Commission Charbonneau: Lalonde confirme qu'une firme lui a dit devoir s'occuper d'Abdallah

Michel Lalonde, dont l'entreprise s'appelait à l'époque Groupe Séguin, a confirmé la rencontre, en 2005, entre lui et M. Zambito et un représentant de la firme Tremca, qui fabriquait des tuyaux de béton préfabriqué pour égouts.
Photo: Le Devoir Michel Lalonde, dont l'entreprise s'appelait à l'époque Groupe Séguin, a confirmé la rencontre, en 2005, entre lui et M. Zambito et un représentant de la firme Tremca, qui fabriquait des tuyaux de béton préfabriqué pour égouts.
D'abord, M. Lalonde a confirmé en partie une rencontre déjà relatée à la commission par l'ex-dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito.

M. Lalonde, dont l'entreprise s'appelait à l'époque Groupe Séguin, a confirmé la rencontre de 2005 entre lui, M. Zambito et un représentant de la firme Tremca, qui fabriquait des tuyaux de béton préfabriqué pour égouts.

M. Zambito avait soutenu s'être fait dire que contrairement à la technique de coulage des tuyaux sur place qu'il avait choisie, dans la soumission qui avait été retenue, il devrait plutôt privilégier celle des tuyaux Tremca, parce qu'il y avait eu entente entre Tremca et M. Abdallah.

M. Lalonde a confirmé que M. Zambito s'était plaint, lors de la rencontre, du fait que la méthode maintenant suggérée allait lui coûter 300 000 $ de plus. Puis il a soutenu que le représentant de Tremca aurait insisté sur cette somme de 300 000 $ et ajouté: «moi, il faut que je parle à monsieur Abdallah et il faut qu'on s'occupe de lui».

«Vous semblez dire dans votre témoignage que l'une des conditions pour qu'il y ait une approbation de ce contrat-là par le directeur général, pour que ça aille de l'avant par monsieur Abdallah, c'était de choisir l'option des tuyaux préfabriqués Tremca?» lui a demandé le procureur de la commission, Me Denis Gallant.

M. Lalonde a confirmé. «Quand j'ai eu l'appel des gens de Tremca, c'était comme un message à l'effet que le dossier était à la direction générale et que si c'était la solution préfabriquée, notre produit, ce serait bien accueilli. Pour moi, c'est assez clair», a-t-il dit.

M. Zambito a finalement accepté de prendre les tuyaux de Tremca et a bel et bien été compensé en conséquence pour les déboursés supplémentaires que cela lui occasionnait, a confirmé M. Lalonde.

On a par ailleurs appris que M. Abdallah a été présenté à M. Lalonde par l'entrepreneur Tony Accurso, vers la fin de 2004 ou le début de 2005. «La première fois que je l'ai rencontré, j'étais dans un restaurant à Laval. J'ai croisé monsieur Tony Accurso et il a dit: "Je veux te présenter quelqu'un" et il m'avait présenté monsieur Robert Abdallah, ce qui m'avait permis de le rencontrer de façon plus conviviale. Monsieur Abdallah m'avait dit: "Si jamais il y a quelque chose, je suis à la Ville, comme directeur général, tu m'appelles et il n'y a pas de problèmes"», a relaté le président de Génius conseil.

Cosmo Maciocia

M. Lalonde a également confirmé l'existence de collusion et de financement politique douteux dans les arrondissements, en plus de la ville centre.

Il a ainsi raconté qu'au printemps 2005, l'ex-maire de l'arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Cosmo Maciocia, lui avait dit qu'il avait besoin d'argent pour sa campagne électorale.

«Il m'a dit "j'ai une grosse élection à préparer; je risque d'avoir de l'opposition. Je vais avoir besoin d'aide et j'aimerais pouvoir compter sur toi. J'aurais besoin de 60 000 $". Il m'a dit "inquiète-toi pas, t'as quand même eu beaucoup de projets dans l'arrondissement, il y en a d'autres qui s'en viennent après les élections. T'es pas le seul, je vais également solliciter Dessau pour le même montant"», a relaté M. Lalonde.

Le non versé réparti

Par ailleurs, il a aussi indiqué qu'après que le stratagème de collusion entre les firmes de génie-conseil ait pris fin, à la fin de 2009, une somme de 60 000 $ qui avait été amassée pour donner au parti Union Montréal a plutôt été répartie entre les six associés de sa firme.

La semaine dernière, M. Lalonde avait témoigné du fait qu'avec l'ancien responsable du financement du parti Union Montréal, Bernard Trépanier, il avait mis sur pied un stratagème grâce auquel les firmes de génie-conseil versaient une ristourne équivalant à trois pour cent de leur part des grands projets d'infrastructure de la Ville de Montréal au parti Union Montréal.

Or, vers la fin de 2009, avec les reportages dans les médias, la création de l'escouade policière Marteau et les rumeurs qui circulaient, tous ont décidé de mettre fin au stratagème.

Mais comme Génius avait continué, durant les mois précédents, d'amasser de l'argent pour éventuellement verser sa ristourne à Union Montréal, elle s'est retrouvée avec une somme non versée de 60 000 $.

Et c'est cette somme que M. Lalonde a décidé de répartir entre les six associés.
Avant lui, d'autres témoins, ex-fonctionnaires à la Ville, ont remis à la commission les sommes qu'ils n'avaient pas dépensé.

Rappel poli

Par ailleurs, M. Lalonde a souligné que pour être sûr qu'il n'oublie pas de verser sa ristourne au parti, M. Trépanier lui faisait «un rappel poli» à chaque fois.

Le versement de cette ristourne, destinée à la caisse électorale du parti, a débuté à la fin de 2004 pour un contrat de réfection routière de 2004 à 2006, qui avait été octroyé au consortium Groupe Séguin et BPR. Son entreprise Génius conseil s'appelait à cette époque Groupe Séguin.

La somme devait être payée dès que le contrat de services professionnels était octroyé et non à la fin des travaux, a précisé l'ingénieur.

Il est déjà arrivé que le budget prévu ne soit pas totalement dépensé ou que les travaux ne soient pas totalement exécutés, mais il était trop tard pour lui, la somme de trois pour cent avait été payée et on ne demandait pas de remboursement à M. Trépanier, a-t-il précisé à la présidente de la commission, France Charbonneau.

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