Commission Charbonneau: le témoin Martin Dumont aurait inventé l'histoire du 850 000$

L'ex-organisateur politique d'Union Montréal, Martin Dumont
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L'ex-organisateur politique d'Union Montréal, Martin Dumont

Dans une déclaration vidéo enregistrée par les enquêteurs de la Commission Charbonneau et visionnée par celle-ci lundi, un ex-organisateur politique d'Union Montréal, Martin Dumont, admet avoir carrément inventé l'histoire du comptage d'une somme de 850 000 $ par une réceptionniste du parti, lors de son premier témoignage devant la commission, le 30 octobre dernier.

«Cet épisode-là est faux; ce n'est pas ce qui s'est passé», a admis M. Dumont quand les enquêteurs lui ont demandé de clarifier cette histoire d'une somme d'argent de 850 000 $ qui aurait été soi-disant comptée par une réceptionniste du parti, Alexandra Pion, en 2005. «C'était une fausseté de ma part», a-t-il avoué.

Mais son avocate, Me Suzanne Gagné, conteste la validité du témoignage de son client enregistré par les enquêteurs de la commission sur vidéo, arguant que tous ses droits n'ont pas été respectés.

Témoignant pour une seconde fois devant la Commission Charbonneau, lundi, M. Dumont a été contraint de justifier certaines contradictions entre ses premières déclarations aux enquêteurs de la commission, son témoignage d'octobre dernier, ses secondes déclarations aux enquêteurs après son témoignage et les dires d'un autre témoin devant la commission.

Plus tôt dans la journée, son avocate avait en vain tenté de faire reporter son témoignage, pour cause de maladie.

De l'argent à compter

Le 11 décembre dernier, des enquêteurs de la commission avaient de nouveau interrogé M. Dumont après son témoignage des 29, 30 et 31 octobre derniers, ayant perçu des contradictions entre les versions données.

Lors de son témoignage d'octobre, M. Dumont avait soutenu qu'en 2005, une ancienne réceptionniste d'Union Montréal, Alexandra Pion, s'était plainte à lui du fait que l'ex-responsable du financement du parti, Bernard Trépanier, lui avait demandé de compter de l'argent. Il avait soutenu qu'elle avait évoqué une somme de 850 000 $.

Lundi, témoignant devant la commission, Mme Pion a nié avoir parlé de cette histoire à M. Dumont, a nié avoir évoqué un montant de 850 000 $ à qui que ce soit, mais a admis que M. Trépanier lui avait demandé de compter de l'argent, en séparant des billets de 20 $ et de 50 $ contenus dans une mallette, ce qu'elle avait refusé de faire, ayant été embauchée comme réceptionniste. Elle a toutefois admis avoir relaté l'histoire à des amies du bureau et à des membres de son entourage.

Lors d'un nouvel interrogatoire par les enquêteurs de la commission, le 11 décembre dernier, M. Dumont a cependant réitéré d'autres parties percutantes de son témoignage d'octobre, comme les menaces de «Monsieur trottoir», Nick Milioto, de le couler dans ses fondations de trottoir parce qu'il posait trop de questions sur ses contrats, et la double comptabilité du parti Union Montréal lors d'une élection complémentaire qu'il organisait.

Coffre-fort

Quant à son témoignage d'octobre sur les dimensions du coffre-fort d'Union Montréal qui avaient dû être doublées, tant l'argent débordait et qu'il avait fallu s'y mettre à deux pour en fermer la porte, M. Dumont a nuancé. Dans la vidéo enregistrée par les enquêteurs, le 11 décembre, il a affirmé qu'il aurait dû dire que le coffre-fort avait été «changé», mais que ses dimensions n'avaient pas nécessairement «doublé».

