quelques milliers de dollars sur quelques années d'études n'a aucune incidence.

    • Alexandre Beaudet - Inscrit 29 janvier 2013 10 h 41

      Des salaires de $200,000 et plus vous attendent après vos études. Je ne me plaindrais pas si j'étais vous !

    • Alain Toussaint - Inscrit 29 janvier 2013 10 h 42

      Marc Collin, en effet, les banques peuvent garantir une marge de crédit de 200 000$ ce qui est suffisant aujourd'hui pour des études en médecine mais ne l'est pas sous les frais que je viens de décrire.

      Merci Mme Laframboise :)

      Jacques Saint-Cyr, Dans mon cas, en effet, une augmentation des frais de scolarité aurait peu d'influence mais cependant, dans le cas que je mentionne ci-bas (voir la personne monoparentale), elle serait soit, plus endettée (en haussant le plafond d'endettement) ou bien elle ne pourrait pas compléter 60 crédit de son bacc.

      Alain

    • Viviane Genest - Inscrite 29 janvier 2013 11 h 56

      Obliger les étudiants à emprunter aux banques les obligent également à payer des intérêts aux banques, comme si les banques s'enrichissaient pas déjà assez sur le dos du monde.

    • Alain Toussaint - Inscrit 29 janvier 2013 15 h 24

      Alexandre Beaudet, les salaires à la résidence sont plutôt 54 000$ par an en moyenne pour un résident en radiologie dans les forces armées canadienne (source http://www.forces.ca/fr/page/echellessalariales-13 mais je n'ai pas de références dans le civil malgré qu'ils doivent être similaire.

      Pour ce qui est d'un postdoc, c'est 45 000$ par an en moyenne.

      Maintenant, tenez compte du temps de clinique (2 à 3 jours) et du temps de recherche (2 à 3 jours) dans une semaine donnée et les salaires devraient avoisiner 50 000$ par an pendant 5 ans de résidence et de postdoc.

      C'est seulement quand on est prof que des salaires de 200 000$ sont possible.

      Alain

    • Luc-Olivier Leclerc - Inscrit 30 janvier 2013 09 h 20

      Il n'existe aucun saire de 200 000 $ qui est du à quelque étudiant que ce soit, cela est complètement faux et déconnectement de la réalité

  • Alain Toussaint - Inscrit 29 janvier 2013 02 h 42

    autre point

    Ce dont il faut, c'est une refonte totale de l'aide financière aux études; bon nombre de parents monoparental qui ont un enfant en bas de 12 ans ne peuvent jamais compléter un bacc étant donné que le plafond d'endettement est trop bas et qu'il permet de compléter environ 60 crédits au total. La situation est décriée par le personnel de l'aide financière aux études mais cependant, il est peu possible d'apporter des changements sans les endetter encore plus (et 30 000$ de dettes pour une personne monoparentale est lourd) mais surtout, il faudrait bonifier les bourses à tout le monde pour que ces personnes en bénificie tout en étant juste envers les autres étudiant.

    Alain