Commission Charbonneau: un ingénieur admet la collusion entre firmes de génie

Le témoin Martin Dumont a confessé un oubli que la juge Charbonneau a eu du mal à accepter.
Photo: Le Devoir Le témoin Martin Dumont a confessé un oubli que la juge Charbonneau a eu du mal à accepter.

«On avait à se parler si on voulait s'assurer de pouvoir bien partager les mandats et s'assurer de pouvoir rencontrer nos obligations face aux contributions politiques qu'on avait à faire», a expliqué M. Lalonde au procureur de la commission, Me Denis Gallant.

Poursuivant son témoignage devant la commission, M. Lalonde s'est lui-même qualifié de «porte-parole» du groupe qui se répartissait les contrats d'avance. Il avait été choisi parce qu'il était bien vu, même par les grandes firmes de génie-conseil. À ce titre, c'est lui qui appelait les autres firmes de génie pour veiller au partage des contrats de services professionnels et à ce qu'il y ait une soumission de complaisance, pour que le tout ait l'air légitime.

Il discutait des projets à venir avec Bernard Trépanier, ancien responsable du financement du parti Union Montréal, qui avait, dit-il, ses contacts auprès du comité exécutif.

M. Lalonde a aussi admis avoir déjà donné de l'argent pour s'assurer que les comités de sélection fassent le bon choix de firme de génie.

Robert Marcil, ancien directeur des travaux publics de la Ville de Montréal, était responsable des comités de sélection dans le secteur des infrastructures, a-t-il mentionné.

«Dans un cas, c'est moi-même qui ai fait une remise d'argent, mais de façon générale, M. Trépanier m'avait dit "on s'occupe de monsieur Marcil comme tel". Il m'avait dit: "d'après moi, probablement que ce sera environ 5000 $ par comité de sélection ou par événement"», a rapporté M. Lalonde.

Il s'est souvenu d'une occasion où il avait personnellement remis de l'argent à M. Marcil pour quelqu'un d'autre, pour un projet appelé De Clichy, dans l'arrondissement Pointe-aux-Trembles.

«Monsieur Trépanier m'avait dit "ça va peut-être prendre un petit montant de 2000 $ pour un des membres du comité de sélection" et il m'avait dit "tu le remettras à Robert, il va s'occuper de ça". C'est la fois où j'ai remis un montant d'argent à monsieur Marcil», s'est souvenu M. Lalonde.

Il a soutenu que le système de financement était «sanctionné».

Invité par la juge France Charbonneau à préciser ce qu'il voulait dire, il a expliqué: «quand quelqu'un te demande des montants appréciables comme ça, qui sont pour des contributions politiques, j'imagine qu'il faut que ça vienne du parti, qu'il faut que ça vienne des gens concernés. Et il (M. Trépanier) m'avait dit "écoute, monsieur Zampino, on a établi ça ensemble, on a jasé de ça". C'est pour ça que je dis "sanctionné"; il était au fait», a affirmé M. Lalonde.

Frank Zampino est l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

M. Lalonde a estimé avoir donné entre 50 000 $ et 100 000 $ par année pour la caisse électorale du parti Union Montréal entre 2005 et 2009. Et il le faisait, a-t-il témoigné, pour être bien placé pour obtenir des contrats de la Ville de Montréal.

Martin Dumont confronté à ses incohérences


Plus tôt, l’avocat d’Union Montréal a porté un nouveau coup à la crédibilité de Martin Dumont jeudi matin à la commission Charbonneau, en exposant des incohérences sur ses déclarations au sujet du rôle de l’ex maire Gérald Tremblay dans le financement illicite du parti.

Lors de son témoignage en octobre dernier, M. Dumont a porté un dur coup à la réputation du maire, en affirmant qu’il avait été présent lors d’une rencontre de 2004 où il a été question de l’existence d’une double comptabilité à Union Montréal. L’agent officiel du parti était présent, de même que M. Dumont. Lorsqu’ils ont parlé d’un budget secret pour l’élection partielle dans Saint-Laurent, M. Tremblay aurait quitté la pièce en disant: «Moi, je n’ai pas à savoir ça.»