Bien que son avocate, Me Suzanne Gagné, ait affirmé que les droits de son client n'avaient pas été pleinement respectés lors de ce second interrogatoire vidéo, on entend bien un enquêteur informer M. Dumont du fait qu'il peut quitter la salle en tout temps. Il lui demande s'il est là de façon libre et volontaire et M. Dumont répond par l'affirmative.

L'enquêteur René Beauchemin l'informe également des risques d'accusations de parjure s'il est démontré qu'il a menti à la commission ou d'accusation de fabrication de preuve ou d'entrave.

Après la journée d'audiences, son avocate, qui a rencontré les médias, a invité à ne pas juger trop vite. Elle a rappelé que la commission n'avait visionné que des extraits de l'interrogatoire de M. Dumont, pas la totalité.

Me Gagné veut faire exclure cette déclaration vidéo, «alors que monsieur Dumont était assigné pour répondre à des questions des commissaires et qu'il a plutôt été interrogé par des enquêteurs». Elle fera ses représentations à ce sujet mardi.

L'avocate soutient que même si on voit dans la vidéo M. Dumont accepter de parler aux enquêteurs, signer un document comme quoi il est là de façon libre et volontaire, «vous verrez à quel moment de la déclaration cet épisode-là s'est produit», a déclaré Me Gagné aux médias.

Pourtant, en matinée, lorsqu'il était interrogé par le procureur de la commission, Me Denis Gallant, M. Dumont refusait de renier cet épisode des 850 000 $. Il apportait des nuances à son témoignage d'octobre, affirmant qu'il ne s'agissait peut-être pas de Mme Pion, mais d'une autre personne qui lui aurait rapporté le malaise de Mme Pion à compter de l'argent. «J'ai nommé ce nom-là, mais je n'aurais pas dû le nommer, parce que ce n'était pas sûr à cent pour cent», avait-il répondu à Me Gallant.

«J'ai voulu répondre au meilleur de ma connaissance», avait-il répliqué à Me Gallant qui insistait pour lui faire admettre que sa déclaration était fausse. Me Gallant avait d'ailleurs soulevé d'autres contradictions dans le témoignage de M. Dumont, contradictions que lui niait.

La commission poursuivra mardi les débats sur l'admissibilité en preuve de cette déclaration de M. Dumont aux enquêteurs après son premier témoignage devant la commission.

Question d'autorité

La présidente de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a assis son autorité lors de l’ouverture des audiences publiques lundi matin. La juge France Charbonneau a rappelé sa totale indépendance, y compris du monde politique.

Ainsi, elle a expliqué que la commission siègera à deux commissaires comme le lui permet l’article 7 de la Loi sur les commissions d’enquête. La contribution du troisième commissaire, Roderick Macdonald, qui est absent depuis le tout début des travaux à cause de problèmes de santé graves, continuera à se faire sous la forme d’appui à l’équipe de recherche ainsi qu’à assister aux réunions.

L’apport de M. Macdonald est «considérable», a précisé Mme Charbonneau. Puis, elle a souligné que la commission qu’elle préside est «à l’abri de toute ingérence politique».

La juge Charbonneau a vraisemblablement apporté cette précision importante en réplique à l’irritation du ministre de la Justice Bertrand St-Arnaud. Ce dernier avait ouvertement critiqué l’absence de M. Macdonald, craignant un impact négatif sur la validité du rapport final.

Rapidement, le ministre St-Arnaud a réitéré la confiance du gouvernement à l’égard de la commission par voie de communiqué. «La présidente de la Commission, la juge France Charbonneau, a bien répondu ce matin à mes préoccupations concernant l'absence en séance publique du commissaire Roderick A. Macdonald», a déclaré Bertrand St-Arnaud.

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16 commentaires
  • Marc Bégin - Inscrit 21 janvier 2013 13 h 17

    Les absents ont toujours tort?