 

Curieusement, Martin Dumont n’a pas relaté cette information au potentiel explosif lors de sa première rencontre avec les enquêteurs de la commission, le 12 septembre dernier. Il leur a dit après plus d’un mois de réflexion, le 17 octobre.

 

La juge France Charbonneau est étonnée par cet oubli. «C’est un élément important qui aurait dû faire en sorte que vous vous en souveniez tout de suite, a-t-elle dit. Comment se fait-il que vous ne vous en êtes pas rappelé dès la première entrevue?»

 

«Banal»


L’ex organisateur politique d’Union Montréal a creusé sa tombe en affirmant que «c’était banal» que le maire soit au cœur d’une discussion sur la double comptabilité et le financement illégal de son parti.

 

L’avocat d’Union Montréal, Michel Dorval, a bondi sur l’occasion, suggérant à M. Dumont qu’il avait encore inventé une histoire de financement illégal pour susciter un plus grand impact lors de son passage à la commission. «La réponse, c’est non», a dit M. Dumont.

 

Dans les premières minutes du contre-interrogatoire, Me Dorval a défendu mollement Union Montréal, en cherchant à ébranler la crédibilité de Martin Dumont sur des éléments pointus. Une fois additionnés ensemble, tous les petits détails montrent que M. Dumont a soit menti, soit exagéré sur le financement illégal du parti.

 

Me Dorval, a notamment exhibé une facture datée du 18 novembre 2004, attestant qu’un réparateur s’est rendu aux bureaux de la formation, rue Saint-Paul est, pour réparer le fameux coffre-fort qui ne fermait plus.

 

Tel que le rapportait la Gazette dans son édition de jeudi, le coffre-fort ne fermait plus car la porte avait été verrouillée en position ouverte par inadvertance. Le quotidien cite même le serrurier Ronald Lister, dont l’entreprise a été embauchée pour régler le problème.

 

La facture a jeté une petite ombre sur le témoignage de Martin Dumont. Celui a indiqué en octobre que Bernard Trépanier, directeur du financement d’Union Montréal, lui avait demandé de l’aide parce qu’il était incapable de fermer le coffre-fort tellement il y contenait de liasses de billets.

 

M. Dumont, sans doute revigoré par le témoignage de l’ingénieur Michel Lalonde, maintient sa version des faits. Au meilleur de son souvenir, Bernard Trépanier lui a dit: «Martin vient m’aider à fermer la porte, elle ne ferme plus. Lorsqu’il a enlevé de l’argent, on a pu le fermer à deux», a-t-il dit. Le témoin s’est contredit sur la date de l’événement, qui serait survenu en 2004 ou 2005.

 

Me Dorval a aussi produit une facture pour l’achat d’un nouveau coffre-fort pour le parti, du même modèle et du même format que le précédent. Contrairement à ce qu’affirmait Martin Dumont en octobre, Union Montréal n’a pas acheté un coffre-fort deux fois plus grand que l’ancien pour entreposer son trésor de liquidités. Encore là, M. Dumont a maintenu sa version des faits.


Ordonnance


La Commission a ensuite entendu les représentations des avocats quant à l'opportunité de lever en tout ou en partie l'ordonnance de non-publication qui frappait le témoignage de la policière Isabelle Toupin. La sergente superviseure de la Sûreté du Québec a résumé l'enquête policière sur le Faubourg Contrecoeur, ce vaste projet immobilier situé dans l'est de Montréal.

La juge a levé en partie l'ordonnance de non-publication sur le témoignage de la policière et tranchera vraisemblablement lundi sur le reste de l'ordonnance de non-publication frappant son témoignage.

Plus de détails à venir

À voir en vidéo