    Me Charbonneau a probablement des motifs de défendre le mandat de son acolyte absent,mais elle n'a pas à traiter les craintes du ministre si cavalièrement sur ce ton.Le gouvernement est légitime de surveiller son important investissement de fonds publics dans cette commission.Le questionnement ministériel est par ailleurs manifestement de bonne foi et vise à ménager la crédibilité de la commission.Cette absence soulève des doutes chez ceux qui suivent ces débats, elle n'avait pas à partir sur ses grands chevaux.

    • Carole Dionne - Inscrite 21 janvier 2013 19 h 51

      Je crois que Mme Charbonneau en mène un peu trop large. Elle prend beaucoup trop son propre rôle au sérieux. Oui c'est sérieux, une commission d'enquête mais il faut pas se croire ou se prendre pour Dieu, pour ceux qui y croient.

    • André Desgagnes - Inscrit 21 janvier 2013 23 h 45

      Si vous savez lire entre les lignes monsieur Bégin,la juge Charbonneau à carrément dit au ministre de la justice de se meler de ses affaires.Et je pense qu'elle à parfaitement raison,on est plus à la p'tite école une fois rendu là.

  • Louka Paradis - Inscrit 21 janvier 2013 16 h 56

    Acharnement

    Cet acharnement sur Martin Dumont me laisse perplexe. Ça me rappelle la commission Bastarache, un souvenir très désagréable qui a beaucoup ébranlé la réputation de notre système de justice. Je me souviens de l'acharnement pour discréditer Marc Bellemare et son témoin, le loyal fonctionnaire de carrière M. Georges Lalande : c'était révoltant. On dirait qu'on tente à tout prix de blanchir l'ex-maire Tremblay. Ajoutée à cela la création surprise de l'Épim, qui travaillera parallèlement à l'Upac, il y a de quoi laisser songeur. M. Dumont a peut-être exagéré certains faits ou peut-être sa mémoire qu'il croyait indéfectible lui a-t-elle joué des tours... Pour ma part, je crois que ce témoin était sincère, bien que probablement submergé par son émotivité lors de certaines questions. Un fait demeure : il y avait une valise pleine d'argent dans le bureau. M. Dumont n'avait aucune raison de mentir sur le fond des choses. Après tout, est-ce une commission d'enquête ou un procès ?
    Louka Paradis, Gatineau

    • André Desgagnes - Inscrit 21 janvier 2013 18 h 25

      Mé ma parole voulez-vous bien me dire en quoi notre systeme de justice est tant que ça ébranlé?
      Si M. Dumont n'avait aucune raison de mentir monsieur Paradis pourquoi là t-il fait?
      J'veux bien croire que votre patisannerie péquiste vous empeche d'etre en tout point objectif,mais tout de meme un peu de respect envers........

    • Louka Paradis - Inscrit 21 janvier 2013 19 h 56

      Oh la la ! M. Desgagnes, il ne faut pas tout mêler. J'ai parlé de la «réputation» du système de justice et non du système lui-même. En outre, il n'y a rien de partisan ni de péquiste dans mes propos : je me questionne sur certains événements et faits de l'actualité et j'établis certaines corrélations. Je réfléchis, quoi... Je doute et je me pose des questions, toutes choses bien légitimes en démocratie.
      Louka Paradis, Gatineau

  • Carole Dionne - Inscrite 21 janvier 2013 18 h 03

    Je ne crois pas plus la réceptionniste Pion

    Une question de crédibilité. Je ne la crois pas quand elle dit qu'elle a refusé de séparer le $20.00 des $50.00 dans une valise, sous prétexte que ce n'est pas son travail.. Jamais une jeune étudiante temporaire n'oserait refuser un tel travail. Il n'y avait rien de mal à séparer de l'argent. On ne lui demandait pas de faire des fausses déclarations, etc mais juste séparer des billets de banques.

    Elle confirme les coffres-forts, etc.


    Maintenant, peut-être que M Dumont en a mit plus qu'en réalité, pour se faire valoir et c'est là qu'il a péché. D'ailleurs la commission n'est pas là pour se mettre en valeur mais elle existe dans le but d'une recherche de vérité, non de demies vérités ou de demis mensonges.

  • Josée Malette - Inscrit 21 janvier 2013 18 h 21

    Drôles de contradictions de part et d'autres

    Madame Dion ne s'est pas plaint d'avoir à compter auprès de monsieur Dumont, mais elle en a parlé à d'autres.

    Si elle a refusé de compter, qui donc l'a fait?

    Les coffres-forts, les malettes d'argent et demandes de comptage sont confirmés mais pas le montant de 850K.

    Et c'est sur ce dernier point que le procureur de la commission s'archarne???

    Il me semble que c'est assez facile à démontrer. Il suffit de remplir une malette de billets de 20$ et 50$.

    Puis finalement, on apprend que l'interrogatoire incriminant est illégal?

    J'ai l'impression que ces témoins sont très mal protégés.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 21 janvier 2013 22 h 38

      Ce que j'en comprends, c'est que la police interroge M. Dumont suite à son témoignage. Comme il sait que son témoignage devant la commission Charbonneau ne peut servir de preuve, il nie devant les policiers.

      Il pourra toujours être poursuivi pour parjure.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 janvier 2013 05 h 06

      Y a quelqu'un qui a fait le calcul. $85,000 en billet de 50 & 20 sur la surface d'une malette mesure 8 pieds et demi de haut, ça c'est 6 pouces plus haut que la plupart des plafonds de nos maisons. Difficile de fermer le couvert. Ça rentre même pas dans un coffre de 4X4 pieds.

      D'un autre côté, si on peut entendre des voleurs, tricheurs, mafieux et autres tordus pourquoi s'étonner qu'un menteur se glisse dans le tas ? Vous avez jamais fait affaire avec un vendeur de chars usagés ? On en a eu un pendant 9 ans «au volant» pourtant !

      Autre point : Y a toujours une base de vérité dans les mensonges même gros comme une montagne.

      Tant qu'à la défense de l'avocate de M.Dumont, on en a déjà vu aussi des défenses basées sur des techniqualités où même des meurtriers ont été relâchés. Je ne suis pas prêt à avaler tout ce qu'elle dit elle non plus.

      C'était plus facile avec les autres témoins parce qu'on avait des contracts sous les yeux, mais des conversations c'est plus dur à mettre sur écran.

      Une chose de certaine : C'est pas plate ! Pis Madame Charbonneau, je la mettrais boss de n'importe quoi !

  • Simon White - Inscrit 21 janvier 2013 19 h 45

    Désolant ...

    Effectivement M. Dumont nous a démontrer un immense trou de mémoire de $850,000.

    Ce qui est désolant avec ce témoinage est que la population entière du Québec ne sait vraiment plus quels témoins croire dans cette commission ... le tout payé avec nos impôts durement gagnés. En plus du fait qu'aucune poursuite au criminel ne soit possible.

    Qu'espérons-nous régler encore?

    Désolant ... Je préfère de loin voir mes impôts rendre possible l'éducation gratuite pour tous ceux qui veulent bien étudier au Québec.

    • André Desgagnes - Inscrit 21 janvier 2013 21 h 03

      D'accord avec vous monsieur Grenier l'UPAC,nous coutent 30 millions par année mais au moins il y aura des bandits qui vont prendre le chemin de la prison contrairement à la Commission Charbonneau qui n'est qu'un show de tété-réalité.
      Charest avait-il raison de.....
      @suivre

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 janvier 2013 05 h 15

      M.Grenier, c'est comme dans les films western, si vous voulez que vos rues soient nettoyées, ne tirez pas sur le sherrif ! La gratuité scolaire, on y verra une fois que les bandits seront évacués du système. Je l'ai déjà dit ailleurs, si tu veux remplir ta piscine, bouche les trous avant de mettre de l'eau dedans !